gruyeresuisse

01/06/2019

Paul Rousteau par monts et par vaux

Rousteau 2.pngPaul Rousteau, "Arcadies", Maison du Griffon, Neuchâtel, à partir du 6 juin 2019.


L'exposition monographique de Paul Rousteau permet de comprendre comment le travail photographique de l'artiste perce les apparences selon une picturalité aux couleurs vives, douces, impressionnistes et parfois fauvistes. Le monde est celui de la lumière travaillée avec une hybridation des rouges flamboyants, des bleus et des verts plus discrets et des jaunes violents. Il s'agit de se perdre dans une sorte d'Eden

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En dehors de tout souci de mode ou d'appartenance à une théorisation esthétique l'artiste opte pour un regard plus "simple" ou plus premier dont le seul objet est la beauté. Celle d'"une femme nue, une éclaircie sur une fleur, un lever de soleil sur la mer, un enfant qui rit, ou encore un oiseau avec de belles couleurs".

 

 

Rousteau 3.jpgL'artiste lie intelligence et émotion pour parcourir les seuils où le "je" comme le paysage cède. Mais ce qui est à contre-ciel ne se laisse pas facilement fracturer par les images. Il faut insistance et délicatesse pour trouver l'angle explosant et fixe sans que pour autant l'image prenne un tour oratoire. Tout semble se réduire à des «je ne sais quoi» mais des plus significatifs. Avec Rousteau Genève la sévère prend des couleurs chaudes. La pierre beige des bâtiments bronze. Une douce tiédeur réchauffe le Léman où dans ses "tableaux" les baigneuses nues et nostalgiques sont des statues.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/05/2019

Denis de Rougemont : l'Europe une idée neuve ?

Rougemont.pngDenis de Rougemont, "Faires des Européens - Essais sur l'Ecole et l'Université", Editions La Baconnière, Genève, 272 p., 20 E, 23 CHF,

Figure de proue - à côté d'Emmanuel Mounier - du personnalisme, Denis de Rougemont a pensé l'Europe très tôt sans tomber, avant guerre, sur ce que le Nazisme voulait en faire et, après la Guerre, en défendant un mouvement fédérateur face aux USA et à l'URSS. Le tout au nom de valeurs communes qu'il remet ici en perspective.

Rougemont 2.jpgL'auteur ne cherche pas une unité d'apparence et d'apparat d'une union de facto mais celle qui remonte à des fondamentaux. C'est ce qu'il nomme "une unité de base qui est notre passé, lequel conditonne et permet notre avenir commun".

Dès "méfaits de l'Instruction Publique" l'auteur dessine les contours de sa "Passion de l'Occident" qui le fit mal "voir" des penseurs rouges ou rose d'une certaine intelligentzia. Qu'importe les myopes : De Rougemont a le mérite de penser juste et hors slogans faciles. Il ne s'agit pas d'évoquer une "tabula rasa" qui n'est qu'une commodité de la conversation. L'auteur en appelle à une responsabilité que beaucoup de politiciens du continent ont du mal à assumer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/05/2019

Walead Beshty - l'été au MAMCO

Beshty.jpg"Walead Beshty", MAMCO, Genève, 29 mai au 8 septembre 2019.

L'exposition estivale du Mamco consacrée à Walead Beshty a pour but "d'expliciter l’image comme résultat d’un processus, plus proche en quelque sorte d’un software que d’un hardware". Créés par un script les travaux de Walead Beshty questionnent l'apparition  des images et les liens qu'elles entretiennent avec le réel en une société mondialisée.

Beshty 3.jpgCe travail est donc crucial pour comprendre l'oeuvre d'art et son langage. Celui-là illustre par exemple différentes facettes d’une même "histoire". Le spectateur est donc situé en un porte à faux où demeure entière l’énigme de la représentation. Photographies, magazines, cartes postales, objets, gravures, installations, séquences télévisuelles, peintures, etc.,  embrassent tous les champs en passant par l’information ou l’imagerie populaire. Repéré entre autres à la Biennale de Venise en 2015, Walead Beshty traverse la représentation de Brunelleschi à Instagram, de Marey à Gordon Parks en divers filtrages.

Besthy 2.pngLe plasticien déstabilise tout en ayant pris conscience que ce qui fait son approche au sein d’une perpétuelle remise en cause. Une transmutation s'opère à différents niveaux et sur divers supports. L’artiste relie un dedans et un dehors souvent inconnus. Il inscrit les états inqualifiables de processus ou les empreintes de moments de désaccords et de fractures entre l'homme et le monde. L'oeuvre les donne à voir dans une épaisseur de strates et de plans.

 

Jean-Paul Gavard-Perret