gruyeresuisse

26/03/2019

Hugues de Crousaz : le dehors et le dedans ou l'évidence obscure

Crousaz bon.jpgHugues de Crousaz, "Peintures sur paper clay et Dessins sur papier", galerie Marianne Brand, Carouge-Genève, du 28 mars au 13 avril 2019.

Découvrant la matière nommée "Paperclay", Hugues de Crousaz trouve un support qui rappelle le papier mais sur lequel il peut peindre avec des émaux de grès à haute température. L'artiste crée des alternances de couches d’émail où il joue de variations aléatoires qu'entraîne la cuisson. Peu à peu l'artiste a intégré l'ocre dans ses paysages et il a découvert un moyen d'évoquer "l’aérien, le souffle, le volcanique, l’énergie, le lien d’un être à son environnement."

Crousaz 4.jpgD'où le caractère impressionnant - tellurique et nocturne - de ses paysages. De Crousaz  les envisage toujours en écho "entre un état corporel, et un lieu qui n’est pas perçu que par la vue mais comme sensation interne". Et l'artiste de prendre la formule « rumeur des viscères » de Diderot pour évoquer ce qui tient pour celui-là d'une géographie interne mais où le regard se perd vers un dehors ou un dedans.

Crousaz 3.jpgExiste dans tous les cas un élargissement du paysage là où pourtant le réel échappe. Dans un art où le champ de maîtrise est soumis à des surprises l'artiste crée une évidence obscure ou ce que Beckett appelle l’«entrevoir, le croire entrevoir, le croire». Reste néanmoins un double accès - à l’être et au monde en un travail qui induit création et «décréation» : la taie de l'évidence disparaît au profit des bouches d'ombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/03/2019

Thomas Huber : l'espace en guise de bonnet d'âne

Huber.jpgLa force de l’œuvre de Thomas Huber n’est jamais éloignée de l’impressionnisme mais la dépasse en poussant plus loin les espaces que l'artiste investit. Il faut se laisser happer par une contemplation d’œuvres aux couleurs tranchées, tendues et détendues de manière imposante.

Le travail s’apparente à une sorte de «Visitation». Le fragment crée une belle autorité d’altération ironique ou voluptueuse et une puissance énigmatique en sortant des formes qui volent comme des «exceptions» et deviennent des lois sui generis. Elles suppriment les règles antérieures de la représentation. L'expérimentation ne tient pas seulement de la seule nouveauté technique mais d’une destruction / reconstruction. Elle demande un degré supplémentaire à celles ceux qui veulent mettre à jour la parcelle de réalité qui est la leur.

Huber 3.jpgThomas Huber crée en relief, en à-plat, en des «déformations»  ou profondeur, des espaces qui nourrissent l’imaginaire et désenclavent l’œuvre entière de tout risque d’impasse. Se découvre l’affirmation d’une exception à la règle commune. Tout s’efface au profit d’une symbolique d’un nouveau genre et d’une paradoxale «choséité» particulière et volatile.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Huber, "Nemi", Skopia, Genève, du 15 mars au 4 mai 2018.

12/03/2019

Morgane Tschiember : art et matière

Tschiember.jpgMorgane Tschiember "Cocktail", du 15 mars au 4 mai 2019, Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

Morgane Tschiember ne cesse de se confronter à la matière, la couleur, l'espace et les mouvements qui déplacent leurs surfaces ou leurs lignes. Héritière de Carl André et de Tapiès, l'artiste comme eux propose un art expérimental et premier.

 

S'intéressant aux qualités précisess des matériaux auxquelles elle s’attache et qu'elle teste de manière empirique,  loin de toute théorie Morgane Tschiember offre au regard une expérience sensorielle et formelle qui induit inconsciemment peut-être des rapports de surfaces et d'épaisseur, de couleurs, d’ombres, de lumières.

 

Tschiember 2.jpgMais l'aspect concret de tels travaux n'est pas le seul. Des motifs surgissent. Ils provoquent des impressions étranges entre abstraction, figuration et mouvement. Ils semblent surgir de manière instintive et spontanée mais de fait ils sont le fruit d'un travail de fond sur le matériau là où l'art échappe à toute ses classifications (minimalisme, spontanéisme, concrétisme, etc..)

 

Jean-Paul Gavard-Perret