gruyeresuisse

20/04/2018

Celle qui semonce nos siestes - Fabienne Radi

RADI.jpgFabienne Radi, « Peindre des colonnes vertébrales », Editions Sombres Torrents, Rennes , 2018, 68 pages, 8 €, 10 FS

 

Ne s’arrêtant jamais en des voies de si bonnes inconduites Fabienne Radi la sémiologue lémanique prouve que même chez les nudistes qui se montrent « à poils » le dos permet de conserver une certaine tenue. Une nouvelle fois elle propose par un jeu d’apparences des vérités qui plutôt que s’éloigner la queue entre les jambes font retour mais selon divers exercices pudiques.

RADI2.jpgIci - comme l’écrit l’auteure - « On a laissé tomber la jupe et le pantalon mais on garde une certaine tenue, comme si on buvait le thé dans le salon de sa grande tante. C’est l’époque charnière entre le square de l’époque Eisenhower qui vient de se terminer et le cool de la période hippie qui va suivre dans quelques années. » S’instruit donc une histoire du dos à travers des œuvres ou des personnages emblématiques dont l’ensemble reste hétéroclite de W.C. Fields à Valérie Lemercier, de Sophie Calle au bon Dr Spock, de la regrettée Lady jusqu’à Nina Childress.

RADI3.jpgMais Fabienne Radi ne s’arrête pas en si bon chemin : elle explore des questions aussi majeures que farfelues telles que « Faut-il plaindre les enfants stars ? Comment vieillissent les femmes-enfants? Pourquoi tant d’écharpes en lin lors des vernissages ? ». Si bien que le présent historique est ébréché entre poésie discursive et procrastinations farcesques là où le défaut d’habit permet une fluidité ressentie d’emblée comme une architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/04/2018

Christophe Rey : associations, dislocations

Rey.jpgChristophe Rey, « Claquettes et ornithologie », Editions Héros Limite, Genève, 2018, 240 p., 28 CHF, 20 E.

Dans un mixage de "choses hétéroclites, nobles ou triviales, grossières ou délicates, complexes ou absurdes", Christophe Rey invente les listes qui sont autant de filtres, de philtres ou de grilles afin de saisir le monde à travers des biais comiques qui forcément sollicitent non seulement l’attention mais l’imagination du lecteur. D’autant que la manière de « monter » et montrer chaque liste n’a rien de figé. Tout se succède en une suite de « tableaux » sauvés des eaux ou du zoo humain.

Dans une telle raffinerie la valeur ou le vecteur dominant est le tacle : celui des rafales qui giflent la page, ratissent plus ou moins large afin que le lecteur s’y empale ou s’y estourbisse l’âme dans des agencements aux reliefs maltraités et où personne ne peut trouver la confirmation de ses savoirs acquis.

S’ensuit un examen de passage, un adoubement par figures polymorphes et hybrides qui ne résolvent en rien la question du motif. Il y a donc de quoi toujours caler sur les poncifs, de mordre dans la feinte et la poussière sans rien de pouvoir croire dur comme fer. Là où pourtant tout pousse à plaire et où sourd du neuf, du fort mais pas du réconfort. Les imbéciles risquent même d’être saisis d’une stupeur totémique.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

07/04/2018

Christophe Esnault : apports essentiels aux coups de pied au cœur et dans le fondement

Esnault.png

Ethique, symbolique, référencé, pragmatique et surtout farcesque ce livre somme n’a rien d’assommant. Bien au contraire il offre bien des régénérescences en tordant le cou à la littérature qui ne câline que là où le pathos gêne. L’auteur n’y va pas de mains mortes pour gifler les séducteurs.  intéressés à plaire aux têtes de pioches. Celles-ci trouvent dans l’ennui qu'ils sèment le plus sûr garant à leurs inaltérables flops.

 

 

Esnault 3.jpgLa culture n’est pas ici ce qui reste après ce que tous les auteurs font dégouliner dessus. La performance est d’un autre ordre et ne répond en rien à des intérêts de stratégie économique. Bref c’est du Dreyer mais façon clownesque. Exit les niaiseries psychologiques ou de tout autre acabit. L’auteur y reste proche des femmes de haute volée (Unica Zurn, Sarah Kane, Sophie Calle, Anaïs Nin) plus que les pétomanes du logos aux tristes blagues.

Esnault 2.pngChristope Esnault leur dit son fait et tous y passent (à l’exception de Blanchot, Beckett et de quelques autres). La fanfaronnade est dadaïste : elle évite la comédie surréaliste. L’auteur permet ainsi dans les livres qu’il n’a pas (encore) écrit de prouver l’essentiel. A savoir que « respirer c’est déjà cautionner un système » : ce qui n’empêche pas « la pratique de la levrette et autres festivités ». Histoire au moins de sauver ce qui peut l’être. A bonnes entendeuses et bons entendeurs, salut.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christophe Esnault, «Mordre l’essentiel », Tindbad Poésie, Editions Tindbad, Paris, 2018, 334 p., 26 e. . Sortie le 5 mai 2018.