gruyeresuisse

26/02/2019

Gédéon et le roman du renard - Keith Donovan

Donovan.jpgKeith Donovan, "Tableaux 2017-2018", Galerie Anton Meier, Genève, du 7 mars au 20 avril 2019.

 

Keith Donovan poursuit son travail d'iconoclaste en ouvrant un nouvelle étape : il s'intéresse ici à Benjamin Rabier, personnage étrange et mystérieux de la bande dessinée et de l'illustration au début du siècle dernier. Il créa entre autre la célèbre image "La vache qui rit" et les histoires du canard Gédéon.

 

Meier 2.jpgAvec lui, l’univers pictural de Keith Donovan se fraye un passage dans l’entre-deux du figural et de l’abstrait avec un sens marqué à la fois de l'expérimentation et de l'humour. S’y jouent des apparences inconnues et les impressions complexes que celles-ci peuvent ouvrir. Le tout avec l'espoir que tout regardeur se couchera moins bête que la veille à la clarté de la lune. Les illustrations du temps passé ne sont en rien reproduites. Le travail est composé de formes organiques et animales à la fois.

 

Meier 3.jpgLes références voguent en une sorte de freak show. Se  crée un "naturalisme" d'un nouveau genre au sein de collages. Ils  "gardent la belle nature grasse des dessins de Rabier" précise Donovan. Néanmoins et loin de tout propos intellectualisants, l'artiste propose d'étranges rébus. Ils prouvent que la cervelle de l'artiste est rarement flemmarde. Quoique expérimentale l'oeuvre garde beaucoup d'humour et fait également penser à ces moments où l'on ne prend pas le temps de considérer les questions ou qu'on ne les a tout simplement pas comprises.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2019

François Burland : rétrospectives dystopiques

Burland.jpgFrançois Burland, André Ourednik, "Atomik Submarine", art&fiction, Lausanne, 2019, 92 CHF.

Atomik Logbook est composé de 21 planches en risographie reproduisant les collages de François Burland crées pour Atomik Submarine qui font suite à son "Atomic Bazar". Il revisite l'imagerie communiste, ses armes, ses affiches, ses slogans en les détournant. Si bien qu’ils ne sont plus au service de la pseudo révolution bolchévique mais pour une remise en cause du système capitaliste tel qu'il devient désormais. Existe donc une reprise et un renversement

buurland bon.jpgLa gravure propose une esthétique originale dans ses détournements et transferts. L'apparent bricolage de certaines sculptures de l'artiste est transformé en de superbes collages. Ils offrent une dystopie paradoxale. L’anticipation joue de divers temps et François Burland "s'affiche" toujours comme un agitateur. Au jeu abstrait d’intrigues, de pouvoir et de manipulation il oppose ses farces et attrapes pour provoquer un trouble.

 

 

Burland bon 2.jpgCe qui se laisse voir n'est plus un pur reflet du réel. Une autre réalité se découvre grâce à une série de choix techniques et esthétiques spécifiques. La représentation devient l'effondrement de l’apparence d’hier comme d’aujourd’hui. Surtout d'aujourd'hui et de lendemains qui à l'inverse des fariboles marxistes ignorent le grand soir. Mais dans tous les cas les nuits restent noires.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

19/02/2019

MG : en voiture

MG.jpgMG crée des images dont "les lignes noires parcourent la toile en une mise en plomb qui forme au fur et a mesure le cadre d’un vitrail, dont les couleurs apparaissent à l’intérieur en une superposition parfaite d’aplats". Les sujets y sont souvent érotiques, un rien (voire plus) pervers afin de suggérer divers types de sensations ou d'émotions. Toute l'oeuvre prend sa source avec l’arrivée du mouvement street-art que l'artiste reprend à sa main.

MG 2.jpgLe corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres. MG les éclairent ou les brouillent moins pour la sensation que l’émotion qui troublent les cartes du tendre comme celles d'une certaine violence.

MG4.jpgExiste une sorte de merveilleux B-D. Il transforme un naturalisme pour le porter vers un cinéma hollywoodien noir et blanc ou en couleurs. Sous des poses plus provocatrices qu'ingénues tout un monde s'agite. Les femmes deviennent des étoiles filantes ou des naines brunes ou blanches. A  la sauvagerie brute se substitue le suspens qui peut la laisser sourdre. Voire plus : aucune limite ne semble pouvoir l’arrêter sinon le bord d’une robe ou le promontoire d’une dentelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

MG, "The soft exhibition", Galerie Berrtrand Gillig, Strabourg, à partir du 21 février 2019.