gruyeresuisse

08/10/2020

Tristan Félix contre les amibes bidasses et autres "sangsuels"

Tristan 3.pngDe "Laissés pour contes" à "Faut une faille", Tristan Félix s'arrange toujours pour que tout déraille afin que qui de droit en prenne pour son grade. Ses contes cruels comme ses théories des failles mettent le feu aux poutres d'escampette. Si bien que bannie entre toutes les flammes, celle qui est nullement bannière de bigote (quoique trouvant refuge dans un ancien repère de carmélites de Saint Denis) conspue la terre "pleine de heurts". Elle y laboure aujourd'hui son bal des mots dit.

tristan.pngLe champ est donc large pour celle qui par la force de ses farces comme de ses dessins lutte pour la justice et l’équité ici et ailleurs. Et d'ajouter : "la vérité est la soeur de l’homme là où l’injustice est la femme du mensonge". Bref il y a de l'inceste dans l'air et à tous les étiages. Ce qui n'empêche pas d'éviter escalier ou ascenseur à qui peut grimper au rideau. Et qu'importe alors si le plancher quitte ses pieds. C'est sans doute le seul moyen pour peu que tout se fasse au nom d'une entente corpsdiale non de traverser la vie sans l’avoir vue mais de s'y agripper - avant que nos plafonds personnels nous tombent dessus.

Tristan 2.pngEt qu'importe si le monde reste un foutoir pérenne. Tristan Felix offre ses hop ! hop ! hop ! en incisant des manigances à la langue française. Elle la démonte jusqu'à en "déhoupper la croupe". Cela lacère un peu son fion mais cela vaut mieux que de se faire mettre par les téléréalistes des cérémonies officielles et délétères. Alors finalement assez ! nous dit Ovaine dans ses neuvaines païennes : à l'impossible nul est tout nu. Bref ça ne peut plus durer ajoute celle qui - tous les trous de la langue ouverts - crie néanmoins : Halte aux boucs "imisçaires" et violeurs de ces donzelles. Ils n'ont d'intouchables en Inde comme ailleurs que le nom. L'actualité nous le rappelle une fois de plus aujourd'ui.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Félix, "Faut une faille",Editions Z4, 2020, "Laissés pour contes", Editions Tarmac, 2020.

05/10/2020

Nathalie Léger-Cresson : effacements progressifs des pangolins

Leger Bon.jpgAvec Nathalie Léger-Cresson il faut se méfier des eaux dormantes... L'auteure se dit transparente : voire... L'auto-fiction se transforme non sans raison en ce qu'elle nomme une "surfiction" progressive du désir. Ecrivant au besoin "à la lumière de ma lampe à huile de thon en boîte", elle fait un sort à ses agissements et ses rencontres : amants plus ou moins de passage mais pas seulement.

Leger.pngA travers son calendrier - où se perdent les jours quoiqu'ils se multiplient - s'instruit  la création sous forme de journal plus ou moins intime de, sinon des légendes, du moins des manières de faisander  le réel  pour le rendre plus consommable. Libre, altière, drôle, performante au plus haut point - si on la suit dans ses divagations aussi sérieuses que farcesques - Nathalie Léger-Cresson propose  en conséquence des rêves amplifiés pour corriger les drames couvés non par les mères de vinaigres mais des sortes de malotrus qui croyant la conquérir se perdent.

Leger 3.pngExit les langueur mélancolo-romantiques et bienvenus aux hop ! hop ! hop ! qui laissent benoit jusqu'au pangolin... D'autant que la réclusion covidienne ne convient pas à l'imperturbable. Elle cultive ses cinq à sept non ascètes à l'épreuve des nuits et des jours entre boulot et métro mais pour divers dodos. C'est du grand art. Celui qui  s'éloigne du confinement et non seulement le temps d'une pandémie car ici, le vagabondage féminin prend une force exponentielle et jouissive. Celle qui avait déjà ravi par ses précédents livres chez la même éditrice passe au vrombissement entre autres par des jeux géniaux de graphisme dans son existence littéraire tatouée plus en joie qu'en douleur :

m o t e u r !

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Léger-Cresson, "Le sens du calendrier", Editions des femmes - Antoinette Fouque, Paris, 171 p., 15 E, 2020.

06/09/2020

Olivier Mosset : les diamants éternels ne sont pas ceux qu'on croit

Mosset.jpgOlivier Mosset, "Diamonds", JRP editions en coll. avec le Mamco, à partir du 10 septembre 2020.

Et si les diamants sur lithographies à répétitions de Mosset mettaient la honte à ceux que l'on retrouve chez les joailliers ou les coffres des banques de Genève et parfois sur des canapés pour accessoiriser certaines égéries ou certaines beautés qui ont besoin d'être rehaussées de mille feux ?

Mosset 2.jpgComme au sein des pierres précieuses et purs joyaux, dans les pièces spécieuses de l'héritier de Fluxus tout est réduit à une sorte d'essence sans que l'on puisse parler de minimalisme tardif où l'artiste continuerait à baigner. Le jeu est toujours ironique, actif dans ces pièces apparemment identiques où surgissent quatre diamants noir peints sur des toiles blanches.Existent là des losanges qui brillent par leur noirceur et ce que celle-ci contient de vert, de jaune ou encore de bleu.

Surgit une effigie sacrée de la solitude où le masque du désir se fend d'une longue amende. Il n’y a là pas plus de soleil que d’innocence.Les tableaux nus tels qu'ils s'affichent restent néanmoins comme de parfaits diamants bruts d'un genre particulier.Aucun aspect décoratif : l'objectif plus ambitieux : exprimer le silence et dire ce qu'est l'art provoque. Mosset réaffirme son credo : il n’y a manifestation que dans l’ouvert. Il le pratique depuis toujours dans un langage premier sans besoin de paillettes.

Jean-Paul Gavard-Perret