gruyeresuisse

10/10/2019

Lady Tarin et les bonnes pâtes

Tarin.jpgLady Tarin crée des narrations de femmes entre elles afin de transformer l'érotisme ou du moins sa vision habituelle. Travaillant préalablement avec ses modèles pour les ouvrir aux jeux qu'elle leur propose, elle instaure des sortes de farces aussi "obscènes" que drôles afin de remettre en jeu le voyeurisme.

 

 

 

 

 

Tarin 2.jpgL'érotisme frise la pornographie mais sans jamais y basculer. Celles qui feignent de copuler avec une certaine violence voire une feinte d'animalité se transforment par les situations et les lieux  mêmes où elles s'ébrouent. Elles deviennent par exemples des boulangères. A travers leurs prises elles proposent un engagement radical mais uniquement jusqu'à la limite que l'artiste refuse à dessein de franchir.

Tarin 3.jpgLes corps dans la farine crée une luxure très particulière et complexe selon diverses formes de tensions et de jeux. Le furtif et le fuyant proposent des formes neuves aux jeux du corps, leurs torsions, leur "sur en chair"  gourmande là où le fournil se prête à un carnaval des sens sans blessures ni meurtrissures. Tout est prêt à lever grâce à de bonnes pâtes enjouées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lady Tarin, "Guitless", Si fest, 2019, Savignano sul Rubicone, octobre 2019.

04/10/2019

Pièges aux regards : Betty Tompkins

Tompkins.pngChez Betty Tomkins, l’effet de très gros plan provoque une mise en abyme du sexe. Amants et/ou partenaires sont réunis uniquement ou isolés dans des fraglants du lieu « par où ça (se) passe ». Si bien que les réputés « pornographes » que furent ou sont  les Bellmer, Fautrier, Maccheroni et Serrano trouvent avec Betty Tompkins une "ugly" Betty néanmoins des plus inspirée.

Tompkins 2.jpgL’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fantasme. Il doit s'envisager et se « dévisager » (si l’on peut dire…) en un processus de réflexion et de pulsion. L’œuvre porte en elle son Fatum entre la lumière et l'ombre, l'intelligence et l'instinct. Surgit paradoxalement ce qui dépasse le pur corporel, qui dépasse aussi le langage en tant qu'outil de communication. D'où le titre de l'exposition londonienne.

Tompkins 3.pngLes agrégats et la stratégie esthétiques renvoient à une crudité de constat. S’y découvre aussi la métaphore agissante et obsédante de la vie qui par le noir et blanc s’ouvre à un langage quasi marmoréen là où normalement la souplesse s’impose… Du coup tel est pris qui croyait prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Betty Tompkins, "Talking Talking Talking", Freize et Freehouse, Londres, du 30 septembre au 9 novembre 2019.

 

28/09/2019

Dorothy Iannone : Faim de bien recevoir

Iannone.jpgDorothy Iannone, "A CookBook"; JRP, Ringier Editions, Zurich, 2019, 60 p, 80 E.

Depuis le début des années 1960, l'artiste et écrivaine Dorothy Iannone (née à Boston et qui vit et travaille à Berlin) se consacre - à travers ses peintures, dessins, collages, sculptures vidéo, dispositifs sonores, objets, textes et livres d'artistes - à la représentation de diverses expériences amoureuses extatiques. Sa conception de l'Amour Fou dépasse le cadre de Breton et des surréalistes par une prise en compte plus significative de la sexualité et de toutes les sensations.

Iannone 3.jpgCelle qui fut (entre autres) amante de l'artiste, chanteur et performeur suisse Dieter Roth s'occupa de sa nourriture tout en sachant qu'en devenant sa cuisinière elle risquait de tomber amoureuse d'un autre homme. Ce qui ne manqua pas d'arriver. De ce travail culinaire demeure un livre qui n'avait jamais été publié. Il paraît en fac-simile. Ce qui lui laisse toute la force corrosive d'une sauce douce-amère faite de mots et d'images. L'ouvrage est foncièrement drôle et jouissif et bourré de références artistiques et amoureuses. Faussement naif et habité de dessins aux couleurs criardes il est fidèle à l'époque où tout était permis.

Iannone 2.jpgCe manuel (au sens premier de terme) de "cuisine" se soustrait à toutes frontières et reste un parfait ouvrage d'anticonformisme. Dans ce mélange de Pop-Art et de B.D., la sexualité règne sans tabous ni consignes - sinon de "mal" faire pour se faire du bien. Le désir quel qu'en soit l'objet est présenté comme absolument nécessaire tant par le contenant que le contenu de l'ouvrage. S'y affirme une féminité superbement épanouie et qui rappelle que là où il y a de la gêne ou du repli il n'existe pas de plaisir.

Jean-Paul Gavard-Perret