gruyeresuisse

24/03/2020

Doubles jeux de Philippe diCorcia

Di Corcia.jpgPhilippe diCorcia est sans doute un des photographes narrateurs de "fictions" les plus intéressants du début du siècle. Il explore et dépasse les limites de son médium par des prises méticuleusement scénographiées et réalisées, mettant en scène une variété d’individus parmi lesquels des amis, des membres de sa famille, des anonymes, des gogo danseurs voire des personnages transformés en maquereaux demi-sel.

Di Corcia 3.jpgTout joue entre le vrai et le faux, la pose et le naturel avec un humour constant là où un érotisme ambigu plane : l'amour semble tariffé en des partouzes discrètes ou des tête à tête arrangés. La théâtralité est là pour le signifier sous un aspect faussement documentariste - ce qui donne à l'oeuvre encore plus de saveur.

Di Corcia 2.jpgDans les interstices entre fiction et réalité diCorcia crée depuis plus de 20 ans son cinéma fixe et muet entre Lynch, Hopper et Antonioni. Rien ne manque à ces fausses histoires où la beauté et l’harmonie prennent une nouvelle donne en un glamour inversé et une audace ludique et ironique. Tout demeure ambigu et ce n'est pas le moindre plaisir de telle monstrations aussi subtiles qu'équivoques. Dans la douceur les miasmes prennent des allures classieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les photographies de diCorcia sont visibles actuellement - sur R-V uniquement étant données les circonstances - à la David Zwirner, Paris.

15/03/2020

Joanna Concejo : Loup y es-tu ?

concejo 3.pngPar un mélange de réalité et de sa biffure Joanna Concejo poursuit un travail impertinent de dé-figuation autant de son propre héritage d'images que d'un corpus plus général. Le surréalisme et un art faussement naïf ou enfantin ne sont jamais loin. De la gamme pléthorique du monde l'artiste vide partiellement l’espace. D’où, une vision qui en isolant le fond contextuel prouve que qui que nous soyons, nous sommes autant de partout que de nulle part.

Concejo.pngDes éléments orphiques et divers mixages et biffures se répondent. Des actes demeurent en suspens de l'enfance comme de ses contes et souvenirs. D’où la présence de lieux hybrides et inconnus, entre envolée et précipice. Les inscriptions premières du réel se trouvent décalées : la pérégrination vers le passé peut devenir un retour vers la vie en divers caviardages et montages.

concejo 2.pngC’est pourquoi la matière poétique générée par la créatrice d'origine polonaise n'est pas une simplification de la vie mais son approfondissement. Joanna Concejo par ses images prouve que si les mots ne font pas forcément défaut leur comment dire cache un comment ne pas dire. Et le dessin en un tel envoi peut devenir nouvelle affirmation de la poésie lorsqu'elle accepte le risque de passer de l’endroit où tout se laisse dire jusqu’au lieu où tout se perd en une fin de non recevoir là où s’extrapole, en fantaisie,  le temps et la mémoire. 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Concejo, "Ne le dis à personne", (texte de Rafael Concejo), Editions Format.

13/03/2020

Maurizio Cattelan, Pierpaolo Ferrari et Martin Parr : Splash

Splash.jpgChez Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari comme pour Martin Parr, l’imaginaire renvoie la réalité à une fin de non-recevoir en un basculement dans « l’irréel » qui contredit la pression et la nécessité sous lequel le monde ploie. Tout induit à un laisser-aller, un certain farniente et une manière de retourner la lourdeur du réel comme un gant.

 

Splas 2.pngC'est pourquoi après le succès du magazine ToiletMartin PaperParr, sous le même titre, est publiée une monographie de la collaboration entre le photographe britannique et le magazine créé par les deux italiens qui tranforment dégats et agissements en oeuvre d'art. Des signes incohérents acquièrent une esthétisation et une propriété réversible des extensions infinies qu'un tel art de la fugue propose.

Splas 3.jpgLes 120 images tirées des archives respectives des trois iconclastes dégagent des processus acquis. Nous sommes loin des figurations de type développement personnels. Ici faire de la vie une oeuvre d'art passe par l'accident, l'erreur et une forme de dépossession des plus jouissives.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari , ToiletMartin PaperParr, Damiani Edittore, Milano, 2020.