gruyeresuisse

25/05/2019

Je ne vois que toit (XXVI)

I.pngChic to chic

Source chaude fraîchement cueillie. Nul ne sait où d’où sourdent les images et où la langue vient se poser. Aucun mot attendu n’y figure. Il pose sa petite tête de mort entre les cuisses de l'amante, par moment se décontracte la mâchoire, dénoue les tendons de ses bras, huile les articulations. Puis c'est elle qui lui décolle la peau du crâne, lui déchire le diaphragme et les branchies. Tout se met à rebondir de l'extérieur vers l'intérieur. Le ciel est blanc. Caché en bord de bord du Léman ils dansent la gigue jusqu'au vertige. Chacun habite le rêve des autres et cueille le fruit de leur vieille présence au monde.

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

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24/05/2019

Je ne vois que toit (XXV)

Cohen mère.jpgVoix parmi les voix

On tourne. Le dos comme un grand calme. Celui qui contient la tempête en quelque humeur attachée au chagrin. Je l’ai arraché car ce n’est pas trop loin qu’aller de la fureur et d’élan. On dit mordre. On dit mordue jusqu’au sang - les lèvres des promesses. Le souffle court du verbe aimer en sourd comme celui du verbe abandonner. Les yeux attendris n’attendent rien du noir. Sinon ce qui laisse sans voix.

On tourne sa langue. La mère est dans l’oreille. Pas question de hausser le voile. Sinon celui d'une jupe dès que le soleil - mais pas que lui - se couche. On dit que le temps passe. Sans destination. Le lieu reste le même. Il s’en trouve pas plus ému. Livre idem. On tourne (les pages) parce qu'il n'existe pas de perte dans le cercle la folie. Il demeure bien gardée. Et tue (entendons cachée). Même si la folie assassine. Pas d’enquête sur ce point. Reste une tête mutique sans chute ni tranchée. Juste roulée en boule.

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

 

Photo. de Michèle Divoy

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Je ne vois que toit (XXIV)

Bergère.jpgL'amour est dans le pré

Existant dans l'improférable je l'énonce pourtant de toute mon intériorité. Elle s'écrase comme mon doigt sur les touches du clavier. Saccage de l'indicible d'où viendrait le mot amour. L'ouverture de mes bras préfigure une présence plantée là où pas un poisson ne brasse l'eau, pas un oiseau de proie ne mouline l'aire. Non rien. L'autre s'écarte à force et m'observe avec effaremment.

Je suis là planté au milieu du langage. Comprenez : je m'efface, poursuivant mon travail de berger poussant le cul des vaches qui renoncent à avancer. Un borborygme est ce qu'il y a de mieux car cela evite d'entrer dans les détails. Sur la route mouillée parfois je pile des coquilles d'escargots. C'est mon saccage de l'indicible sans que s'agrège à moi une émotion sourdement injectée. Je ne leur veux pas de mal, ça se fait machinalement.

Puis je recolle au troupeau et agite ma trique regardant au passage si les pommiers accoucheront de leurs fuits. Ils s'attachent à mes os comme à mes manques. Parfois j'étire ma peau pour savoir si elle adhère encore à mon squelette. Une oreillette me souffle en boucle les souvenirs d'une vie en parallèle dont j'ignore tout.

Arrivé au pâturage je n'en dirai rien à la bergère qui conduit le troupeau. Une nouvelle fois elle va sortir son chapelet pour l'égrainer. "Prie avec moi" dit-elle. J'opine à la seule condition qu'elle me montre ses affaires. Sans parler elle le fait, je mate les douces éclisses de son bas-ventre. Commencent les Ave et les Pater Noster. Après l'ouverture des parenthèse de ses cuisses : le vouvoiement de la prière

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret

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