gruyeresuisse

18/05/2020

Laurence Boissier au jour le jour

Boissier.jpgLaurence Boissier est une narratrice qui au besoin scénarise son quotidien pour mieux nous rappeler le nôtre. Ses "carnets de lecture" sur le site d'"art&fiction" nous rappellent avec humour combien certains raisonnements sont aussi spécieux qu'irréfutables. Leur concision philosophique - dans le cas de sa fille - est des plus abrupte : "Après". Si bien, ajoute la mère éplorée, que "le porte-à-faux existentiel est garanti avec toutes celles et tous ceux qui ne s’alignent pas sur cette logique.".

 

 

Boissier 2.jpgSes chroniques sont des petis bijoux. Laurence Boissier épingle ce qui nous parasite et sur lequel nous ne pouvons pas grand chose. Mais l'auteure en démine le stress en tentant de rire - sinon de tout - du moins de ce qui est possible. Histoire aussi de décoder non seulement la psychologie des adolescents mais celle des adultes dont le mari de l'auteure devient le parangon.

 

 

Boissier 3.pngSa mère n'est pas oubliée pour autant. Bonne fille Laurence Boissier lui fait du thé tandis qu'elle lit sur l'écran de sa liseuse aux caractères démesurés des aventures extraordinaires. La fille est oubliée : la mère est plongée en une histoire indienne "dans la poussière du fort de Lucknow assiégé par les rebelles". Le thé croupit dans la tasse et "les roues d’un tracteur passant sous ses fenêtres sont celles du char qui transporte les morts vers la fosse". La pauvre fille ne fait pas le poids. Pour preurve elle s'éclipse avant de revenir plus tard vers nous pour évoquer d'autres moments drôles, émouvants, incisifs. C'est un régal.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir aussi : "Safari" et "Fonds d'écran d'artistes",  art&fiction, Lausanne, 2020.

13/05/2020

Yale Joel le voyeur

YaleJoel.jpgEn novembre 1946, Yale Joel, photographe de "Life", installe un miroir bidirectionnel dans le hall du Lowes Criterion Theatre de Times Square, où le film "Dark Mirror" était projeté. À l’insu du public, il a caché son appareil photo l’autre côté du miroir Les spectateurs, à leur insu, s'y rajustent, se pomponnent.

 

YaleJoel2.jpgDix-neuf de ces photographies furent publiées dans Life à l'époque et cette exposition en ligne est la première re-présentation de cette série 74 ans plus tard. Surgit un travail de voyeurisme espiègle comme d'une recherche de l'identité. Femmes et hommes sont présentés dans l’ondoiement de tissus. L'effet civilisateur et séducteur du vêtement est montré. Jaillit aussi le questionnement sur la sexualité là où l'érotisation prend un tour des plus singuliers et accidentels.

Yalejoel3.jpgLes ajustements de dernière minute du maquillage et des vêtements soulignent nos propres tics quotidiens. Si bien qu'à l'époque du selfie l'artiste renvoie en ce qui fut son anticipation intempestive. Il prouve combien chacun est captivé par sa propre image. Le passant s'arrête un instant, cherche en des tréfonds obscurs du miroir un autre homme, une autre femme. Celui ou celle qu’il côtoie forcément (et pour cause..) mais qui mêle un certain "rêve" secret à l'évidence, pour mieux se rapprocher à l'image qu'il ou elle espère (plus ou moins) donner.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yale Joel, "Mirror Mirror", Exposition en ligne, Laurence Miller Gallery, New York, du 4 mai au 27 juin.

08/05/2020

Jim Lee "farceur" génial

Lee 3.jpgL'iconoclaste de la photo de mode Jim Lee reste le maître des compositions asymétriques aux couleurs vives qui ont contribué à une nouvelle narration plastique et à un renouveau du langage de la photographie de mode. Né en 1945 de parents qui travaillèrent pour les renseignements militaires britannique (le fameux MI5 cher à James Bond et aux films d'espionnage au temps de leur grandeur) ), descendant de la famille royale, le futur enfant terrible de la prise de vue a vécu dans environnement protégé fait de privilèges quotidiens et de parfums de fêtes et d'aventures.

Lee.jpgJim Lee s’installa en Australie, enchanté par la vie sauvage et au grand air (et c'est peu dire) de l’Outback. Il y devint photographe autodidacte en vivant là-bas une vie de patachon. Avant même son retour dans la perfide Albion il se crée se propre réputation en photographiant le gotha de la British Invasion musicale ( Beatles, Rolling Stones, etc.). Revenu en Angleterre il se lance dans la photographie de mode et travaille avec une jeune et prometteuse rédactrice en chef : Anna Wintour...

Lee 2.jpgDes "Swinging Sixties" de Londres, à la fin des années 1960 il devient la coqueluche avant de se tourner vers le cinéma le temps d'un film avec Alan Bates. Il collabora ensuite avec des créateurs influents comme Yves Saint Laurent et Gianni Versace et réalisa plus de 200 publicités importantes. Tout son univers reste d'une fantaisie folle et enjouée. Lee n'hésite jamais à la provocation implicite ou marquée. Manière de souligner le charme discret de la bourgeoisie et des têtes plus ou moins couronnées.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Le photographe est représenté par la galerie Holden Luntz).