gruyeresuisse

10/08/2021

Not Vital : utopie et indiscipline

Vit.jpgNot Vital, "88 & 8 & 8", Wilde, Genève, du 2 septembre au 10 octobre 2021
 
Né en 1948 à Sent dans la Basse-Engadine, Not Vital est un des plus grands artistes suisses. De 1968 à 1969, il étudia au Centre universitaire expérimental de Vincennes à Paris avant de s’installer à New York en 1974. Dans les années 1980, il crée ses premières œuvres en trois dimensions. Vital partage actuellement son temps entre Pékin, Rio de Janeiro et Sent, en Suisse .Ses œuvres sont présentées dans les grands musées et galeries ainsi que dans les espaces publics du monde entier.
 
Vit 2.jpgElles  s’inspirent toujours de ses rencontres, impressions et projets collaboratifs entre différentes cultures à travers le monde. A travers la sculpture, l’installation, les peintures et les dessins, les œuvres de Vital brouillent les pistes de l'art et  les frontières entre la réalité et le surréalisme. Là où l'humour est souvent subtil et à plusieurs niveaux.
 
Vit 3.jpgNot Vital crée une oeuvre aussi obsessionnelle que parfaitement cohérente. Les personnages qu’elle invente, les médias qu’elle choisit servent à sculpter l’espace autant par l’image que le texte ou les choses : elle les recycle pour créer des histoires et des formes afin que l’art acquière un statut original. Son oeuvre ne cesse de bouger. Et si l’art ne change rien il permet de témoigner d’une utopie nécessaire pour permettre de conserver “l’envie d’être en vie” comme écrivait Beckett. Comme lui, l'artiste savait ce que le pessimiste veut dire. Il resta ou reste néanmoins chez l’un comme chez l’autre toujours actif.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

06/08/2021

Marcel Miracle : à quoi songe un poète ?

Miracle.jpgMarcel Miracle, "Memento du désert", Galerie LigneTreize, Carouge-Genève, du 4 septembre au 16 octobre 2021.
 
Celui qui devint dessinateur, collagiste, géologue et poète sur les traces de Kerouac entreprit son premier voyage. En stop d'Algérie au Niger en 1977. Ce fut sa première traversée depuis il ne cesse de parcourir le monde et ses déserts à  partir de la Suisse et de Lons le Saunier.  Ces traversées horizontales se doublèrent d'autres plus verticales sur des chantiers de forage dans la mer de sable du Kalansho lybien. Le tout avant de trouver dans le sud de la Tunisie un second domicile fixe.
 
Miracle 2.jpgC'est là où des corbeaux rouges - en laissant tomber de petits cailloux - le guidèrent vers des sites néolithiques  qui le rapprochèrent des quêtes de Malcolm Lowry et de Pérec et lui permirent d'aller à la recherche d’un des personnages de ce dernier qui parut au chapitre 52 de « La Vie Mode d’Emploi » : Simpson.  Lors de sa quête le poète aura tout connu. Et ses aventures sont parfois étranges et mystiques. Mais chaque fois il revient vers ce désert qui n'est pas sans danger et dans lequel il fut inquiété parfois par des milices armées. Elles semblèrent pourtant comprendre qu'il n'y avait rien à craindre de ce rebelle d'un genre inédit à la recherche des vérités sur le sable qui leur échappaient. Ils le laissèrent à ses pérégrinations, ses recherches de pierres philosophales et ses  oeuvres. L'exposition devient le témoignage le plus poétique et habité sur le désert à travers collages, dessins, unica et autres objets.
 
Miracle 3.jpgMarcel Miracle ne cultive en rien l'exotisme. Dessiner et peindre revient à plonger dans le calme là où n'existe d'autres bruits que le vent. Le trait rompt le jaune du sable et le bleu du ciel là où s'approche de vieilles déités, une idéalité et une beauté première bien au-delà du feu grec. Enseveli dans le ciel, aérien sur le sable, le poète dans une telle exposition ne copie jamais servilement le réel : il saisit l'harmonie entre de nombreuses relations.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/08/2021

Le bestiaire de Fifo Stricker

Stricker.jpgFifo Stricker, "Dessins-gravures 1975-1987", "Aquarelles 1991-1993", Editions Patrick Cramer, Genève.

Lapin de garenne en élégante tenue de chasse, crapaud avec redingote,  lynx au collier à clous, oiseaux  avec hélices rutilantes ou remontoirs sur le dos ne sont pas les seuls à brouiller les cartes. Les objets vont de pair avec les animaux. Ampoules, charnières, fiches électriques s'accordent avec les extrémités des queues, des ailes des cornes pour donner un point de capiton à une faune fantastique où l'animalité rejoint la mécanique.
 
Stricker 2.jpgLe processus créatif du bâlois est impressionnant. Et Patrick Cramer n'a cessé d'accompagner son ami - escrimeur comme lui - de longue date. Ses  animaux évoquent l’humain et la robotique dont il dépend de plus en plus au moment où il détruit de plus en plus la planète. De tels animaux malades de la peste numérique illustre avec humour cette néfaste tyrannie.
 

Jean-Paul Gavard-Perret