gruyeresuisse

09/11/2019

Loula Hoop et pillow-book : Lambert Schlechter

Schlechter.pngAvec Lambert Schlechter, de l’erre au désert, le charroi de l'écriture avance par petits bouts. Ici en198 morceaux écrits chaque fois en une seule phrase. C'est la neuvième étape de son "murmure du monde" ensemble inclassable entre l'autobiographie et l'imaginaire, la poésie et le testament "in progress".

 

Schlechter 2.pngAmants du réalisme socialiste passez outre. Dans ce bateau ivre, l'art d'écrire se rit des amarres et l’ancre crève le papier . L'auteur mêle la farce à la tragédie dans l’histoire et l’au jour dit. Ce qui ne lui empêche pas les mises en perspectives. Il y a là bien sûr - ou probablement - un axe à sa vie, mais c’est un axe d’une géométrie particulière occupée à retrouver les règles d’un plus long trajet, une géométrie impure aux tracés à la fois sans cordeau mais selon une science de la flèche. Elle traverse les lieux où l'auteur a été à un moment en éternel voyageur et les êtres qu'il a aimés dont ici sa Loula. Et Schlechter de préciser "Aucun Haldas ou Jaccottet, n'a jamais écrit comme ça"  - à savoir "sur" une femme.

Schlechter 3.pngL’auteur fait de chaque fragment une idée de poème mais , en tant qu’acte, qui ne remplace pas d’autres actes, ni même qui s’y mêle. Et au bout de ce chemin à l’autre bout du monde, parmi les montagnes émeraudes et les déserts d'ennui , il reste le premier à avoir descendu Charybde et monté Scylla.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lambert Schlechter, "Je n'irai plus jamais à Feodossia", coll. Tindbad Poésie, Editions Tinbad, Paris, 2019, 230 p., 22,50 E..

04/11/2019

Thieri Foulc : étrange rumba du pinceau et du rire

Foulc.pngThieri Foulc est autant érudit qu'iconoclaste. Les plus sérieux parmi nous se reporteront aux travaux de recherche de celui qui fut le "Provéditeur-Editeur Général du Collège de Pataphysique". Pour les autres, et afin  d'apprécier le natif de Tataouine, il suffira de se reporter au livre de la collection "Ecrits d'artistes" même si ceux du créateur dépassent cette dénomination.

 

Foulc bon.jpgEn effet il s'agit plutôt d'un "écrit-artiste" : l'auteur y troque le pinceau, la brosse et autres ustensiles pour le crayon ou le stylo à billes. Existent donc des projets de non-tableaux, des esquisses descriptives parfois accompagnées de schémas sommaires, des traitements neufs de motifs éculés, etc..

 

 

 

 

 

Foulc 3.jpgL'humour pince sans rire de "l'artiste" donne à l'imaginaire créatif plusieurs types de plongeons dans le vide. Il est d'ailleurs question de plongeoir dans ce livre puisque dit-il "sa question est fondamentale". Il faut le croire - faute d'images - sur paroles. Ce dont nous nous priverons pas. Et à ceux de Hockney nous préférerons les "bigger splash" de l'histrion farceur. Mais pas que. Il nous enduit non de peinture mais de ce qu'elle suggère puisqu'elle brille (et comme jamais) de son absence. C'est un régal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Thieri Foulc, "Peintures non peintes", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2019, 192 p., 25 E..

 

31/10/2019

Marcia Resnick : education sentimentale

Reznick bon 2.jpgMarcia Resnick, "Re-visions", Edition Patrick Frey, Zurich, 104 p., EUR 52 / CHF 52

En 1975, Marcia Resnick est victime d'un accident de voiture. Sa vie est passée devant elle. Dès son séjour à l’hôpital, elle s'est remémorée tout ce qui l'a amenée en ce lieu. Elle a d'abord écrit et dessiné des images en vue d'un livre. Poignant et ironique cette autobiographie s'est métamorphosée par les photographies que l'artiste composa.

Resnick bon.jpgElle y met en scène l’adolescence féminine par une revisualisation de mémoire. La narration ouvre sur la condition de l'adolescence et ses fantasmes là où textes et images se répondent dans un double récit qui, lors de la première édition, avait séduit Andy Warhol et Allen Ginsberg. Plus de 40 ans après ans, l'artiste Lydia Lunch, amie de "Bad" (son surnom warholien) salue cette deuxième édition où la perversion pointe toujours de manière délicieuse dans les affres de l'adolescence naissante.

Resnick 2.jpgLe corps lancé, au lieu de s’imbriquer dans un autre, vaque au fil des jours. Bref le temps de discerner et comprendre ce qui aurait pu agir est repris et commenté. Le tout dans un état érotique déplacé. Tout semble procéder d’un éros impersonnel, harmonieusement inclus dans le faisceau des forces qui fusaient à ce moment, au même titre qu’une acuité sensorielle accrue, une montée de température et  l’assouplissement des articulations. L'artiste rejoint suffisamment le régime phénoménal pour dépasser ses propres conditionnements et en tenant compte des partitions qui régissent notre espace.

Jean-Paul Gavard-Perret