gruyeresuisse

05/05/2019

Je ne vois que toit (IX)

Edwarda 3.jpgAphone et à cris

 

 

Entendez-les : ils implorent mon aide pour les délivrer de leur impuissance et me promettent des Ex-voto par l’intersection de la Sainte Sexo. Ils m’assurent de leur éternelle reconnaissance. Mais à peine guéris et calmés me traitent de crapaude. Ils garderont néanmoins en relique une petite touffe de mes blondeurs devant lesquelles ils s’agenouillèrent

 

 

 

edwarda.jpgSainte Mère - me dis-je - ne serais-je qu’une bête ? Pourquoi pas après tout. Soufflant seulette pour modeler cette chose à corne dans ma terre pure, pour qu'ils y plantent leur tente en gueulant «  bourre bourre ma fille, remue toi le croupion », croyant me faire mourir d’amour à l’aube ou au crépuscule en toutes leurs chutes de neige tandis que je dis mes grâces.

Que les Madame Edwarda du futur fassent partie de moi. Je leur montre le chemin laissant monter ma voix. On voulut me retirer la langue : je la tire tandis qu’un parlement de pucelles célèbre mes charmes. Dans mes déplacements elles m’accompagnent. Plus tard elles habilleront mon cadavre.

 

Edwarda 2.jpgElles lèveront le coude à ma santé une fois que la cloche de l’église aura été remplacée par la sonnette des loufiats. En carpe grise je serai là. Dans le bocal sur le buffet. Ouvrant la bouche je ne laisserai rien paraître. Sinon à la surface des bulles qui crèvent. Les autres femmes parleront pour moi et ça donnera un air de fête. Leurs paroles danseront sur des fils avant de s’envoler des glycines comme des anges que les moineaux emportent en leur gazouillis.

 

Lheo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

 

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04/05/2019

De la cité des rêves à celle des spectres - Alessandro Mercuri

Manzoni.jpgAlessandro Mercuri, "Holyhood, vol. 1 - Guadalupe, California", coll. Shushlarry, art&fiction, Lausanne, 2019, 190 p..

Fidèle à ses détournements et ses fantaisies charpentées sous divers types de documentations Alessandro Mercuri trouve dans la cité des anges et du cinéma un lieu idéal pour introduire ses trolls et des fakes news des plus séduisantes. La traversée d'un tel purgatoire devient une fuite en avant par effet de retours et de retournements.

 

 

 

Mercuri 2.pngLe spectacle règne au moment où la fabrique du cinéma pique du nez là où l'auteur en propose sa contre-histoire. De la Colline du Sacré descendent les clones : de Cécil B. DeMille, Ramsès II à John Wayne, Jules César et bien d'autres encore. Et pas forcément des ombres tutélaires mais un tout venant. Ce qui pourrait devenir un "mixed up confusion" se transforme en néo-peplum au moment où  - anticipant le grand tremblement de terre qui rugit sourdement sous la ville - surgit une antique cité mi Ys, mi égyptienne.

Mercuri 3.pngLe dieu Ra se ranime au moment où Alessandro Mercuri - comme Warburg et Godard mais avec son propre imaginaire - crée un monde hirsute, délirant. Rien n'y manque. Pas même des psychanalystes suisses... Une nouvelle fois l'iconoclaste massacre la fiction classique pour l'entrainer dans le merveilleux de tourbillons d'histoires entre océan Pacifique et stucs en stoc des studios et leur univers sale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toit (VIII)

Fol asile de l'obscur.

 

folazil 2.jpgRSI, hérésie. Et Freud rattrapé par les mots là où, là quand, Lacan par 3 lettres cerne l'inconscient et saisit ce qui ne s'attrape pas de celui-ci : le Réel.

 

Freud ne l'imaginant pas, ne le parlait donc pas, mais l'actait en sa lactance, le lattait en sa latence. Attendant languissamment de voir apparaître comme un calice ce Réel qu'on n'imagine pas, qu'on ne peut nommer. En ressentir la présence n'aide pas forcément à vivre sauf dans l'imagination et son cas lice ou son hallali.

Reste donc de ce qu'on essaye d'attraper, l'innommable, le non imaginable. Bref la chose qui revient, qui justifie l'art (même le plus abstrait d'entre eux, à savoir la musique) et la littérature. La dernière ne cesse de rameuter. En tant que jouissance, symptôme, poussière sur les stores, merde sur un décrottoir.

Telle est donc la quadrature des cercles. En guise de terre ferme, notre bord de mère s'amuse à nous laver mentalement les pieds : satisfaction de la voir revenir même si ça nous fait souffrir, ou jouir - sans aucune maitrise possible et dans une impatiente clandestinité. Entre autres chez les plus impatients d'entre nous d'Henry James à Jack l'éventé. Ils ne purent réprimer un certain enthousiasme.

Folazil.jpgLa directrice du Folazil (édition grenobloise qui mêlent les voix des fous et des autres sans jamais spécifié qui est le sain(t) et l'hérétique) vient de me rappeler combien ces 3 lettres sont précieuses et jubilantes pour repérer un symptôme et permettre à celui qui s'en plaint de le cerner (sinon en entier du moins son reste...)

Je lui en sais gré. Et grâce à elle j'entends soudain mieux les êtres parler. C'est la limite à mon savoir. Est-ce  aussi celui des autres  ou simplement l'effet de mon ramollissement général ? Dérailleur des ailleurs, ma lance d'instances-dits n'est qu'entrave ou mol bastingage pour fantôme de l'opérateur.

Les choses  - faute d'exister vraiment - se passent ainsi dans ma tête. Et c'est en cette (im)posture que l'abruti finit (avant de reprendre plus tard) même si , fidèle à Corneille, il comprend, combien le désir s'accroit lorsque l'effet se recule.

Lheo Telle qu'elle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

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