gruyeresuisse

22/09/2019

Jochen Raiss : peau de l'ours et chimères

Raiss.jpgCollectionneur de photographies Jochen Raiss plonge dans la crevasse des souvenirs collectifs. Sous les flocons du temps, ici, certains ours - ou leurs ersatzs - vont et posent afin de donner des frissons aux belles du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

Reiss 4.jpgAutres et lointains, différents mais voisins ces ours deviennent les témoins d'un temps et d'une fantaisie perdus en laissant leurs traces dans les congères de la mémoire. Dressés sur leurs deux pattes postérieures ils deviennent des prétextes ludiques. Eloignés de leurs forêts ils sont entourés de femmes à croquer.

 

 

 

 

 

 

Raiss 2.jpgChacun laisse son empreinte sur leurs épaules. Ils peuvent être pris comme métaphores et miroirs de la nature humaine comme de celles qui se laissent docilement alpaguées. Ils mettent de la sauvagerie comique dans la civilisation policée et sont les pléonasmes de son évolution. Ces ours bonhomme font remonter sans risques des peurs ancestrales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jochen Raiss, "Polar Bears", Hatje Cantz, Berlin, 2019, 112 p., 16 E..

19/09/2019

Le clafoutis anthropomorphique de Tatiana Samoïlova

Samoilova 2.pngAvec Tatiana Samoïlova le corps parfait des nymphes ne se touchera pas forcément : mais il se voit. Nul ne peut dire s’il existe ou pas. Mais il est issu de tous les archétypes du pays natal de l'artiste (la Russie). La créatrice par ses peintures, dessins et collages en réinventent le profil et ce qui pare, tatoue ou entoure de telles créatures. Elles insufflent un  courant d’air moins dans leur boîte crânienne ou leurs gorges profondes que sur le regard du voyeur.

Samoilova.jpgTatiana Samoïlova joue avec les signes qui dopent l’esprit par ses poupées plus pour les adultes que pour leurs enfants. Elle ne s'en prive pas. Des images jadis votives sont transformées en gouffre où les hommes peuvent aller puiser divers types de fantaisies érotiques ou non. Mais ce qui les envoûtait l'artiste s’en amuse et le brise partiellement.

Samoilova 3.pngSa création ouvre un espace qui n'a rien d'innocent. Des êtres dorment dans les corps offerts. Ils germent dans la vodka de l’esprit avant de devenir théâtre d’un grand guignol mystique. L'artiste n’explique pas, elle touille la pâte du corps de ses "poupées" avec un bric-à-brac pour créer un clafoutis anthropomorphique. Elle a ainsi toujours un coup, un cran d’avance. Que demander de plus ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Tatiana Samoïolova, "Le théâtre de la vie", Dessins et peintures, Galerie Alter-Alt, Grenoble, 26 septembre au 20 octobre 2019.

16/09/2019

Emma Summerton contre toute attente

Summerton.pngEmma Summerton, "Landed", Christophe Guye Gallery, Zurich, jusqu'en fin septembre 2019.

La galerie Guye présente la première exposition solo des clichés d'art de la jeune photographe de mode australienne Emma Summerton. Laissant pour l'occasion le léché et l'impeccabilité froide, elle s'ouvre ici à la fantaisie et au décalage pour donner à ses femmes étendues un aspect hors-champ aussi ludique qu'astucieux et moins léger qu'il n'y paraît.

 

Simmerton 2.pngLes codes inclusifs d'une photographie programmée qui réduit la femme à un fétiche ou une usine à fantasmes sont remplacés par ceux que l'artiste crée à la recherche moins de belles images frelatées qu'à celles qui conviennent à un tel propos sans enfumage mais ironique.

 

Simmerton 3.pngChaque prise démystifie certains ajustements au profit de ceux qui ne sont pas attendus. Ils sont là pour introduire du leurre dans le leurre, les assises sont débôitées là où le corps féminin rentre dans l'image et en sort de manière intempestive. Il devient un indice créateur d’ouverture par l’audace et le résistance de l'écriture photographique. Elle ne fait plus de la femme un simple support mais un manifeste de l’anticonformisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret