gruyeresuisse

28/10/2019

Florence Andoka : fats et cochères

andoka.jpgPlutôt que de prétendre dresser ce qui nous habiterait dans la caserne de notre prétendue pureté, Florence Andoka met à nu nos animaux qui persistent. Les bêtes fabriquent une perspective que nous voulons ignorer mais que l'auteure rameute à travers nos déserts d‘ennui. Sans cesse elle les fait glisser vers le tronc de nos heures. Nos félidés sont "indociles" et un "scarabée iridescent en guise de caillou" tremble sous la langue. Mais il est aussi en nous des "chiens plus doux que des humains" et un marcassin peut servir de partenaire à une vieille dame. Pas de quoi en faire un fromage.

Andoka 2.pngCela apaise nos hantises, leurs coloris, leurs cris, leur "crinière". La mémoire ou l'oubli - comme on voudra, - dans les instants où, écrasant la pensée, la poésie se concentre pour percer la peau fuyante de l'inconscient. La hantise primitive de l’animal demeure. La pensée dans ses champs de fouilles voudrait la déjouer, lui imposer le silence. Mais prise en revers le subconscient signe son extension. Et Florence Andoka en provoque l'opération. Dire ne revient donc pas à se défaire de la bête. Bien au contraire. Une telle nudité peut mettre au moins au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu (à laquelle chacun peut trouver "un charme fou".)

Jean-Paul Gavard-Perret

Florence Andoka, "Trop bête pour toi !", Editions Mediapop, 2019, 5.00 €.

27/10/2019

Confession d'un vicaire peu savoyard

 

cauda.jpgJacques Cauda, maître pécheur - sans se soucier de ramasser au filet tous ceux de la terre car il a mieux à faire - parachève sa "Comilédie". Bref il poursuit son autobiographie hors de ses gonds. La confession de cet enfant des zones raconte certaines étapes de sa jeunesse et la gestation de son oeuvre. Mais il ment moins ou mieux que Rousseau. Avant même l'heure de la peinture qui allait le transporter, il est vite attiré sinon par l'art du moins par ses modèles et les ondines qui firent ses quatre heures. Il faut dire que, quoique fier de son organe, à l'inverse de beaucoup de bougres, celui-ci ne l'empêche en rien de penser en devenant un Gilles de Rais plus que de Watteau (mais nous y reviendrons).

 

 

Cauda 3.pngSon livre le prouve (comme son lit l'éprouva). Et les belles de cas d'X de diverses époques lui ont permis de ne jamais être un simple "Assis" tel Saint François. Il sait étendre ses toiles et ouvrir son lupanar pour avancer dans la vie comme pour écrire son texte le plus vite possible afin de créer une impression d'altération. Il recolle néanmoins des séquences, recrée les morceaux qui manquent afin de donner au discours, plus qu'une vraisemblance, une vérité. Mais si avec un tel entreprenant impétrant rien n'est sûr sauf l'enfer qui donne à la vie un supplément de piment rouge plus que ceux que laisse Paulette. Toujours est-il qu'ici les mots comme ses images ont prise véritable sur le réel pour le transformer ou plutôt le flécher selon un contrat tacite avec le diable par lequel la poursuite de la forme est tout sauf un jeu d'apparence naïve

Cauda 2.pngL'auteur extrait du temps l'essence en essorant son passé. Il reste un sardonique progressif, dont le monisme témoigne des enfers. Mais qu'importe les saisons : toutes sont un "'en faire" que l'artiste pratique en atelier ou sous les portes qui - lorsqu'elles sont cochères - finissent par le fouetter. Elles restent néanmoins désirables au même titre que le poux ou la gaine Playtex. Et afin que là "métamorose" et  la fascination ne procrastinent en rien il suffit de délacer le dessous sinon chic du moins pratique au pied d'un ciel de lit. Cauda rendit de la sorte les mortes vivantes et rattrapa très vite ses retards dans l'appréhension des codes picturaux. Dans son jeu de miroir il semble devenir habilement picnoleptique. Mais il n'oublie pourtant jamais les eaux troubles et les femmes tremblantes là où le bas blesse lorsque sa résille resta trop longtemps en  résilience. Et dans le boudoir-atelier tout renvoie directement à celles qui l'animent. Et ce sous l'égide du Gilles bandeur de Watteau. Cauda enfile son costume pour masquer les apparences non trompeuses. Histoire d'abord de ne pas effrayer les novices mais aussi de ne pas douter de savoir de quoi il s'agit lorsqu'on  se mêle d'art. Sans  sexe il n'est que mensonge et flagornerie. Mais cacher en page de couverture ce qu'on devra voir reste l'habile subterfuge de blasphé-mateur moinillon manipulateur des seins offices.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Cauda, "Profession de foi", Tinbad Récit, Paris, 144 p., 18 E., 2019.

14/10/2019

Clément Rosset : bio mais pas trop

Rosset.jpgClément Rosset a voulu publier à titre posthume ce recueil de récits «intimes» où sa personnalité n'est pas vraiment et volontairement mise en valeur. Au tout à l'égo il préfère souligner quelques-unes de ses manies ou de celles de ses proches en fidélité à son humour philosophique. Cette expression hors modèle se déroule sous la fausse apparence que pour bien écrire il suffit de faire preuve de fragilité, patience voire passivité.

Rosset 2.jpgL'auteur donne l'impression que le vent plus que la pensée pousse  ici le ballon de l'écriture. Mais il règne sur lui pour le placer. Plutôt de dire comment il a écrit certains de ses livres, il s'abandonne à un ultime jeu. L'écriture ne tombe jamais dans le trop plein. L'esprit transforme le destin en une extrême liberté. En accord avec la fin de tous, il s'applique à donner de connaître juste ce que nous ne pouvons supporter avec un drôlerie parfois blême mais corrosive toujours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Clément Rosset, "Ecrits intimes. Quatre esquisses biographiques suivi de Voir Minorque", Editions de Minuit, Paris, 144 p., 19 E., 2019.