gruyeresuisse

05/05/2019

Anja Niemi : résistance aux normes

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Anja Niemi joue avec les codes inclusifs d'une photographie programmée qui réduit la femme à un fétiche ou un usine à fantasmes. Plus que de beaux discours de belles images conviennent. Il suffit que leur monstration biaise les attentes.

 

 

 

 

 

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Les égéries deviennent les sujets propres à démystifier certains ajustements. Elles sont là pour introduire du leurre dans le leurre, de la fumée dans l'enfumage. Sans assises sinon débôitées, le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Il devient un indice créateur d’ouverture par l’audace et la résistance d’une écriture photographique qui ne fait plus de la femme un simple support mais un manifeste de l’anticonformisme dans la vision de la femme et de ses attraits.

 

 

Niemi 2.jpgL'accroche esthétique passe par un glamour particulier et corrosif. Sa norme classique passe à la trappe sans pour autant que négligée la beauté. Mais elle est là pour parasiter des standards par effet de créativité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toit (IX)

Edwarda 3.jpgAphone et à cris

 

 

Entendez-les : ils implorent mon aide pour les délivrer de leur impuissance et me promettent des Ex-voto par l’intersection de la Sainte Sexo. Ils m’assurent de leur éternelle reconnaissance. Mais à peine guéris et calmés me traitent de crapaude. Ils garderont néanmoins en relique une petite touffe de mes blondeurs devant lesquelles ils s’agenouillèrent

 

 

 

edwarda.jpgSainte Mère - me dis-je - ne serais-je qu’une bête ? Pourquoi pas après tout. Soufflant seulette pour modeler cette chose à corne dans ma terre pure, pour qu'ils y plantent leur tente en gueulant «  bourre bourre ma fille, remue toi le croupion », croyant me faire mourir d’amour à l’aube ou au crépuscule en toutes leurs chutes de neige tandis que je dis mes grâces.

Que les Madame Edwarda du futur fassent partie de moi. Je leur montre le chemin laissant monter ma voix. On voulut me retirer la langue : je la tire tandis qu’un parlement de pucelles célèbre mes charmes. Dans mes déplacements elles m’accompagnent. Plus tard elles habilleront mon cadavre.

 

Edwarda 2.jpgElles lèveront le coude à ma santé une fois que la cloche de l’église aura été remplacée par la sonnette des loufiats. En carpe grise je serai là. Dans le bocal sur le buffet. Ouvrant la bouche je ne laisserai rien paraître. Sinon à la surface des bulles qui crèvent. Les autres femmes parleront pour moi et ça donnera un air de fête. Leurs paroles danseront sur des fils avant de s’envoler des glycines comme des anges que les moineaux emportent en leur gazouillis.

 

Lheo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

 

10:29 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

04/05/2019

De la cité des rêves à celle des spectres - Alessandro Mercuri

Manzoni.jpgAlessandro Mercuri, "Holyhood, vol. 1 - Guadalupe, California", coll. Shushlarry, art&fiction, Lausanne, 2019, 190 p..

Fidèle à ses détournements et ses fantaisies charpentées sous divers types de documentations Alessandro Mercuri trouve dans la cité des anges et du cinéma un lieu idéal pour introduire ses trolls et des fakes news des plus séduisantes. La traversée d'un tel purgatoire devient une fuite en avant par effet de retours et de retournements.

 

 

 

Mercuri 2.pngLe spectacle règne au moment où la fabrique du cinéma pique du nez là où l'auteur en propose sa contre-histoire. De la Colline du Sacré descendent les clones : de Cécil B. DeMille, Ramsès II à John Wayne, Jules César et bien d'autres encore. Et pas forcément des ombres tutélaires mais un tout venant. Ce qui pourrait devenir un "mixed up confusion" se transforme en néo-peplum au moment où  - anticipant le grand tremblement de terre qui rugit sourdement sous la ville - surgit une antique cité mi Ys, mi égyptienne.

Mercuri 3.pngLe dieu Ra se ranime au moment où Alessandro Mercuri - comme Warburg et Godard mais avec son propre imaginaire - crée un monde hirsute, délirant. Rien n'y manque. Pas même des psychanalystes suisses... Une nouvelle fois l'iconoclaste massacre la fiction classique pour l'entrainer dans le merveilleux de tourbillons d'histoires entre océan Pacifique et stucs en stoc des studios et leur univers sale.

Jean-Paul Gavard-Perret