gruyeresuisse

11/06/2021

Nègre Blanc de Maupas

Cauda.jpgJe bois la lune car toute source s'y perd  en attendant qu’elle brille. L’un me dit que mon ancienne sobriété cause ma perte et la fumée ma mort. Mais je réponds d’un absolu mutisme plutôt que de le jeter à la volée un « sus aux sages ». Je me veux abominable loustic en affirmant que les coupables ne sont pas les esprits mais les hommes. Pour preuve les holocaustes ne leur font ni chaud ni froid ; ils rient de l’apocalypse et rendent désespérable le dieu qu’ils ont inventé de toute pièce. En déshonneur de leur intime "ite", reste la Damassine pour  faire tourner les têtes en grands cercles sous la lampe des bars de la Pontaise ou du Désert. Autour se dressent sous un ciel magnanime des tours, fleurs de l'Apocalypse. Et parce que la vie meurt entre les reliques de ses grimaces, l’être cherche la source et trouve l'eau de vie. Il découvre désormais  la réponse non au sommet de l’amour mais au fond de la peur.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Peinture de Jacques Cauda
 

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10/06/2021

Beckett : qui ça ?

Becke.jpgPris dans le "quoi ça le je", L'Innommable gît  dans son chaos sans possible réponse. "Venu au monde sans naître" il  reste celui qui cherche son vrai visage au miroir de la nuit . Celle-ci prouve qu'on ne peut acquérir de certitudes. Tenter de s'auto-démasquer revient à multiplier en clown ses propres fantômes. Alors chercher encore. A être. Se devenir.  Par accumulation de mots et leur effraction sonore. Elle vient rythmiquement toujours espérer casser ce qui arrive. Mais qui n'est qu'une farce. Les mots sont muets et ne peuvent rien affirmer comme identifiable. Toutefois avant d'atteindre le parfait silence, il parle par défaut. "J'ai à parler, c'est vague. J'ai à parler n'ayant rien à dire, rien que la parole des autres (...). Personne ne m'y oblige, il n'y a personne, c'est un accident, c'est un fait. Rien ne pourra jamais m'en dispenser, il n'y a rien, rien à découvrir" dit l'Innommable. L'instant tant attendu de sa mort est celui, enfin, où il s'agit de s'arrêter de mourir. Son langage n’aura été entre temps que l’expression d'une expansion impossible de celui qu’il fut à lui-même le repli du je dis.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09/06/2021

Ce qu'un mot ouvre - à Morrens ou ailleurs

Coq bon 2.jpgQu’est ce qu’un mot ouvre, montre ?  Chacun semble lancer un “ Tu dois regarder, regarde ” comme dit Madame  Edwarda de Bataille, jambes ouvertes au bordel. Mais l'intimité du mot est sans ressors. L’écriture a beau chercher des tenseurs elle n’est que refuge. Sous ses plis les plus fins, ne pend qu'un marcel douteux. Ce qui ne manque pas de sel.
 
Si bien que son flutiau n’est que traversier. Croyant zébrer l’azur des ses uts et coutumes, l'écriture n’est que zeste effacé et zut. Reste une leçon éconduite et un acquiescement douteux : son bond va vers la nuit et l’opacité immense de l’apparence qu’elle estime décoder n'est qu'un harcèlement au maximum chatouilleux.
 
Coq bon.jpgLa résultante est donc torve, c'est un à peine voir, entrevoir, croire voir, croire.  L’être et les choses n'y sont qu’en un contingentement par contumace. Absence de passerelle. Il n’y à pas de corps. Pas de pas  sinon le "pas" du négatif.  Sauvons néanmoins ce qui peut l’être.  Dans la fuite glissante des choses et dans le chaos d'une extase hypothétique, sachons qu'avec un peu de chance ou d'effort les mots peuvent passer par un aiguillage déréglé qui jette la langue dans une part d’inconnu, d’illisible pour inciser sa crépine.
 
Cela s'appelle écrire sans savoir si les mots verront demain. Cela peut obliger à se taire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photos de Mathilde Coq.

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