gruyeresuisse

03/09/2018

Guillaume de Sardes : entre prétresse et geisha

SBimbo.jpgelon Agnès Giard, «La Bimbo a choisi une carrière d’objet sexuel. C’est équivalent américain d’une geisha parce que, contrairement à ce que les gens croient, cela demande énormément d’efforts pour le devenir.» Et dans sa vidéo « BIMBO » Guillaume de Sardes explore le phénomène et la manière d’entrer en « bimbographie ». Le film est une parfaite marche à suivre. Se voit la métamorphose au moment où une voix féminine monocorde en expose les étapes.

bIMBO 3.jpgEst rappelé implicitement que pour devenir bombe (ou « bombasse » comme disent certains) il faut tout un travail préalable : implants mammaires, piercings, gonflement des lèvres. Et lors des ébats intimes ces geishas made in USA ont appris ce qui plait à leur seigneur et deviennent des gorges profondes - mais pas seulement… Pour illustrer son propos Guilaume de Sardes à fait appel à celle avec qui il collabore souvent : la plasticienne Régina Demina. Habillée en rose bonbon elle ondule lentement devant la caméra. Quoique en rien Bimbo, elle joue le jeu, précise ses divers charmes « comme une hôtesse de l’air fait la démonstration des consignes de sécurité » écrit Agnès Giard. Le texte a été repris tel quel sur un site de « bimbofication » et permet au créateur de poursuivre sa recherche sur les marges de la sexualité au moment où la femme devient plus que jamais fétichisée.

bimbo 2.jpgCe phénomène - comme le note Barbara Polla - reste encore peu étudié tant il est estimé populaire et trivial. Existe dans un tel travail les prémices pour comprendre ce qui pousse une femme à se transformer par sa beauté artificielle et son exhibition pour une paradoxale sous-estimation d’elle-même et à un moyen - peut-être – de rassurer les hommes toujours avides de maman et de putain. Il trouve par ailleurs - et à travers les promesses de sa Bimbo-trophée - un gage et une fierté de posséder une chose et un jouir sacrificiel par celle qui se soumet à sa satisfaction. . Guillaume de Sardes en témoigne « froidement mais de manière explicite.

Jean-Paul Gavard-Perret

«Bimbo», écrit et réalisé par Guillaume de Sardes. Avec : Régina Demina. Voix : Marie Piot. Texte : tumbr. La vidéo a été présentée à Genève chez Analix Forever où l’artiste expose ses photographies.

01/09/2018

Sarah Haug et les elixirs du plaisir

Haug.jpgSarah Haug, "Rabbit Rabbit Rabbit", Galerie Quark, Genève, exposition du 14 septembre au 20 octobre 2018,

Les lapins permettent à Sarah Haug d’approcher au plus près l’intime de manière enjouée et ludique. Tout devient foisonnant dans ce qui se nomme l’existence sous toutes ses formes. L’éclat coloré du vivant ignore l’angoisse. L’artiste en dégomme la stature pour laisser place au plaisir. Le sexuel est là mais en impossible miroir même si théoriquement les lapins sont « chauds »…

Haug 2.jpgReste l’agitation tumultueuse du quotidien et du dessin. L’artiste l’apprête, l’habille de gribouillis de jouissance, des pamoisons des pigments acidulés. Jamais de pathos. En lieu et place la fête, la bamboche et la légèreté. La nuit des bouges tend vers le jour des aubes à tout coup et à chaque partie de poker.

Haug 3.jpgLa sensualité frissonne. C’est un carpe diem, une danse. S’y goûte les prunes de Cythère et l’eau de vie du même fruit. Face au concret l’art devient carnavalesque. Aux cavaliers de l’Apocalypse font place les lapins garnements que Disney n’avait pas pensé à inventer. Sarah Haug s’en charge. Certains connaissent l’acupuncture avec les flèches de Cupidon, d’autres oublient en des madrigaux aléatoires en puisant dans la nappe phréatique des alcools la puissance de leurs inconséquences notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/08/2018

Luminescences et traversées : Caroline Tapernoux

Tapernoux.jpgCaroline Tapernoux, « Luminances », Galerie Andata - Ritorno, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018/

Ce n’est pas une pensée qui nous porte vers l’ombre et la lumière mais les images primitives et sourdes de Caroline Tapernoux. Avant d’atteindre le néant – ou ce qui se cache derrière - il faut que nous parvenions à les retenir. Seul cet assouvissement aura gage de notre vérité. D’autant que, pour nous sauver provisoirement, la plasticienne propose un flux persistant pour la dispersion insistante au sein du mouvement de la traversée. Nous ne pouvons rien faire d’autre que de nous laisser glisser. Nous ne mettons plus d’ordre, nous entrons par le mouvement des formes vers ce meilleur et inamusable moindre.

Tapernoux 3.pngL’espace se divise en deux pans : D’un coté l’ombre, de l’autre des banquises lumineuses en débâcle. Le lieu devient celui d’un chaos organisé d’agrégats aléatoires est baignée d’une clarté de limbe. L’espace est pris à contre-jour. Sommes-nous au Paradis ou déjà en Enfer ? Pour l’heure le suspens reste possible. Demeurent ces vagues rigides qui enflent puis, se retirant parfois, laissent un espace pour le glissement, la dérive ou la remontée.

Tapernoux 2.pngL’image est aussi nue, diaphane (presque irréelle) que métaphorique. Il s’agit d’une île. Pas n’importe laquelle : l’île d’Elle. Il s’agit de s’y perdre pour l’amour du mystère. Mystère veut dire mystique, mystique silencieuse. Partager son secret exige de garder le silence. Parler éloignerait toute sensation.

Jean-Paul Gavard-Perret