gruyeresuisse

24/05/2019

Je ne vois que toit (XXV)

Cohen mère.jpgVoix parmi les voix

On tourne. Le dos comme un grand calme. Celui qui contient la tempête en quelque humeur attachée au chagrin. Je l’ai arraché car ce n’est pas trop loin qu’aller de la fureur et d’élan. On dit mordre. On dit mordue jusqu’au sang - les lèvres des promesses. Le souffle court du verbe aimer en sourd comme celui du verbe abandonner. Les yeux attendris n’attendent rien du noir. Sinon ce qui laisse sans voix.

On tourne sa langue. La mère est dans l’oreille. Pas question de hausser le voile. Sinon celui d'une jupe dès que le soleil - mais pas que lui - se couche. On dit que le temps passe. Sans destination. Le lieu reste le même. Il s’en trouve pas plus ému. Livre idem. On tourne (les pages) parce qu'il n'existe pas de perte dans le cercle la folie. Il demeure bien gardée. Et tue (entendons cachée). Même si la folie assassine. Pas d’enquête sur ce point. Reste une tête mutique sans chute ni tranchée. Juste roulée en boule.

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

 

Photo. de Michèle Divoy

10:19 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

Je ne vois que toit (XXIV)

Bergère.jpgL'amour est dans le pré

Existant dans l'improférable je l'énonce pourtant de toute mon intériorité. Elle s'écrase comme mon doigt sur les touches du clavier. Saccage de l'indicible d'où viendrait le mot amour. L'ouverture de mes bras préfigure une présence plantée là où pas un poisson ne brasse l'eau, pas un oiseau de proie ne mouline l'aire. Non rien. L'autre s'écarte à force et m'observe avec effaremment.

Je suis là planté au milieu du langage. Comprenez : je m'efface, poursuivant mon travail de berger poussant le cul des vaches qui renoncent à avancer. Un borborygme est ce qu'il y a de mieux car cela evite d'entrer dans les détails. Sur la route mouillée parfois je pile des coquilles d'escargots. C'est mon saccage de l'indicible sans que s'agrège à moi une émotion sourdement injectée. Je ne leur veux pas de mal, ça se fait machinalement.

Puis je recolle au troupeau et agite ma trique regardant au passage si les pommiers accoucheront de leurs fuits. Ils s'attachent à mes os comme à mes manques. Parfois j'étire ma peau pour savoir si elle adhère encore à mon squelette. Une oreillette me souffle en boucle les souvenirs d'une vie en parallèle dont j'ignore tout.

Arrivé au pâturage je n'en dirai rien à la bergère qui conduit le troupeau. Une nouvelle fois elle va sortir son chapelet pour l'égrainer. "Prie avec moi" dit-elle. J'opine à la seule condition qu'elle me montre ses affaires. Sans parler elle le fait, je mate les douces éclisses de son bas-ventre. Commencent les Ave et les Pater Noster. Après l'ouverture des parenthèse de ses cuisses : le vouvoiement de la prière

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret

07:57 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

23/05/2019

Je ne vois que toit (XXIII)

Flanagan.jpgLe Jeanre

Se sait ridicule en se tortillant sur du disco mais n'arrive pas à renoncer aux tournées nocturnes. Ayant traversé le lac Léman, il accompagne parfois une veuve en cheveux bleu iris jusqu’aux machines à sous du Casino d'Evian avant de l'inviter à l’hôtel en prenant soin d’avaler une pilule de la même couleur.

A-t-il aimé ? Aura-t-il aimé ? Se le demande même pas. Il dit parfois avoir vécu un roman de garce, une chanson à l'eau de rosse, un film aux illusions déchues. Le voici revenu au temps où il interrogeait chaque mot pour comprendre leur parlêtre. Bref leur qui, leur quoi, tout ce qui ne va pas de soi quoique que l'on puisse en dire.

Il plonge dans l’indétermination, espère un temps sans sujet - ou celui qui n'est pas le bon - afin de renoncer à toute souveraineté. Il ne cesse de se reconnaître dans l'île d'Elle. Ce pronom n’autorise plus rien de personnel : il pleut, il neige, il y a. Il est rassurant de comprendre qu'une telle indéfinition le restera longtemps.

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Sculpture de Flanagan.

 

09:49 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)