gruyeresuisse

09/12/2021

Matteo Terzaghi : un terrestre extra

Terza.jpgMatteo Terzaghi, "La Terre et son satellite",  Traduit de l’italien (Tessin), La Baconnière, Genève, 2022, 112 p.,  16 € / 19 CHF.
 
La Terre et son satellite est le premier ouvrage traduit en français de Matteo Terzaghi.
Né à Bellinzone il est l'auteur de l’essai "Il merito del linguaggio" (Casagrande, 2006) et de la constellation de proses "Ufficio proeizioni luminose" (Quodlibet, 2013). Il a aussi écrit en collaboration avec des artistes et des photographes dont le livre illustré bilingue italo-allemand "Pensieri e fantasticherie su un paesaggio" de Markus Raetz.
 
Terza 2.pngCe nouveau  livre est constitué de textes brefs. Il s'agit d'un hommage littéraire à la forme apparemment  simple de la rédaction scolaire. Dans la lignée du "De Natura Rerum" de Lucrèce, entre  littérature et  science, ces textes explorent des sujets tels que et entre autres la pluie, le sectionnement des lombrics : " Si le premier lombric s’appelait Giovanni, comment  peuvent bien s’appeler les deux derniers? Giò et Vanni, ou Luigi et Antonio ? Surtout, la question qui se pose est de savoir combien de fois le jeu peut être répété. Que se passe-t-il  si on coupe aussi en deux le Luigi et l’Antonio et leurs futurs  rejetons? Je me souviens que pour moi la question du sectionnement des lombrics était devenue une idée fxe".
 
Terza 3.jpgChaque anecdote devient un mini essai philosophique où tout bouge et où transparaissent des écrivains et  artistes ( Robert Walser, Danilo Kiš, Francis Ponge, etc.) le tout avec une ironie qui permet de reviser nos visions souvent myopes. Et ce de la part de celui qui adore la pluie :  "j’aime qu’elle soit si terrestre! Sur la Lune, c’est le soleil qui tape, non pas la pluie pas non plus sur les autres planètes du système solaire". Dès lors  "Si un Martien trébuchait sur un  parapluie, il est peu probable qu’il en devinerait la fonction originaire, non, il le prendrait plutôt pour un instrument de musique ou pour une sculpture pliable". Dès lors cela évoque pour l'auteur Giacometti, la tête rentrée dans les épaules, l’imperméable tiré par-dessus la tête, en cloche, tandis qu’il traverse  une avenue parisienne brillante de pluie" photo de Cartier-Bresson. Cela fait de lui, de l'auteur et de nous des extra-terrestres à défaut d'être terrestres extras.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2021

Anne Marie Vurpas : les révoltes d'un Huguenot genevois

Vulpus.jpgEn dix ans et à cheval sur le XVIème et XVIIème siècles ont été publiés de manière anonymes 8 monologues satiriques rédigés en franco-provençal pour se moquer du Duc de Savoie Charles Emmanuel le Grand. Ils ont sans doute été diffusés à Lyon et composé possiblement par un huguenot genevois : Louis Garon venu à Lyon pour échapper aux persécutions religieuses de l'époque.
 
 
 
 
Vulpus 3.jpgCes textes  sont génialement drolatiques et les Genevois ne sont loin d'être épargnés tant ils semblent chatouillés par les diables. Ce qui ravit l'auteur. Il souligne tout autant la mauvaise foi des monarques ou assimilés qu'il n'hésite pas à déclarer "immondes". D'où l'appel aux Savoyards à se soulever en rappelant ce que leur Duc agença. Cette plongée dans le temps ne possède pas qu'un intérêt historique. C'est une leçon de verve poétique dans une langue dont la région de Chambéry devient le centre. 
 
Vulpus bon.jpegL'auteur se dit ni d'un côté, ni de l'autre : voire...  Car les actions du Prince vont de travers en Savoie, en Dauphiné comme en Provence. Il y a là un appel constant à l'irrévérence dans un texte qui bouillant de rage ne manque jamais de sel ironique dans un foisonnement de formes avant que Vaugelas vienne y mettre le holà. Ici tout avance balance avec force et irrévérence. C'est une manière de se ressourcer à une langue presque première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Anne-Marie Vulpus, "Moqueries savoyardes (1594 - 1604)", coll. Régionales, EMCC, Lyon, 192 p., 2021, 10 E..

01/12/2021

Surface et profondeur - Henri Skrobeck et Aliska Lahusen

Rosa.jpgHenri Skrobeck et Aliska Lahusen, "Ante", Rosa Turetsky, Genève,  jusqu'au 18 décembre 2021.
 
Ante se veut la réminiscence d’une vie commune et du travail partagé entre Henri Skrobeck et Aliska Lususen. Emane la trace ultime et poétique de leurs voyages et découvertes au fil du temps. Existe entre eux une forme de vagabondage afin de retrouver les éléments repris et recomposés afin de créer une profondeur de sens qui transforme les étapes d'une sorte de collecte duale là où Lahusen poursuit son travail répétitif et obsessionnel.
 
Rosa 2.jpgSurgissent deux sortes d'archétypes où les différentes techniques sont au service d'épures en rigueur plastique. Si bien que les oeuvres se parent d’une élégance qui crée une méditation et soulève l’imaginaire là où rien n'est donné comme acquis dans une création où le mythe japonais de la création n'est jamais loin. La durée du travail est nécessaire à la création d‘une certaine lumière. Elle emmène le regardeur vers une émotion sensorielle et dans des profondeurs cachées.
 
 
Rosa 3.jpgAliska Lahusen  restitue des visions dans des tableaux ou plutôt des estampes sur plomb ou étain. Ses oeuvres demandent une concentration d'attention. Tout reste volontairement allusif là où les mots eux-mêmes diffusent une émotion à travers la matière. Surgit un temps insaisissable d'où les formes surgissent venues du passé et de l'ailleurs. Dans un exercice de lenteur se produit une magie visuelle sur des panneaux gris et mats, presque ternes mais que l'œil caresse pour se perdre entre profondeur et éclat.
 

Jean-Paul Gavard-Perret