gruyeresuisse

12/07/2019

Hreinn Friðfinnsson : l'image rôdeuse et fille perdue

Frofinsson.jpgHreinn Friðfinnsson, "To Catch a Fish with a Song: 1964–Today", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 24 mai au 25 aout 2019.

Hreinn Friðfinnsson est à sa manière un paysagiste créateur d’un régime figural particulier. De plongée en plongée, d'émergence en émergence et par la profusion des médiums - photographie, dessin, tracé, vidéo, installation, texte ready-made - et des sujets, il crée de multiples manières des "objets" mais aussi une conceptualisation qui, par une économie de moyens associée à un langage poétique, fait surgir un monde insaisissable et parfois humoristique.

Frofinsson 3.jpgLe paysage lui-même est un visage et le visage un paysage. Quittant tout souci de narration, à travers des thèmes ou objets récurrents (divers types de récipients par exemple) le plasticien invente le lien du matériel et du spirituel, de l’intime et de l’universel par la mise en jeu d'une idiosyncrasie en une sorte de conceptualisme romantique décalé là où la dématérialisation de l'art est liée aux phénomènes matériels, au paysage lui-même et à la beauté. Celle-ci acquiert une nouvelle dimension.

Frofinsson 2.jpgNé en 1943 à Baer Dölum, en Islande, l'artiste vit à Amsterdam depuis 1971. Les 70 œuvres réunies dans "To Catch a Fish with a Song: 1964 - Today" mettent en évidence l'importance de cet artiste trop méconnu. Avec lui, l'image - rôdeuse et fille perdue - recouvre de son fluide guérisseur et de son apparition la trace des passages. Il n'y a plus qu'à se laisser entrainer là où une langue visuelle aussi poétique que sèche crée un spectaculaire très particulier. La couleur et la matière jouent un rôle particulier là où le sensible est conceptualisé de manière à créer des scènes particulières et pas forcément narratives.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/07/2019

Radicalisme et impeccabilité : Thomas Liu Le Lann

Liu.jpgThomas Liu Le Lann, "Ziwen, you deserve all the flowers that still grow on earth", Galerie Xippas, Genève, du 5 juillet au 3 aout 2019.

 

Jouant des stéréotypes de diverses cultures, Thomas Liu Le Lann les considère comme objets d'oppression qu'il détourne non sans beauté et une certaine classe. Il multiplie aussi les approches parodiques avec théâtralité mais sans aller jusqu'aux exagérations toujours trop faciles.

Liu 2.jpgBref il se situe à la frontière de la forme et de ce qui n'en possède plus par diverses techniques (du dessin à l'installation et la pixellisation). Existe là une intelligence en actes dans les reprises qui mettent à mal les assertions sociales et politiques des rôles et représentations admises. C'est un moyen de revisiter ce qu'on entend par identification et appartenance.

 

Liu 3.pngCe qui est généralement caché ou sous-représenté trouve là des agencements féconds et habiles afin que soient ouvertes les questions qui désormais traversent les visions centrées sur l'individu et ses rôles. Il s'agit de montrer moins ce qu'il est sensé être mais ce qu'il devient. Existe donc là un système d'agencements afin de rendre visible les faux processus d'identification en renversant les données immédiates des discours, des rôles et des situations.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/07/2019

Sketchpad : extension du domaine des images

Sketchap bon.png"SKETCHPAD - Quand nos enfants seront adultes". Topographie de l'art", Paris, du 4 au 27 juillet 2019.

Sketchpad est à l'origine un programme informatique écrit en 1963 pour ouvrir les images. A travers ce titre Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia, exposent des artistes choisis à dessein, après avoir présenté certains d’entre eux à Analix Forever (Genève) . Elles et ils créent des essais et des suites de romans visuels bergsoniens du futur. La mémoire volontaire ou non du futur s'y fomente. Il s'agit en fait d'études aussi critiques que visuelles en de "moving images" porteuses d’émotion. Mais quand nos enfants seront adultes, l’évolution des technologies sera telle que le champ de créativité reste un abîme. Ce qui n'empêche pas aux artistes invités de le "combler", et ce,  de la technique la plus simple (le dessin) aux plus sophistiquées.

Sketchap 3.jpgAndreas Angelikadis propose ses cités utopiques et Yves Netzhammer y poursuit aussi ses figurations tandis que Julien Serve se moque de nos complaisances envers ces miroirs magiques que sont devenus nos selfies. Miltos Matenas lui emboîte le pas mais en proposant des fils rouges à l'Internet. Charalambos Margaratis se "replie" sur le fusain pour créer de nouvelles donnes aux masses volumiques tandis que Mounir Fatmi tend ses mandalas hors fixations. Ils deviennent des cordons ombilicaux d'un nouveau genre tandis qu'Eva Magyarosi et Ayce Kartal ramènent à un sortilège de la présence et à un retour à l'enfance (de l'art et de l'existence).

Sketchap.pngCe kaléidoscope crée une architecture des images qui - du fameux "Théâtre Optique" d’Emile Reynaud (1892) à la joie de "faire illusion" du Robot Drafstman - propose des prospectives et des extensions au domaine de l'image. Preuve que tout Sketchpad et quelle qu'en soit la nature, en son essence même, ne se limite pas aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien. S'instaure une mythologie où se recensent par avance des situations insolites et des centres de gravités inconnus.

Jean-Paul Gavard-Perret