gruyeresuisse

01/06/2020

Isabella Ducrot : synthèses

Ducrot 3.jpgIsabella Ducrot, "Subjects", Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 18 juillet.

Adepte des arts orientaux Isabella Ducrot  a développé pout un goût pour le textile qu'elle a exploré à travers la Chine, le Japon, l'Inde. Elle a cherché à comprendre comment ces pièces étaient des représentations des structures mentales d'une société et ce fut bien là le point de départ de tout son travail.

Ducrot.jpgPour sa première exposition à Genève , "Subjects", l'artiste italienne  présente entre autres ses étranges natures mortes paysagères (torchons de cuisine entre autres)  où elle reprend ses thèmes de prédilection. Mais elle peut traiter tout autant la sensualité avec par exemple  "Erotic" pot en noir et blanc où le thème "hot" est réduit à un simple jeu de formes géométriques. Tout est question d'appréhension de rythmes à travers ces présences dont le but est de retrouver l'essence des formes qui deviennent parfois  de véritables idéogrammes.

Ducrot 2.pngExistent dans ses représentations des présences ambigues dues au support textile,  l'image et ses liens avec l'histoire de l'art. Tout devient transposition qui participe moins à un décor qu'à une fiction. Elle tranforme les territoires de l'imagerie. L'artiste isole par concentration ce qui reste pour elle important loin de toute décoration chère à l'art occidental. La Napolitaine a trouvé dans l'ailleurs une manière de renoncer à tout ce qui est accessoire dans la peinture qui devient chez elle synthèse de tous les arts.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/05/2020

Les lapins égarés de Dante

Dante.jpgDante Alighieri, "La Divine Comédie - Le Purgatoire", Traduction nouvelle de Michel Orcel, La Dogana, Genève, 2020, 42 CHF / 35 € , 464 p.

La Dogana présente le second volet de l’œuvre majeure de Dante Alighieri "La Divine Comédie". "Le Purgatoire" relate les efforts du pèlerin pour gravir les degrés de la montagne qui mène aux portes du Paradis. Pour certains, après les horreurs de l'enfer tel que le poète les décrit, ce lieu de transition devient l'espace du cantique d'une telle trilogie le plus proche de nous et de nos interrogations actuelles.   Dante y exalte le "pas" de l’homme . Celui-ci s’efforce de s’amender de ses péchés en 33 étapes qui le mènent vers les retrouvailles avec Béatrice.

Dante 2.pngLe chant reste l’occasion de rencontres extraordinairement émouvantes entre Dante et quelques-uns de ses amis morts. Des dialogues s'instaurent entre le monde des vivants et des disparus dans un entretien qui donne l'impression de n'avoir jamais été interrompu. Et La traduction de Michel Orcel est parfaite par son effort de simplicité et de transparence, "celle-ci est eau de roche" écrit Thierry Laget qui salue cet effort là où le balancement, le rythme, l’ondoiement du texte original se retrouve dans la version française.

Dante 3.pngLes lapins égarés dans des phosphorescences du passé remontent peu à peu la pente du toboggan où ils étaient descendus. Pouvant enfin tenir des conversations relatives à leur ambiguïté, ils relèvent la tête et nous emporte en des hymnes aussi coruscants que mélodieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/05/2020

Jean-Luc Manz : réduire pour ajouter

Manz 3.jpgJean-Luc Manz, "Une promenade de ce côté", Skopia, Genève, du 2 juin au 4 juillet 2020.

Les peintures abstraites de Jean-Luc Manz ouvrent par l’ "usure" des formes, symboles,  couleurs à une sorte d’immense puzzle. Ce ne sont plus ici des histoires qui sont montrées ou racontées mais plutôt leurs traces. L’idée est donc non d’identifier celui qui "fait" mais de se rapprocher sans qu’aucune réponse ne soit donnée à travers ce qui est présenté et non représenté puisque s’il n’est que représentation l’art n’est que "cette hypocrisie merveilleuse dans lequel il se perd lui-même" selon l’expression de D. Mémoire.

Manz 2.jpgJean-Luc Manz ouvre de la sorte à une relation d’incertitude, la seule qui peut convenir (et Platon nous l’a appris depuis bien longtemps) à l’être humain prisonnier de sa caverne et qui par son essence même est donc un être de fiction. L'objectif et la finitude d'une telle "promenade" est non de l’ordre de la mollesse mais de la " pointe" capable de permettre l’apparition de phénomènes qui sans elle demeurerait inaperçue. Un tel parcours  permet de désembusquer des pans de l’identité cachée car comme le souligne Winnicot : "Où se trouve l’identité sinon dans les images qu’on ignore".

Manz 4.jpg

A la recherche de constellations fondamentales, J-L Manz permet par les ouvertures qu’elles proposent de voir, de comprendre autrement. Il laisse apparaître des états intermédiaires ou plutot premiers qui nous arrachent au cerclage de la divinité de l’image telle qu’elle est le plus souvent offerte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret