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20/02/2020

Les dessins à quatre mains de Caroline Ventura et Simon Paccaud

Paccaud.jpgCaroline Ventura et Simon Paccaud, "Dessins à quatre mains", 18 dessins, TSAR 23 editions Star Books Lausanne, CHF 18exposition à Valentin 61, Lausanne, Février 2020.

 

Comme pour la plupart de ses projets Simon Paccaud aime inviter d'autres créateurs à travailler avec lui. Son hymen plasticien avec Caroline Ventura a permis à l'un et à l'autre d'explorer de nouvelles directions. Les deux artistes avait déjà fait ensemble quelques collages mais le projet a eu du mal à se dessiner. Néanmoins Caroline Ventura pleine d'énergie et d'imagination a emporté son partenaire loin de ses images de prédilections ludiques et à caractères très masculins.

Ventura 2.jpgUne fois lancé le projet s'est réalisé dans un atelier en plein air. En discutant de la vie, les deux artistes ont créé des narrations enjouées et vives. L'une a colorié des zones, l'autre les a détourées en rajoutant des lignes sur lesquelles la première a rebondi. Au besoin se sont ajoutés autocollants, un petit chrome, etc. L'été fini au bord du Léman, tout s'est de fait achevé à la station de métro Poissonnière de Paris pour un nouvel échange de dessins. Simon Paccaud a été si emballé par certains dessins de Caroline Venture qu'il n'a même pas eu envie de les colorier.

 

Ventura 3.jpgLes oeuvres sont d'un dynamisme neuf et jouissif. Existe un plaisir du dessin qui ravit le regardeur. Les deux artistes espèrent ne pas en rester là : "Vivement l’été prochain,  les maillots de (...).Mais qui sait peut-être qu’on prendra un train pour aller dessiner le tessin" disent-ils. C'est ce qu'on souhaite aux futurs spectateurs des oeuvres à venir comme à leurs créateurs plein "d'en train".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2020

Phrase - phases sans emphase ni anaphore : Gilbert Bourson

Bourson.pngLe temps dresse entre nous et les œuvres du passé une manière de les couler dans un bronze qui n'est pas forcément le bon. Et, en pensant au travail sur la langue de Guyotat (et implicitement de Joyce), Bourson a relu l'épopée grecque qui écrit-il "implique le sexe dans le bordel conflictuel de l'histoire". Tout se joue en effet "autour du cul d'Hélène". Mais la charge érotique du récit premier fut jadis effacée au profit de conflits politiques. Manière de cacher non seulement les seins qu'on ne saurait voir mais aussi les turpitudes des réservoirs de pulsions et de domination auxquelles la politique et la guerre tiennent lieu de cache-sexe.

Bourson 2.pngEn une seule phrase qui débute avant les premiers mots de texte et va se poursuivre après son terme provisoire, Gilbert Bourson illustre combien sous le joug guerrier se déploie le noeud sexuel que les termes polémologiques et militaires maquillent. Ce livre est donc celui de la chair en tous ses états - fruit vert ou pourriture. Il est celui des métaphores et des nouvelles métamorphoses que l'auteur accorde au récit primitif.

Bourson 3.jpgDans cette longue phrase - qui semble dénoter le titre même de "phases" - le point d’appui reste introuvable mais il "tient" par la somme du corpus et son mouvement des corps. Celui d'Ulysse et les autres jusqu'au "bouillant Ajax chanté par Offenbach". Tous attendent que quelqu’un vienne les rejoindre dans les boucles de leurs barbes. Sous prétexte de guerre ils rêvent de pouvoir basculer celles ou ceux qu’ils aiment à l’intérieur d'eux-mêmes. Ou en dehors. Preuve que l'histoire d'amour n'a pas de fin. Elle dépasse le temps d'où la nécessité des récits mythiques dont ce texte indique des "Phases".

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilbert Bourson, "Phases", préface de Philippe Thireau, coll. "Tinbad - Chant" Tinbad éditions, Paris, 2020, 80 p., 13 E.

 

30/01/2020

Les corps hyperboliques d'Isabelle Vigo

Vigo 3.pngIl existe dans les corps créés par Isabelle Vigo une sensualité drôle et paradoxale. L'artiste ose pour le "dire" des paraboloïdes hyperboliques physiques que d'aucuns jugeront monstrueuses mais qui pourtant sont touchantes et naïves là où l'artiste frôle l'art brut et premier. La surface plutôt que de se dérober songe à éclater dans un effet de trop plein lascif et jouissif. Il semble prendre au dépourvu les personnages au crâne rasé. Tout est fort et incisif en une telle exaspération des formes.

Vigo.pngLa notion d'excroissance retrouve tout son sens et rend l'amour aveugle au fantasme comme à l’idéal. Il est d'un autre ordre tant il est animé d'un amour de soi mais qui n'est en rien une prétention. C'est un accomplissement, un abandon où bonheur d'être qui on est. Et qu'importe les disgraces potentielles. N'existe plus l'alibi de la beauté parfaite ou de l'explicatif. Et même un certain ratage devient une qualité comme si le corps se suffisait de lui-même. Tant il est conséquent et jovial même si parfois les mines et postures se font plus graves.

Vigo 2.pngLes êtres gardent la santé pour désirer. Plus ils sont sensuels, plus ils se dynamisent et se satellisent autour d’un objet/sujet de l'amour. Les voici en rapport avec un autre - absent ou présent. Le tout entre pause ou rituel de séduction ou de simple jeu (lorsque l'approche devient plus maternante). Chaque personnage donne l'impression de quelque chose ne se quitte pas et qu'importe si cette chose n'est pas forcément la bonne. D'une façon ou d'une autre le corps exultera.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Vigo, Atelier Andelu, Saint Paul de Vence, le 6 février 2020.