gruyeresuisse

05/01/2021

Le pas au-delà  de Paul Reclus

Reclus.jpgPaul Reclus, "Plus loin que la politique",  Illustrations Marfa Indoukaeva, Editions Héros Limite, Genève,  décembre 2020,  200 p.,  18.00 € 25.20 chf.
 
 
Neveu d’Élisée Reclus et proche des idées anarchiste de son oncle, Paul Reclus (1858-1941) après  la Commune de Paris écrasée,  se cache un temps avant de rejoindre la Suisse. Il rentre à Paris et devient ingénieur. Propagandiste anarchiste, partisan de la reprise individuelle et de la propagande par le fait il est inculpé dans le "procès des trente", se réfugie à Londres puis se fixe en Ecosse où il travaille comme cartographe, puis professeur. A la demande d'Elisée Reclus, il s'établit en Belgique pour l'aider à terminer l'édition de "L'Homme et la Terre". Il s'installe en Dordogne et à Montpellier où il se livre à des travaux scientifiques et fonde le journal anarchiste "Plus loin" qui paraîtra jusqu’en 1939. Il fait jusqu'à sa mort partie de plusieurs organismes dont ceux d'aide au mouvement anarchiste pendant la guerre d'Espagne.
 
Reclus 2.jpgIl a créé une oeuvre de circonstance : elle garde  plus qu'une actualité confondante  comme le prouvent les articles de cet ouvrage issus des revues "Plus loin" et "Les Temps nouveaux" et rassemblés par Alexandre Chollier.  Existe une pensée d'avant garde pour l'époque. Elle exprime au delà du marxisme et  sa pseudo démocratie telle qu'il l'a galvaudée -  un appel à la démocratie directe. Mais c'est surtout son projet anticipateur  d’écologie sociale qui reste le plus intéressant.
 
Reclus 3.jpgIl se fonde  sur la conviction qu’aucun des problèmes écologiques ne sera résolu sans un profond changement social. Et de tels écrits demeurent essentiels à la fois sur le plan de l'histoire des idées et de leur réalisation. Il faut s'y confronter pour réfléchir à savoir comment sortir de  l'impasse où nous nous nous trouvons. Le capitalisme semble en effet le parfait opposé d'une révolution écologique. Sans que pour autant la pensée de Paul Reclus soit totalement convaincante. Mais c'est en s'en nourrissant de manière critique que des pas s'esquissent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

01/01/2021

Benoit Caudoux : portrait du poète en Alexandre du mat.

Cadiux.pngBenoit Caudoux, "Drapeaux droits", Editions Héros Limite, Genève,  2020, 120 pages, 16.00 € 22.40 chf
 
Benoît Caudoux est auteur et professeur agrégé en philosophie. Ses travaux portent sur l’écriture, la modernité, ses origines, les changements éthiques et linguistiques, l’évolution des rapports entre philosophie et littérature, le devenir de la rationalité et l'importance du design dans la modernité.  Il a publié plusieurs livres d’artistes ainsi que plusieurs textes poétiques ont celui-ci devient une suite caractéristique et un résumé des épisodes antérieurs.
 
Cadiux bon.jpgLe titre «drapeaux droits» désigne - plus que le simple alignement des compositions métriques traditionnelles - l'attention  portée à la dimension visuelle des poèmes. Chacun devient un étendard. Il laisse flotter la fin de ses vers dans le vide de la page. Chaque texte dénoue de la sorte  puis renoue les fils de l’existence, de la perception et de la pensée abstraite. Il y a là,  face aux insaisissables syllabes des étés (ou avoir été) des  affaires d'âmes et des manières "d'entendre" ce qui se passe entre mysticisme et blagues d'une sorte d'oméga de la pasternakité.
 
Cad 3.jpgLe tout en sorte de mats d'épigrammes sur  lesquels l'auteur cultive le jeu de mot ou le trait d’esprit. Les textes sont souvent  humoristiques, légers, d’autres plus profonds et radicaux. Ils deviennent comme le précise l'auteur  "autotéliques ou évidents" en semblant n'exister que pour eux-mêmes dans une sorte de "poésie pure" afin d'enjoliver notre purgatoire lorsque le soleil n'est pas trop plombant et que subsiste un peu de vent . Mais  d’autres célèbrent ou  accusent la présence d'un monde réel proche ou perdu, rappelé ou nié au sein d'un flot de réflexions et d’idées étonnantes. Résonne dans l'air une turbulence et une énergie entre microcosme et macrocosme, fixité et mouvement.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/12/2020

Les enceintes vitales de Philippe Fretz

fretz 4.jpgPhilippe Fretz, "Tours et enceintes II", In media res, n°11, art&fiction, Lausanne, 2020

 

Philippe Fretz à travers tours et enceintes trouve un moyen de mesurer le temps, un temps qui n’est plus nôtre mais qu’il faut néanmoins habiter. C'est pourquoi - comme le texte de Matthieu Mégevand qui accompagne ce nouveau numéro de "In media res" le rappelle, elles doivent être majestueuses, imposantes et vastes - surtout en un temps bien présent où nous sommes cloitrés par un virus.

Fretz 3.jpgC'est une manière de nous aérer dans des surfaces de verdure (jardin, terrain de golf) si bien que - de facto - de telles enceintes ne nous enferment pas : elles nous protègent du dehors. Dans un jeu de couleurs vives et de structures, Philippe Fretz s'emploie afin que la vie revienne selon une épiphanie d'un genre particulier.

Fretz 2.jpgNotre nouveau Warburg (par ses planches où se croisent les époques) doublé d'un créateur original qui rapproche d'un Moyen-Age finissant où Dante rôde. L'inexprimable se réinvente par des géométries en plates bandes parfaitement rehaussées pour fomenter des merveilles. Elles élèvent l'affect par leurs érections aussi douces qu'acidulées.  Une unité vitale est tracée derrière des murs qui entourent et ouvrent afin que - de l'enceinte hexagonale d'une Jérusalem descendue du ciel - le soleil et l'agneau premier (de "l'innocence immolée") s'enlacent. Et ce, dans une figuration,  partant d'un temps qui ignorait la perspective, rapproche de présences subtilement post-modernes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret