gruyeresuisse

07/10/2021

Dorian Sari : au milieu des monstres

Sari bon.jpgNé à Izmir, Dorian Sari  vit et travaille entre Bâle, Genève et Zürich. Après avoir étudié les sciences politiques et la littérature grecque à l’Université de Paris-Sorbonne, il a commencé son parcours dans l’art dans des galeries d’art à Naples et à Tel Aviv puis s'est formé académiquement à la HEAD Genève et à Bâle.
 
Sari 3.jpgObservateur des réactions communes sur la politique et les mouvements sociaux contemporains, il s’intéresse aux êtres humains et aux différences culturelles. Il réalise des scènes complètement fictives et théâtrales, fondées sur une interprétation psychanalytique de l’homme et de ses symboles, il les projette alors dans une mythologie personnelle et collective.
 
 
Sari 2.jpgIl propose son regard mordant sur les mouvements sociaux et les différences culturelles selon une approche à la fois conceptuelle et émotionnelle. Ces multiples narrations prennent souvent la forme de sculptures, vidéos et performances. Elles se rapprochent parfois du rituel afin montrer les corps exposés, soumis ou rétifs aux coercitions. Usant d’un langage poétique, il dessine le lien entre un conscient et un subconscient collectif.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

03/10/2021

Les au-delàs de Marion Tampon-Lajariette

Laj.jpgMarion Tampon-Lajariette, "Passé présent futur #1", Fondation Plaza, Genève du 1er au 10 octobre 2021.  "Eros Cosmiques", Festival Mos Espace Moyel Campo, Genève du 23 septembre au 3 octobre 2021.

 
Avec "Eros Cosmique" - installation mix media - Marion Tampon-Lajariette accueille les visiteurs afin que leurs  corps détendus, allongés, ensemble soient soumis aux caresses d’ondes sensibles et invisibles, sur et sous leur peau. Une légère odeur de campagne et des images thermiques sont créées pour traverser le monde depuis l’intérieur des ventres jusqu’aux confins de l’espace visible des sexualités sacrées.
 
Laj 2.jpgC'est une manière par les voies d'un art particulier en rien trivial d’approfondir  les énergies sexuelles pour un Tao. Et dans tous ces travaux Marion Tampon-Lajarriette avec la cyanotypie comme des techniques des plus récentes crée des osmoses. Elle crée une approche cognitive et sensitive. Le geste artistique prend chez elle sa respiration dans le corps. L'auteur révèle contrastes et contraires.  Son approche reste à ce titre aussi tellurique que céleste dans le visible qu'il convient toujours, à travers le réel de porter plus loin.
 
Laj 3.jpgSon empirisme repose sur la recherche de l’invisible. Elle aime sonder l’enveloppe de mystère qui recouvre les êtres et le monde. L’œuvre réserve donc une dimension mystique au sein même du sensuel. L’affect n’est donc pas stigmatisé. Toutefois, au lieu de suppurer, il acquiert une dimension d'élévation. Existent divers mouvements de va-et-vient entre le passé et le futur, l’espace souterrain des ombres et celui de la  lumière que nous  attendons. Le présent devient mythologique,  il balance entre réel et virtuel là où parfois un retour arrière crée un mémoire mélancolique. Toutefois, arrimée au présent, pour Marion Tampon-Lajarriette il ne s'agit pas seulement de "réimager" les paysages perdus mais   - par-delà traces et choses vues - de révéler ce qui est pris pour l'inexistence mais reste aussi contagieux que l'existence. Voire plus.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/10/2021

Surveiller et Performer : l'Europe de l'Est en a-parte

Mamco 3.jpgCette exposition  rassemble des œuvres de « l’Europe centrale » : Tchéquie, Hongrie, Pologne, Serbie et Croatie. Réalisées entre 1969 et 1979, en pleine guerre froide et juste à avant la destruction du mur de Berlin. A la fin des années 1960 est marquée, dans le monde entier, par une contestation des institutions. Dans les régimes communistes et socialistes, ce vent de protestation a dû faire face à des jeux complexes de tensions et de détentes. Des formes expérimentales de l’art en Europe centrale les dénoncent.
 
Mamco.jpgLes artistes présentés ont  recours au photomontage, au détournement ou au doublage pour subvertir la rhétorique de la propagande officielle (Orshi Drozdik, Ewa Partum, Tamás St. Auby, Tibor Hajas, Natalia LL ou Sanja Ivekovic). Dans un contexte de surveillance généralisée de la vie privée et de l’espace public, les artistes conjuguent l’intime et le social de manière singulière. Tomislav Gotovac par exemple s’expose dans son intimité la plus crue, tandis que Sanja Ivekovic rend compte de ses sensations en observant depuis son balcon un défilé officiel.
 
Mamco 2.jpgDans des sociétés qui ont connu des appareils sécuritaires plus ou moins oppressants, les artistes ont dessiné des stratégies subtiles qui malmènent l’unité de l’information et ils ont exploré les multiples disjonctions de l’image, du texte et du son.  En parallèle avec celle de Tony Conrad, cette exposition poursuit la volonté d’internationalisation du programme du MAMCO, en proposant une approche de l’art et des formes qui ne se limitent pas aux canons les plus connus. Dans cette exposition, si  le contexte était différent de celui de l’Ouest - l’absence de marché de l’art, l’absence d’un tissu institutionnel artistique et l’omnipotence de l’Etat -, resta néanmoins  l’existence d’une communauté d’artistes centre-européens, européens et américains ayant à cœur d’élaborer une critique institutionnelle par l’indexation des mécanismes autoritaires. Elle perdure aujourd'hui  non sans reprendre certains artefacts de cette époque révolue. Enfin presque...
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Surveiller et Performer, MAMCO Genève, du 6 otobre 2021 au 30 janvier 2022.