gruyeresuisse

25/06/2020

L'esthétique de l'élégance : Philip-Lorca di Corcia

Di Corcia 2.jpgPhilip-Lorca di Corcia s'amuse à jouer des stéréotypes de la peinture comme du cinéma par ses photographies. Pour la réouverture de sa galerie à Paris David Zwirner présente des images tirées d’une série de onze projets éditoriaux réalisés par l’artiste pour "W Magazine" parfois publiés parfois inédits..

Di Corcia.jpgLe photographe met en scène mannequins professionnels ou des personnes rencontrées au hasard et au fil de ses voyages afin de créer des narrations pleine de surprise, ironie, glamour et histoire d'amour ratée. Le tout dans des exercices d'harmonies volontairement surfaits pour souligner le faux dans le vrai comme le vrai dans le faux.

Di Corcia 3.jpgLa vie réelle semble "cinématographiée" dans des mises en scène appuyées à la Edgar Hopper ou à la Dadid Lynch. C'est beau, intelligent, astucieux - trop peut-être. Mais avec toujours un détachement critique du réel hautement stylisé dans une parfaire maîtrise technique. Les intrigues surviennent dans la nudité de l’égarement et le déplacement du regard au delà des miroirs entre morcellements et attentes et en une succession de possibles plus ou moins douteux. A la parure fait place la sommation. C’est une dessication : une partie du réel s’éloigne et la plus belle nous revient de manière narrative et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philip-Lorca di Corcia, David Zwirner Gakerir Paris, juin-juillet 2020.

08/06/2020

Les accueils de Connie Hüsser

Husser.jpgConnie Hüsser, "Objects with love", Galerie l'Elac, Renens, Du 10 juin au 3 juillet avril 2020,

Magasin de curiosité in situ et hors cage  : tel est ce que propose celle qui a été couronnée par le Grand Prix suisse de design 2019. Journaliste et styliste Connie Hüsser est fascinée par les jeunes talents et le design. Elle aime le fait-main, le coloré et l'inattendu et les présente  ici sur des plateaux fantastiques.

Husser 3.jpgElle a eu l'idée aussi simple qu'originale de rassembler  et de mettre en espace ses objets préférés dans une exposition  où l'intime rencontre l'extime avec fantaisie mais aussi un certain sens du rituel. Le désign des choses prend ici une dimension inattendue, prégnante et belle. Sous ce qui pourrait n'être qu'un bric à brac, Connie Hüsser propose un "ordinare" à la fois surprenant, drôle et documenté.

Husser 2.jpgCette exposition à sa manière est une perfection. S'y ressentent les motivations et les goûts instinctifs et conscients de la metteuse en scène d'un superbe ensemble. Les objets, s'ils n'abolissent pas le hasard que la créatrice organise, créent des rencontres. Ils peuvent parfois tenir au coeur de la main et ils instaurent le jeu de la vie, à l'appel de la jetée. Ce sont comme de petits mots du matin là où l'objet ne biffe par l'être mais lui procure des plaisirs.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/06/2020

Gérald Poussin : les nids déconfinés

 

 

Poussin.pngGérald Poussin, Espace Richterbuxtorf, Lausanne, du 4 au 26 juin 2020.

L'Espace Richterbuxtorf défend les artistes plasticiens dont la démarche s’écarte des voies institutionnelles habituelles. Le "vieux gamin", l'artiste de Carouge, Gérald Poussin est celui qui rouvre le lieu après le confinement. Se moquant autant de l’impureté du zoo qui nous habite que de la caserne de notre prétendue pureté, l'artiste crée ou transfère le paroxysme de l’idéal à l’abîme animalier drolatique.

Poussin 2.pngDestiné à suivre les traces de son père et de son grand-père comme chauffagiste, après avoir gribouillé depuis toujours des dessins sur ses cahiers d'écolier, il quitte Genève et part à Paris avec quelques dessins d’humour sous le bras. Très vite il va travailler pour Hara Kiri, Charlie Mensuel, Le Nouvel Observateur, Libération, etc.. Après avoir créé  des films d’animation dans les années 70, il se lance dans la BD en 1979 et publie de petits chefs d'oeuvres : "Tendance débile", "Papiers gras" , "Les aventures de Buddy et Flappo" et "Le clan cervelas"dans le décennie 80.

Poussin 3.jpgIl s’associe ensuite avec l’architecte Geneviève Cuénod et réalise entre autre une peinture murale monumentale (24x13 m.) à La Jonction "Voyez chez les voisins". Il devient un véritable artiste de pointe en Suisse et dans le monde. Dès 1991 le Swiss Institute de New York lui consacre une grande rétrospective. L'Espace Richterbuxtorf permet de retrouver ses assemblages délirants et colorés qui accentuent en rien notre dépense en carbone et notre surplus libidineux. Bref ses oeuvres ne cessent de dépoter. Grand pied nous fasse.

Jean-Paul Gavard-Perret