gruyeresuisse

13/08/2019

Illusion et vérité de l'art : Philippe Zumstein

Zumstein.jpgPhilippe Zumstein, "Light Shift", Galerie Laleh June, Bâle, 2019

Après ses diplômes en histoire de l'art à l'Université de Genève et de l'Ecole d'art de la ville, Philippe Zumstein est devenu un artiste international. Il a exposé entre autres au Kunsthalle Palazzo de Liestal, au Centre d'art de Neuchâtel, au Musée Arlaud de Lausanne et à la galerie Laleh June de Bâle.

Zumstein 2.jpgPar ses peintures et sculpture l'artiste interrogeant constamment leurs limites dans l'esprit d'Antonin Artaud lorsqu'il écrit " Ce qui est du domaine de l'image est irréductible par la raison et doit demeurer dans  l'image sous peine de s'annihiler". Toutefois il existe une raison aux images de Zumstein. Elles produisent des effets qui testent le regard et provoquent le désir par recouvrement, déformation, réflexion, superpositions. Le spectateur est convoqué à des expériences sensibles et sensorielles où la forme est en constante mutation et le représentable est en question.

Zumstein 3..jpgL'artiste prolonge ainsi les recherches esthétiques du XXe siècle. Il les synthétise, modifie, défigure au besoin pour les pousser plus loin. L’abstraction est particulièrement remixée et refaçonnée à partir de techniques ou matières expérimentales (verre, aluminium, plastique, toile et laque pour carrosserie, etc).  Paradoxalement, et même si elle est entretenue, l'illusion n'existe pas dans des insertions multiformes et brillantes là où la raison traverse autant qu'elle est traversée. Et c'est bien là la puissance de l'oeuvre.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/07/2019

Lada Umstätter : Chut !

Umstatter.jpg"Silences" au Musée Rath, place Neuve, jusqu'au 27 octobre 2019

Après dix ans à la tête du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (MBA), Lada Umstätter dirige le domaine des beaux-arts du Musée d’art et d’histoire de Genève et lui a donné un sacré coup de neuf. Moscovite d'origine, elle reste une des spécialiste les plus aigues de l’art suisse du XXe siècle. Elle a entrepris non seulementt de le "conserver" mais souvent d'en révéler certains pans égarés grâce à l’accrochage permanent et en sortant des réserves des oeuvres parfois scandaleusement oubliées.

umstatter 2.jpgLa directrice mène une politique de rénovation sur divers niveaux. Pour elle un musée ne doit jamais se fermer sur ses acquis mais s'ouvrir par une dynamique en interne et en externe. Dans ce but Lada Unstatter ne cherche pas à valoriser forcément le lieu  par des expositions grandioses et tape à l'oeil. Des monstrations plus modestes permettent de pénétrer l'art et le réanimer par des sujets locaux.

Après la grande exposition "César et le Rhône", des interprétations modernes de thèmes antiques furent proposées autour des Métamorphoses d’Ovide et sur le thème de la "Nudité sacrée".  Elle présente cet été une exposition dont elle est la curatrice. L'idée première était afin de mélanger les genres et les époques de la nommer "Vie silencieuse" avant de devenir "Silence", projet magnifique , ambitieux et réussi de l'art classique jusqu'aux travaux d'un Alexandre Joly ou d'un Calame.

Umstatter 3.jpgHistorienne d'art Lada Umstatter refuse de considérer les œuvres d’art en une simple fonction d’illustration d’un récit historique. Son exposition montre par exemple comment le "silence parle le silence" (Beckett) tel qu'il fut et ou sera au nom de la vie. Celle-ci n'est pas éternelle et ramène forcément à ses profondeurs de nuit mais auxquels artistes (femmes et hommes) donnent des couleurs et des formes. Le travail de la directrice et curatrice est donc un modèle du genre. Elle cherche à explorer la puissance de l'art et la défendre même si un tel rôle n'est pas toujours facile. Le travail accompli et celui qui traverse cet été genevois prêche pour une telle avancée.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/07/2019

L'image mouvement selon Nino Migliori

migliori bon.jpgNino Migliori, "Mov-Ment-Azione - 8 histoires de mouvement", Fondation Fluxum, Genève à partir du 12 septembre 2019.

Nino Migliori est intéressé par l'émancipation de la forme des images (plus particulièrement photographiques) afin de trouver la possibilité d'une île, d'une trace et d'une danse à son imagination bien plus qu'une reproduction de la réalité.

Migliori 2.pngAprès diverses recherches sur les murs parce que selon lui l'homme face à eux se désinhibe en créant des graffitis qui eux-mêmes libèrent l'inconscient, le geste et l'image il cherche de nouvelles voies et de nouvelles chambres obscures. Il ne s'agit pas d'atteindre le vrai mais de rendre visibles fantasmes et idées dans un rapport plus proche de la peinture à la photographie là où les deux interagissent selon divers procédés.

Migliori.pngEn effet Nino Migliori manipule le matériel et les instruments photographiques en vue d'images qui échappent à un tel médium. Surgissent des sténotypes, des idéogrammes, des expériences visuelles constituées de réactions chimiques avec le sel d'argent ou autres substances. Sur la gélatine avant séchage s'imprime des indices transposés ensuite vers des supports comme le cellophane ou le plexiglas en un jeu entre le positif et le négatif des images. Le tout pour des envols et trilles au dessus du sens concassé des apparences de réalité.

Jean-Paul Gavard-Perret