gruyeresuisse

24/02/2021

Jean-François Luthy et la question du paysage

Luthi 3.pngJean-François Luthy, "Oeuvres récentes", Galerie Rosa Turetsky,  jusqu’au 13 mars 2021.

Les encres sur papier de Luthy s'inscrivent dans une tradition picturale suisse (Frank Bucher, Robert Zünd). Et ce par la précision des traits qui fragmentent lumière et ombre, vide et plein. Pour autant nulle évocation nostalgique en de tels paysages. Le lieu est traité pour ce qu'il évoque de lumière et de mystère. L'artiste maintient une certaine vibration du regard dans lequel l'image acquiert une autre densité.

Luthi 2.jpgL'encre n'est pas faite pour représenter ce qui est mais pour inviter à une dérive de l'imaginaire. Vidé de toute présence humaine n'existe que le lieu du lieu là où tout fait le jeu de la disparition, de l’effacement pour que surgisse l'incertain voire l'impossible. L'objectif est d'introduire non "le" mais "du" motif dans une langue plastique qui permet de montrer une certaine solitude. Une solitude sourde. Peu à peu, la focale du regard se déplace des lignes de perspectives vers l'exploration et la traversée des écarts.

Luthy.jpgAux effets de lumière s’ajoute cette qualité particulière du grain. L'audace est omniprésente dans des créations qui forcent le regard. Elles deviennent sourdes au simple fantasme et à l'effet miroir là où le terme de langage reprend tout son sens. Existe par les "pièces rapportées" de la nature leur entre et leur antre indépassables et qui hantent l'espace blanc. Sommes nous encore dans le monde ou déjà dehors ?

Jean-Paul Gavard-Perret

23/02/2021

Frédéric Gabioud : seuils de résistance

Gabioud.jpgFrédéric Gabioud, "Aurora", Galerie Joy de Rouvre, Genève, à partir du 15 mars 2021
 
 
"Aurora" est la première exposition personnelle de Frédéric Gabioud. Le Vaudois semble placer l'image sur une ligne de flottaison. L’image devient une peau fuyante en digression de couleurs. Et dans une sorte de granulation c'est comme si deux exclusions se superposaient.
 
De reprises en reprises, de plans en plans s’instruisent un flux persistant et une dispersion insistante. Ils consacrent le lieu où non à force mais par force il n'y a plus rien à montrer - ou presque. L'artiste crée une manière d'ironiser l'art. Il rend l'image incertaine voire "inexistante". Surgit un seuil de visibilité et de résistance entre égarement et l’errance dont l’image surnage tant que faire se peut.
 
Elle survit au bout de la représentation. Elle paraît s'effacer sans pour autant renoncer à son immensité errante selon une forme d'épure minimale et radicale. C'est une manière de dégager l'essence même de l'art avec lequel le créateur choisit de se battre et de s'exprimer. Regarder revient à avancer à tâtons, dans la nuit des apparences. Preuve que si un artiste savait ce qu'il va s’imager, ça ne serait pas la peine de créer et d'imaginer encore.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

05/02/2021

Anne Slacik à l'Archipel Butor

Slacik.jpgDe plus en plus, Anne Sla­cik cherche des domi­nantes du temps et de l’espace qui résonnent en elle. Sa pein­ture les absorbe pour les res­ti­tuer au moment où le monde de la pein­ture tombe dans le vir­tuel en trans­for­mant le réel en ersatz.

 
 
 
Slacik 2.jpgL’artiste retrouve et cherche à com­prendre les visions glo­ba­li­santes en adap­tant des « cli­ma­to­lo­gies » oubliées par les cou­rants qu'elle instaure. Contre les myo­pies elle impose sa cos­mo­go­nie très par­ti­cu­lière. Pas de grandes envo­lées mais une fouille où, dans une forme de flou, rien ne se confond. Existent des fusions impro­bables. En naît une pen­sée par des images qui remontent aux aubes de l’émotion pre­mière selon un magné­tisme particulier.
 
Slacik 3.jpgAffirmant qu’une démarche plastique authentique se refuse à l’arbitraire, l'artiste  ne fait nullement référence à la quête de l’image « juste » (ou réaliste) ou à l'inverse à juste une image. Mais il s'agit de l’interroger en  ses différentes significations et  sa qualité plastique. Cela  procède du constat de l’irréductibilité de l’image ou du livre  à la seule  fonction d’expression, de communication qu’on lui attribue.
 
jean-paul gavard-perret
 
 

Anne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - peintures et livres peints", Archipel Butor, du 10 octobre 2020 au 15 mai 2021. Lucinges.