gruyeresuisse

15/03/2020

Joanna Concejo : Loup y es-tu ?

concejo 3.pngPar un mélange de réalité et de sa biffure Joanna Concejo poursuit un travail impertinent de dé-figuation autant de son propre héritage d'images que d'un corpus plus général. Le surréalisme et un art faussement naïf ou enfantin ne sont jamais loin. De la gamme pléthorique du monde l'artiste vide partiellement l’espace. D’où, une vision qui en isolant le fond contextuel prouve que qui que nous soyons, nous sommes autant de partout que de nulle part.

Concejo.pngDes éléments orphiques et divers mixages et biffures se répondent. Des actes demeurent en suspens de l'enfance comme de ses contes et souvenirs. D’où la présence de lieux hybrides et inconnus, entre envolée et précipice. Les inscriptions premières du réel se trouvent décalées : la pérégrination vers le passé peut devenir un retour vers la vie en divers caviardages et montages.

concejo 2.pngC’est pourquoi la matière poétique générée par la créatrice d'origine polonaise n'est pas une simplification de la vie mais son approfondissement. Joanna Concejo par ses images prouve que si les mots ne font pas forcément défaut leur comment dire cache un comment ne pas dire. Et le dessin en un tel envoi peut devenir nouvelle affirmation de la poésie lorsqu'elle accepte le risque de passer de l’endroit où tout se laisse dire jusqu’au lieu où tout se perd en une fin de non recevoir là où s’extrapole, en fantaisie,  le temps et la mémoire. 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Concejo, "Ne le dis à personne", (texte de Rafael Concejo), Editions Format.

13/03/2020

Maurizio Cattelan, Pierpaolo Ferrari et Martin Parr : Splash

Splash.jpgChez Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari comme pour Martin Parr, l’imaginaire renvoie la réalité à une fin de non-recevoir en un basculement dans « l’irréel » qui contredit la pression et la nécessité sous lequel le monde ploie. Tout induit à un laisser-aller, un certain farniente et une manière de retourner la lourdeur du réel comme un gant.

 

Splas 2.pngC'est pourquoi après le succès du magazine ToiletMartin PaperParr, sous le même titre, est publiée une monographie de la collaboration entre le photographe britannique et le magazine créé par les deux italiens qui tranforment dégats et agissements en oeuvre d'art. Des signes incohérents acquièrent une esthétisation et une propriété réversible des extensions infinies qu'un tel art de la fugue propose.

Splas 3.jpgLes 120 images tirées des archives respectives des trois iconclastes dégagent des processus acquis. Nous sommes loin des figurations de type développement personnels. Ici faire de la vie une oeuvre d'art passe par l'accident, l'erreur et une forme de dépossession des plus jouissives.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari , ToiletMartin PaperParr, Damiani Edittore, Milano, 2020.

07/03/2020

Farces et attrapes de Jacqueline Devreux

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Mixant photographie et peinture Jacqueline Devreux présente dans sa nouvelle exposition des approches plastiques et graphiques fortes en ironie pour l’éclosion décalée de la «chose» (papesse, poupée et autres fétiches) érotique qui se libère ici de l’empire du regard masculin et de la façon de montrer que le mâle caresse.

 

 

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L’artiste impose d'habiles transgressions au sein de scènes qui ne sont que suggérées. Photographier, peindre, découper, monter revient à montrer ce qui reste dissimulé (enfin presque) mais tout en révélant de nouvelles ambiguïtés au sein d’un univers au « flux » est résolument féminin.

 

 

Devreux 2.jpgL’intime et la corporation prennent des tours particuliers au sein d'une discontinuité revendiquée comme telle là où le corps féminin résiste dans la sourde mélopée par la rythmique de l'Imaginaire de la créatrice. Les images approchent le désir par un sens du jeu. Moins anxieux que parfois chez l'artiste, il est nourri d'«ardore» et de fantaisie discrète. Jacqueline Devreux semble veiller sur ses modèles en ramenant à l’étrangeté d'un face à face qui ne peut se dérouler qu’à deux et qui fait du silence des femmes un aveu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacqueline Devreux, "Gestation", galerie Pierre Hallet, Bruxelles, de 12 mars au 2 mai 2020.