gruyeresuisse

15/03/2022

Quentin Lefranc : situations

Lefranc.jpgQuentin Lefranc, "Amorce(s)", Galerie Joy de Rouvre, Genève, du 25 mars au 7 mai 2022

Conçue comme un lieu d’étude, l’architecture sert de cadre, de territoire, de terrain de jeu aux propositions de Quentin Lefranc. Son travail est avant tout tourné vers une pensée de l’espace, sur ce qu’il le définit et sur ce qu’il détermine. L’histoire de ces formes, à travers la sculpture, la peinture, l’architecture, lui permet d’entremêler les scénarios et de questionner certaines situations.

Lefranc 2.jpgLa matérialité n’est pour Quentin Lefranc importante que dans la mesure où elle s’inscrit en regard de l’espace qui la reçoit et avec laquelle elle fonctionne. L’essentiel est comment la pièce travaille avec son environnement, par des jeux de reflet qui créent des obstacles, en perturbe la circulation.

Lefranc 3.jpgCe développement autour de l’œuvre emmène le créateur à jouer avec ces limites et d’être au-delà de l’objet de l’œuvre. Le tout à travers un travail préparatif de  maquette qui prélude aux installations. Certaines formes sont récurrentes dans une pratique qui relève d’un réseau. Le tout inspiré par les prestations de Claude Rutault, Peter Downsbrough et Martha Wilson. Le créateur sait que la pertinence de l’œuvre installée dans l’espace ne tient finalement pas à grand-chose et tolère peu  de compromis. 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/03/2022

Jean-Baptiste Née : étoffes de la montagne

Née.jpgJean-Baptiste Née, "Amont", Galerie LIGNETreize, Carouge-Genève,  du 5 mars au 9 avril 2022
 
Jean-Baptiste Née travaille in situ, en montagne. Elle est son motif et son "grand atelier". Les  vallées vides,  les versants érodés, les entrelacs des roches, des glaces et des brumes constituent ses sujets. Il les travaille parfois  en lavis de gouache noire sur papier, parfois  à l’huile sur toile ou à l’aquarelle pour la couleur
 
Née 2.jpgL'artiste traque des  nuages suspendus au cœur de la vallée, des espace lumineux à la tombée du jour. Ces formes qui lui sont familières permettent la matérialisation de son relief intérieur, "la maquette visible de ma structure enfouie" écrit-il.
 
Née 3.jpgEt si longtemps les nuages l’ont gêné  "en cachant mon sujet", ils sont devenus ses alliés. Le mouvement des brumes constitue avec la stabilité des massifs rocheux un contraste élémentaire et une matrice dans la répartition des masses noires et blanches créatrices de magie visuelle.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

03/03/2022

Douna Loup et la si reine

Loup.jpgLa Genevoise Douna Loup  évoque l'amour au féminin. "Je suis ta migrant / tu es mon migrante" écrit celle qui réinvente l'île d'elles en une poésie océane.
 
S’adresser à  l'aimée  est souvent une opération complexe que l'auteure rend limpide et sensuelle. Sa poésie permet d’approfondir l’idée du lien et du dénuement qui unit deux femmes. Elles gardent  une autonomie loin des histoires de pouvoir ou de soumission.
 
Loup 2.jpgLa proxémie amoureuse et sensuelle passe par l'impact des mots "nousses" qui échappent à ceux de la tribu. D'où cette migration du corps et de l'âme là où le coeur telle une "oeuvre transgenre/ (...)  se fout du sexe des anges" et ignore les règles des bien-pensants.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Douna Loup, "Langue océane", dessin de Cendres Lavy, Coll. Architextes, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, 2022, 78 p., 16 E..