gruyeresuisse

29/09/2018

Jason Bard Yarmosky : avec le temps

Jason Bard.jpgJason Bard Yarmosky a commencé à dessiner très tôt. Il a désormais à peine plus de trente mais il s’intéresse aux manifestations du vieillissement. Il montre - à travers sa relation avec ses grands-parents âgés de 88 ans - la complexité des transformations physiques et psychologiques endurées par ses proches de manière intense et parfois ludique même si la gravité de diverses pertes nimbent ce travail.

Jason Bard 2.jpgLes postures - même sous le grimage et certaines extrapolations visuelles - traduisent des états existentiels. La vieillesse est montrée sans sourire (même si un humour demeure) afin de souligner bien des altérités au moment où les corps semblent avoir du mal à exister et sont sur le point de mourir d’une vie désormais inquiète et éperdue.

 

Jason Bard 3.jpgL’artiste capte le mystère et les échos existentiels qui demeurent attachants voire poignants et qu’il tente de retenir et d’animer. Quelques chemises ou panoplies maquillent les peaux nues de celle et celui qui, une araignée dans la tête, font leur cinéma en jouant les héros - Superman ou Wonder Woman - décatis. Ils s’amusent encore et c’est tout le mal que l’artiste leur souhaite. Reste la façon la plus probante de les porter aux nues et de se souvenir que si nous les croisions dans un building de Manhattan nous serions fascinés par leurs élans qui perdurent

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/09/2018

Les incertitudes actives de Thierry Valencin

Valencin.jpgComme Roy De Cavara, Thierry Valecin sait que de tous les arts, la photographie demeure celui qui ne peut se passer du réel. Mais en même temps l'artiste ne saisit par elle que des ellipses de réalité. Du monde Thierry Valencin ne retient que certaines effluves - et c'est reposant. En atelier ou in situ, il semble s'amuser tout en cherchant des prises aussi intime que néanmoins distanciées comme le prouve ses deux livres "Au bord de l’autre" et "Vu de l’instant″.

Valencin 3.jpg

 

 

Les titres "disent" bien ce que l'oeuvre cherche.La photographie contine à voir ce qui reste sinon absent du moins caché.Existe la crainte du noir pur, du blanc pur, du vide, du silence chez celui qui à la fois est fasciné par les images et réinvente la vue afin de rameuter de l'inconnu ou du fugace non sans ironie.

 

 

 

Valencin 2.jpg

 

 

Ce qui est de l'ordre de "l'écharpe", du fugace semble la seule "chose authentique" chère à Henry James. D’où ce paradoxe : à travers le processus de captation photographique, l'être échappe à la prise mais il garde un rapport plus étroit avec elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2018

Michel Lagarde : stupeur et rire

Lagarde 2.jpgMichel Lagarde en des photographies noir et blanc aux décors suranés et étranges crée un monde atypique où nous croisons ses doubles. Ce sont des ogres prêts à tout : ils font boire des potions magiques ou des bonbons de plomb à celles ou ceux qui croisent leur chemin.Il y a là d'étranges monstres dérisoires, merveilleux dignes de "Freaks", des atmosphères des films noirs et réalistes des anées 50.

 

 

Lagarde 3.jpgLes héros y sont aussi flegmatiques que clownesques. Sous le dédale croissant de la lune les visages restent rarement muets et impassibles et ce dans différents traitements de la lumière. Elle sort du corps ou l'éclaire de manière brutale sans que la volonté de Dieu n'y soit pour grand chose. Sauf bien sûr à considérer l'artiste comme tel. Ce qui reste possible.

Lagarde 1.jpgLes dramagraphes recomposés par l'artiste permettent de replonger au fond même de l’expérience primitive de l’émotion, de l'amour, de la beauté, sa force et sa douleur. L'ensemble selon un néoréalisme farcesque qui peut parfois confiner au tragique. La stupeur est de mise mais le rire encore plus. Le lien est là avec la vie propre de l'artiste et la nôtre là où Hitshcock rejoint les Fratellini.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Lagarde, "Dramagraphies - autoportraits photographiques", Carré Amelot, La Rochelle, 18 setembre au 8 décembres 2018.