gruyeresuisse

06/11/2016

Lucas Olivet : in extenso

 

Olivet bon.pngLucas Olivet, « Black Water Ballad », JB Editions, Genève, 2016.

Lancement du livre au Centre Culture Suisse de Paris le 9 novembre 2016.

 

 

 

 


Olivet bon 3.jpgLucas Olivet quoique né à Vevey a souvent passé ses vacances et se rend toujours au Canada. Entre autre autour du Lac Noir près de Wentworth. Son livre (qui fait suite à son exposition sous le même titre) propose un véritable huis-clos dans un cadre de nature où l’être humain est confronté au domaine aquatique. Il y éprouve un rapport avec une spiritualité tacite.

Choisissant l’argentique le photographe capte ses images depuis le bord du lac ou sur un canot afin de proposer une proximité sobre, pacifiée et parfois (souvent même) mystérieuse sous forme de "narrations" en suspens. Chaque œuvre regorge d'une troublante curiosité dans sa précision de détails puisque rien n’est laissé au hasard.

Olivet bon 2.pngDe tels espaces-temps fascinent. Dégagé du piège d’un halo sentimental, une matérialité physique se découvre. Là où le paysage se fait étrange surgissent sourdement et comme en demi-teinte, corps ou objets. Existe un coulis lumineux subtile et prégnant propre à la méditation. N’est-ce pas là une manière de saisir de l'infiniment grand par un petit coin de nature ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/11/2016

Silvia Bächli : nouvelles donnes

Bachli.jpgSilvia Bächli, Skopia, Genève, du 12 novembre au 23 décembre .


Travaillant toujours avec un minimum d’entraves et de contraintes afin de s’ouvrir à la surprise Silvia Bächli donne à ses œuvres minimalistes par différentes couleurs un autre ton. Ce sont comme de nouveaux instruments dans son orchestre ou un chant à plusieurs voix au moment même où les traits plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support.

Jaillissent un silence, voire un humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli qui reste une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps.

Bächli 2.jpgChaque fois l’artiste cherche à flairer les traces qui se rêvent sans qu'il soit possible de leur donner un nom. Créer est donc un processus ludique de mémorisation, d’invention et de sélection. Quelque chose, ignoré auparavant, fait surface. A coup de rythmes et de répétitions, la langue plastique glisse, dérape vers de nouveaux champs afin d’embrasser l’univers. C’est une manière de trouver juste une image mais une image juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2016

Felix Studinka : abstraction, reprise et métamorphose.

 

Studinka 2.jpgFelix Studinka, “Peintures et dessins”, Galerie Ligne Treize, Carouge, du 5 au 30 novembre 2016.

Dans les années 10 et 20 du siècle dernier la puissance de l'abstraction a extrait la peinture d'une multitude d'informations et du fouillis visuel. Cent ans plus tard, la nouvelle vision proposée par Felix Studinka - digne héritier des abstracteurs zurichois - la renouvelle. Là où jouaient une forme de sérieux et de gravité voire de tragique, le jeune artiste introduit légèreté, fantaisie, alacrité.

Studinka.pngL’abstraction prend un nouveau visage ou plutôt s’y invente une paradoxale « dévisagéité » de ce qu’elle est afin de la laisser plus libre. L’éther vague n’appelle plus forcément la métaphysique mais un simple plaisir formel sans pour autant remiser la peinture au statut de décoration. Il faut imaginer Félix heureux. Entre autre de faire partager une vision qui jouxte l’éphémère en offrant une ouverture des horizons picturaux selon des suites de variations qui - à l’inverse des Goldberg - ignorent la mélancolie.

Jean-Paul Gavard-Perret