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27/03/2019

Willy Spiller et Fred Mayer : Zurich, années 70

Mayer 2.jpgWilly Spiller "Zurich 1967-1976", Fred Mayer, "Le Zurcher 1971" Bildhalle, Zurich du 28 mars au 11 mai. Livre "Willy Spiller "Zurich 1967-1976", Editions Bidhallle, 2019, 200 p..

 

Cette double exposition présente la ville de Zurich et ses habitants au cours de la décennie 1967 - 976, au moment où les revendications de la jeunesse et la révolution sexuelle battaient leur plein, affrontaient et affolaient la morale bourgeoise. Willy Spiller et Fred Mayer proposent certains de leurs célèbres clichés témoins absurdes et intenses de cette époque.

Mayer 4.jpgLe premier photojournaliste international, a capté des célébrités suisses et internationales au cours de ces années les plus mouvementées (dont Alfred Hitchcock présent ici). Fred Mayer propose des tirages de sa série "Zürcher Panoptikum", publiée à l’origine dans l’édition de week-end du "Neuen Zürcher Zeitung" en 1972, accompagnée d’un texte de Hugo Lötscher.

Zurich se retrouve ici dans tous ses états : la ville semble brute, sauvage, mais tout autant conservatrice et sexiste. Les deux photographes ont su exprimer ses zones grises où deux sociétés coexistaient tant bien que mal. Tout est saisi avec un regard amusé, complice et complexe.

Mayer.jpgLes voyous" sont plutôt tendres et les "réactionnaires" débonnaires. Tout un monde - souvent aujourd'hui disparu - s'agite : il y a là des éditeurs, des artistes, des balayeurs, des livreurs de bière, des chaudronniers mais aussi des trainards qui parfois sortaient de la rue pour rejoindre le temps d'une pose le sudio de Mayer au moment où Spiller les saisissait au sein du décor urbain. Chaque fois c'est moins la discorde que le plaisir de liberté qui est au rendez-vous dans une fête hybride et renaissante grâce à cette exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/03/2019

"Isrealities" : document-terre

Is-Erich-Hartmann.jpg"Isrealities, sept voyages photographiques", Musée juif de Suisse, Bâle du 29 mars au 14 juillet 2019

Pour Anna-Patricia Kahn, commissaire de cette exposition "Avoir différentes perspectives côte à côte est une invitation à réfléchir à notre compréhension du passé et à envisager de nouveaux horizons." Elle a donc choisi sept visions historiques de photographes pour lesquels la représentation fait moins le jeu du document et du réalisme que du symbole et de la poésie.

 

 

Is (David Seymour).jpgCertes ils appartiennent tous (sauf le dernier) à l'agence Magnum spécialiste du reportage. Mais ici Philippe Halsman, Erich Hartmann, David ‘CHIM’ Seymour , Micha Bar-Am, Patrick Zachmann et Thomas Dworzak et Oded Balilty présentent moins un document-taire qu'un document terre. Et les nuances de l’expérience israélienne sont donc présentées dans la ville où en 1897, le journaliste et activiste Theodor Herzl déclara : «À Bâle, j’ai fondé l’État juif».

Is Oded-Balilty-.jpgEn 60 images en sarabande tout n'est pas dit sans doute d'Israël. Mais les images dialoguent entre elles et avec le public. Loin des analyses elles montrent des espérances, des abîmes, des abîmes d'espérances. Il y a là des détours imprévus, des déceptions, des abattements, des rêves et des espoirs. De l'humour et de l'émotion surtout. A chaque visiteur de se faire son propre parcours là où la photographie prouve que l’amour d'une terre ou d'un idéal n'efface pas certaines ombres et c'est bien en Israël le problème. Mais le ciel souverain de l’amour n’est sans doute que d'une terre, ce morceau du ciel vu à l’envers.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Photos : Hartmann, Seymour, Balilty)

04/03/2019

A Cheval avant Dada

Cavalier 1.jpgLe mouvement du "Cavalier bleu" est à l'origine de la révolution esthétique de l'art. Issu du romantisme allemand relayé par le symbolisme et fort d'une mystique de la nature. Il est initié à Munich en 1911 par August Macke, Franz Marc et Kandinsky au milieu des courants ésotériques. Le trio est au fondement de l'abstraction. Macke par elle se veut encore dans le réel et le formel et reste à la recherche du mouvement. Marc est plus abstractionniste abstrait

 

Cavalier 2.jpgIl est sans doute plus mortfère que les deux autres mais les trois recherchent la rédemption d'une nouvelle humanité qui allait piquer du nez au moment du premier conflit mondial et sa boucherie. Mais reste chez eux un éclat d'or de la peinture. Macke comme Kandinsky atteignent l'abstraction absolue. Elle devient une sorte de "coma" transcendantal. Face à la souffrance qui fait pleurer le ciel le groupe aura créé un "almanach" warburgien (en 1911) où sont réunis les images qui comptent pour eux et deux exposition vilipendées par la critique de l'époque.

 

Cavalier 3.jpgNéanmoins le rôle du groupe munichois est capital. Même s'il s'agit déjà pour certains d'un art "dégénéré" avant la lettre. Mais tout l'art moderne était plus qu'en gestation. Les œuvres et les écrits du triumvirat  permettent de comprendre ce virage fantastique de . Même si Macke va disparaître un temps de l'histoire de l'art et si  Mark va devenir instrumentalisé par le nazisme comme une exemple de la germanité avant d'être reposté dans l'art dégénéré, les deux créateurs ont créé une extension d'un univers que la rationnalité officielle refusa et renia. Toutefois la lave poétique des deux oeuvres se détache des miroirs "embrunés". Et les deux artistes continuent de compter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Franz Marc / August Macke. L'aventure du Cavalier bleu", Musée de l'Orangerie, Exposition du 6 mars au 17 juin 2019