gruyeresuisse

09/01/2020

Maïa Mazaurette : sexposition

Mazaurette.pngMaïa Mazaurette  par cette exposition répond à la question de sa galeriste Barbara Polla : "pourquoi les femmes ne représentent-elles pas l’organe sexuel masculin en gloire ?" Mais sublimer le phallus masculin n'est pour elle en rien se faire le suppôt du patriarcat. C'est montrer que l’homme est désirable et qu'il peut lui aussi être objet ou sujet de fantasme dans une vision, ouverte, joyeuse. Réalisées dans le cadre intime de son appartement de New York la créatrice montre pour la première fois ses oeuvres dans le lieu intime de l’appartement de Barbara Polla à Paris, avant qu’elles ne soient présentées à la galerie Analix Forever à Genève.

Mazaurette 2.pngLa "Princesse" ici est moins l’artiste que le phallus en écho à Constantin Brancusi qui baptisait ses somptueux phallus « Princesse X ». A la suite des questions soulevées par le mouvement MeToo et par la baisse internationale de la libido, les enjeux de pouvoir, les injonctions irréalistes, elle montre combien la sexualité est désormais enveloppée d'une immense lassitude. "La faute à qui, à quoi ?" demande l'auteur. Elle y répond illico : " À une sexualité pensée comme une affaire d’orifices, à un imaginaire qui réduit les femmes à un vide à combler, alors qu’elles possèdent un sexe, pulsant, puissant".

Mazaurette 3.pngSa libre parole se double ici d'une iconographie jouissive. Expatriée depuis douze ans et nomade acharnée, elle aime les hommes autant qu'elle les critique. Elle attire l'attention sur les objets du désir qu'elle met à nu de manières aussi sybillines et allégoriques que réalistes. Maïa Mazaurette prouve qu'il n'existe chez elle ni revanche ni castration mais de l’optimisme. Son exposition devient une "sexposition" joyeuse. Il s'agit affirme-t-elle "de dire aux hommes qu’ils sont beaux, de les peindre, de les convaincre de leur pouvoir érotique".  Mais son but est toutefois toujours le même : "à savoir qu'il ne se passera rien tant que les hommes, les femmes et les autres, ne s’écouteront pas inconditionnellement." Et ici les images disent ce que les mots ne font pas - quitte à courir le risque d'un malentendu sur les interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maïa Mazaurette, "Princesse" du 4 au 12 janvier 2020, chez Barbara Polla, dans le Marais puis àç la galerie Analix Forever, Genève. En parallèle Maïa Mazaurette publie "Le Sexe selon Maïa", (ses articles du "Monde") à la Martinière et Sortir du Trou, Lever la Tête", chez Anne Carrière.

08/01/2020

Albertine : insolitudes

Albertine 2.jpgAlbertine, "les solitudes", Galerie Ligne Treize, Carouge, Genève, du 11 janvier au 7 février 2020.

Albertine est dessinatrice et peintre. Elle connaît déjà une renommée autant en  Suisse  qu'à l'étranger. En tant qu'illustratrice elle a déjà reçu de nombreux prix dont la Pomme d’Or de Bratislava pour "Marta et la bicyclette", le Prix Jeunesse et Médias pour "La Rumeur de Venise" et le Prix Sorcières pour "Les Oiseaux", ouvrage sélectionné comme un des 10 meilleurs livres de l’année par la New York Times Book Review en 2012.

Albertine.jpgPressentant l'illusion picturale comme la seule source féconde de remise en cause de la réalité elle en offre une autre présence, un autre contenu, une autre façon de la regarder dans ce qui tient d'une fausse naïveté. Lignes et couleurs surgissent avec alacrité là même où la solitude devient l'objet de la création.

Albertine 3.jpgUne telle oeuvre dégraisse les éléments superfétatoires. Il ne s'agit plus d'accrocher aux cimaises des pans du leurre mais de créer le temps d'une solitude présentée avec ironie subtile et fraîche. Par ses  gouaches sur papier la créatrice ne cherche pas les "coups" dans lesquels certains artistes s'épuisent pour rien. Le regard pénètre des paysages ou des lieux aussi évidents qu'inconnus. De la compacité démembrée/reconstruite surgissent des soubresauts du sensible, des signes d'une sorte de convulsion d'un fini renversé. La peinture n’est plus un pur néos. Elle ne se mure pas dans l'apprêt mais s’en éloigne.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

23/12/2019

Paysages et portraits d'Anna Pizzolante

Anna.pngEntre images-vérités et scènes fictionnées Anna Pizzolante crée une photo expressionniste aux couleurs défaites ou recomposées. Celle qui croit aux nuits croit aussi aux jours. Elle est sensible à d'autres chemins que le sien. Qu'importe alors si les fleurs n'apprendront jamais à voler (à moins d'ête attachées à une femme qui n'existe peut-être pas). Mais les photos "disent" à leur manière les blessures de la vérité (par le mensonge de la fiction) et le réel du monde qui se délite (femmes ou paysages) à travers ses reportages.

 

Anna 4.jpgDans de telles oeuvres la lumière ne procure pas que de la chaleur mais elles donnent du courage, de la volonté. En filigrane un message semble serpenter : l'amour est le paradis vécu en un enfer perpétuel. Il s'agit de triompher du temps et trouver peut-être une forme de salut. C'est une manière de se changer  par l'attention aux autres.

 

Anna 3.jpg

Sans cesse Anna Pizzolante jette des indices comme des projectiles pour rattraper ce qui fut détruit ou perdue. L'histoire n'est donc jamais finie. La photographie continue à en remonter la trace et à en donner des états pour rêver un éternel retour. Existe une manière de mesurer le silence quelque part entre les ombres et le jour au sein d'une lente obstination afin de créer une fascination inquiète en un pont entre le passé et le présent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret