gruyeresuisse

08/07/2020

Lars Tunbjörk : l'ennui

Lars.jpgDans le monde occidental (mais pas seulement) le bureau est synonyme de gris, de décor impersonnel fait de petites pièces, de couloirs, de chaises, de bureaux et d'une horloge qui égraine trop lentement heures et minutes jusqu'au moment de la libération.

Lars 2.jpgLars Tunbjörk capte cet espace vidé de toute présence humaine et crée un humour au second degré à travers les mobiliers d'une banalité crasse qui souligne une atmosphère d'ennui, de solitude, d'isolation et de résignation. Rien n'a lieu que ce lieu.

Depuis le début de son oeuvre Mack accompagne les projets de Lars Tunbjörk. Et ce dernier fait suite à ceux de Ron Jude ("Lick Creek Line") et de Paul Graham ("The Present"). Cette série de "portraits" pris à Los Angeles a mis du temps à se réaliser. Il voit enfin le jour sous les yeux perçants du maître du design suédois Greger Nilson.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lars Tunbjörk, "L. A. offices", Mack, Londres, 2020.

03/07/2020

Ella et Pitr : homme de pierre

Ella et Pitr 2.jpgElla et Pitr, "Qu'il est donc doux", Le Feuvre et Roze, Juillet 2020

La sérigraphie intitulée, Qu'il est donc doux reprend le personnage dernièrement peint par Ella & Pitr sur le sol d'une carrière. Un tel colosse s'inscrit dans la série des effacements entamée par le couple avec leurs premières explosions de blocs de roche.

Ella et Pitr.jpgTout sort, fuse, pulse dans les épissures des blocs issus des montagnes entre nervosité et linéarité, rondeurs et crayonnés. Dans un travail à façon - où parfois une telle image est modifiée par des tractopelles - la prise en main des deux artistes forment et déforment la matière et les images. Il faut parfois du temps pour de tels transferts et passages.

C'est un monde intérieur qui s'agite et s'assimile loin de toute recherche à une adaptation d'usage. Ce travail est exemplaire dans son originalité où le potentiel vague à l'âme est aspiré entre sérieux et fantaisie. Le plaisir est constant dans ce travail qui multiplie les pouvoirs de l'illusion à la fois pour la démontrer et la réimager de manière inédite.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/06/2020

L'esthétique de l'élégance : Philip-Lorca di Corcia

Di Corcia 2.jpgPhilip-Lorca di Corcia s'amuse à jouer des stéréotypes de la peinture comme du cinéma par ses photographies. Pour la réouverture de sa galerie à Paris David Zwirner présente des images tirées d’une série de onze projets éditoriaux réalisés par l’artiste pour "W Magazine" parfois publiés parfois inédits..

Di Corcia.jpgLe photographe met en scène mannequins professionnels ou des personnes rencontrées au hasard et au fil de ses voyages afin de créer des narrations pleine de surprise, ironie, glamour et histoire d'amour ratée. Le tout dans des exercices d'harmonies volontairement surfaits pour souligner le faux dans le vrai comme le vrai dans le faux.

Di Corcia 3.jpgLa vie réelle semble "cinématographiée" dans des mises en scène appuyées à la Edgar Hopper ou à la Dadid Lynch. C'est beau, intelligent, astucieux - trop peut-être. Mais avec toujours un détachement critique du réel hautement stylisé dans une parfaire maîtrise technique. Les intrigues surviennent dans la nudité de l’égarement et le déplacement du regard au delà des miroirs entre morcellements et attentes et en une succession de possibles plus ou moins douteux. A la parure fait place la sommation. C’est une dessication : une partie du réel s’éloigne et la plus belle nous revient de manière narrative et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philip-Lorca di Corcia, David Zwirner Gakerir Paris, juin-juillet 2020.