gruyeresuisse

07/06/2021

Pavel Schmidt : gogues plus ou moins démagogues

Schmidt.pngPavel Schmidt, "Duchamp defekt", EAC les Halles, Porrentruy, du  13 au 27 juin 2021, EAC Les Halles Porrentruy, et livre (même titre)  aux éditions arts&fiction, 

 

Pavel Schmidt revient ici sur "Fontaine", le ready-made le plus iconique et controversé de l’esthétique présenté en 1917. Cet objet révolutionna l’essence de l’art en posant la question :   une œuvre en tant que telle suffit-elle à élever n’importe quel objet au rang de pièce artistique? Duchamp avait donné bien des interviews pour y répondre mais demeure toujours une énigme. C’est pour cela que le livre qui accompagne l'exposition s'accompagne de deux essais.  Plus ou moins tirés par le cheveux, ils n'évacuent pas la question. La chasse reste ouverte.  

Schmidt 3.jpgAvec son téléphone portable Pavel Schmidt a pris 104 clichés de pissoirs défectueux. «Il s’agit davantage d’un commentaire artistique que d’art à proprement parler», précise-t-il, tout en soulignant l’ironie et l'humour de son travail de  paramétrage.  "L’idée m’est venue assez spontanément, car cela fait une quinzaine d’années que je prends en photo des urinoirs défectueux" dit celui qui depuis les années 80 insère souvent cet objet dans ses travaux. 

 

Schmidt 2.jpgPour le plasticien suisse  les toilettes possèdent donc une aura particulière. "Il y a un côté énigmatique dans ces artefacts. J’ai, par exemple, toujours trouvé étrange de retrouver des cuvettes dans des containers de déchets. Cela ne semble pas anodin: quand on y pense, d’anciennes toilettes sont plus personnelles qu’un vieux parquet". Le pouvoir d'un tel objet est donc interrogé bien au-delà ou en-deça de l'expérimentation de Duchamp. Elle reste ici un (beau ?) prétexte.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/06/2021

Ouvroir d'insanités très potentielles : Ursula Knobel

Knobel.jpgLes élues et leurs compères d'Ursula Knobel créent un  bestiaire acidulé. Nous comprenons très vite que parmi ces drôles de zèbres, des dodues ou des maigrichonnes optent pour l’assomption de leur mont de Vénus afin de prendre leur pied. Elles veulent enfin pousser la note bleue que Freud prit pour l’apanage des hystériques. Ursula Knobel  est plus lucide : ses personnages les plus masculins et velus sont capables de mêmes contre-uts. Notons au passage que l'artiste les met souvent en marche et en quête de masseuses perverses pour qu'ils puissent se refaire une santé aussi bien mentale que charnelle.
 
Knobel 2.jpgDans chaque aquarelle, côté mercure, la température est au plus haut. Si bien que l'on peut se demander si l'artiste - pour sa technique - n'utilise pas de l'eau bouillante plutôt que de l'eau bénie de fonds baptismaux. Ici les messes sont câlines. C'est pourquoi il est demandé aux amateurs de romantisme de passer outre.  Les créatures dépotent un maximum. Et pour ses portraits hirsutes et souvent riches en pilosité l'artiste savonne la planche où ils glissent afin d’aller d’un lit de stupre à une autre de fornication. Qu'ils soient gigolos ou belles de cas d'X n'a que peu d'importance.
 
Knobel 3.jpgReste une collection drolatique de satrapes plutôt que de trappistes. S'y découvre une strip-teaseuse de la barre pour peu qu’elle ne soit pas oblique.  Et ses glandes mammaires deviennent des pétards affriolants.  Bref le régal est à chaque dessin. Si bien que sur les racines grecques et chrétiennes de l'art poussent des rhizomes imprévus là où l'ange cultive la bête et la seconde le diable dans ces facéties premières et altières.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

28/05/2021

Cécile Xambeu : poétique de la présence

Xam.jpgCécile Xambeu, "Angèle n'a pas de sex-appeal et craint pour ses ailes", Editions des Sables, Perly, Genève.
 
A celles qui estiment qu'importe le flacon pourvu qu'elles conservent l'ivresse Cécile Xambeu apporte bémols et dièses, d'autant que les promesses d'aria et de gloria  finissent parfois en te deum déceptifs.
 
Xam 2.jpgPour autant Cécile Xambeu  n'est pas rancunière. Primesautière, libre, charmante comme son Angèle, elle n'en fait pas une choucroute. Elle sait que l'homme, son quintal et son crotale possèdent  parfois bien des faiblesses : "je te veux mais ne peux" vont à la bête comme à son propriétaire. Mais avec une certaine distance et un bon désherbage des illusions (et par Monsanto de l'amour) tout vient à point qui sait attendre.
 
Xam 3.jpgEt ce pour faire bonne fortune et bon coeur plutôt que pied de grue ( ce qui dans ce contexte et eu égard à Angèle serait si mal venue).  Pour affiner l'ensemble écrire des poèmes permet de distiller les sucs de l'amour. Certains procurent l'ivresse (voir plus haut) mais parfois une certaine acidité qui n'est pas que gastrique.
 

Jean-Paul Gavard-Perret