gruyeresuisse

28/05/2020

Safari dans les Alpes : Laurence Boissier

Boissier.jpgLaurence Boissier, "Histoire d’un soulèvement", roman, coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2020, parution en juin

 

Ce récit est celui de 9 jours dans les Alpes : "Le guide a donné rendez-vous à l’aube dans un village doté d’un seul bistrot fermé pour travaux." D'emblée le ton est donné. Mais la narratrice - avisée mais pas trop - a respecté ce qu'on lui a demandé : sac équipé de bretelles larges, dos anatomique. Elle est vêtue d’une micro-polaire, et de chaussures montantes et "d’un pantalon respirant à séchage rapide".

Boissier 2.jpgAutour d'elle tout va s'élever : la nature en premier Mais l'héroïne peine, peine. «Les plaques continentales ne sont pas les seules à dériver.» Mais elle a tout consigné de la traversée "épique" : la grande histoire du soulèvement des Alpes (racontée par un guide excentrique et d'autres spécialistes de la question comme de la flore alpine) mais aussi la petite histoire de la vie quotidienne d’un groupe de randonneurs pendant la neuvaine.

Boissier 3.pngLa citadine a présumé de ses forces : "Sur un coup de tête, je me suis inscrite à cette randonnée de neuf jours. Je pensais que je prendrais le temps de m’entraîner avant le jour du départ. Je ne l’ai pas pris.". Et c'est bien là le problème. Si bien que l'épopée navigue entre drôlerie et cours magistral. C'est piquant, savant tout autant. A peine ouvert le roman ne se quitte pas, ne se quitte plus et tout compte fait l'héroïne fera la fierté de sa lignée.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/05/2020

Le beau n'est pas toujours en haut - Sandro Giordano

Sandro 3.pngTous les malheurs du monde, le photographe romain Sandro Giordano les incarne dans un vaste projet : "In Extremis". La femme devient le vecteur tragi-comique de mises en scène où la fantasmagorie et le réel se mêlent. Celui qui a étudié la scénographie à "Istituto per la Cinematografia e la Televisione Roberto Rossellini" à Rome, a travaillé comme ingénieur du son et lumière puis est devenu acteur dans des films entre autres de Luciano Melchionna, Giancarlo Cobelli, Dario Argento. se consacre désormais entièrement à son travail photographique.

Sandro.pngDans cette série majeure et au long cours, au sein de divers situtations, lieux, éléments disparates qui jonchent le sol et dont l’usage reste parfois une énigme, l'héroïne devient une sorte de sculpture accidentelle étalée voir écrasée à l'air libre dans des positions aussi grotesques qu'inquiétantes. Au sein d'une indifférence généralisée elle n'est plus qu'une pomme avariée sur la terre, un bateau ivre dans une fausse fontaine de Trevi, un empilement comparable à celui de caisses à légumes.

Sandro 2.pngS'instruit par son entremise un certain "discours" sur l'ordre du monde ainsi que son chaos là où, de la beauté - qui fut un presque tout -, finalement ne demeure qu'un presque rien. Sandro Giordano (aka Remmidemmi) n'a donc rien d'un bonimenteur. Dans ses farces - d'une nouvelle commedia dell'arte - une forme de volupté louvoie encore un peu - mais se produisent d'autres imbrications. La morbidité est présente  mais tenue à distance. L'héroïne reste un rien mythique quoique dérisoire. Nous en sommes à peine séparés. Mais sa silhouette demeure celle d'une poupée cassée, dégingandée symbole de ce qui et quoi nous avons galvaudé au sein d'un matérialisme échevelé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandro Giordano, "Magic of Photography", galerie "In focus Galerie – B. Arnold", Cologne, mai 2020.

20/05/2020

De rien faire un tout : Pascal Jaquet

 

Pascal Jaquet 3.jpgPascal Jaquet - aka Sapin - est illustrateur indépendant à Lausanne. Il réalise divers mandats pour la presse et la publicité, décors et expos individuelles. Il partage sa pratique avec celle de maîtres d’enseignement en arts visuels à l’école professionnelle du COFOP de Lausanne.

Pascal Jaquet 2.pngMandaté par cette ville il a décoré ses armoires électriques au spray, dans un premier temps en compagnie de pré-apprentis puis également de manière indépendante. Illustrateur-recycleur il réalise des «cartonnages» (qui furent présentés aux Docks et à La Sonnette à Lausanne) et reste animateur de «carton workshops».

Pascal Jaquet.jpgGraffiteur à sa manière, il embellit le monde de ses créations aussi intempestives que poétiques. Reste chez lui la faim de l'existence même en période sinon de fin du monde du moins de confinement. De rien il peut faire un tout. Chaque peinture - et parfois leurs assemblages - nourrissent des monstres qui peuvent se brûler les uns les autres. C'est une manière d’oxygéner la distance entre les êtres. L'artiste ne mâche pas ses images sinon pour les transformer en farces.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir sur Instagram: @jaqimages et @boiteselectriques