gruyeresuisse

28/02/2020

Une autre préhension de l'art : "L'appartement" de Ghislain Mollet-Viéville.

Appart bon.png"L'Appartement", Textes de Lionel Bovier, Thierry Davila, Patricia Falguières, Ghislain Mollet-Viéville, MAMCO, 160 p., 25 E.., 2020.

L'ouvrage "L'Appartement" est une analyse de la reconstitution du logement de Ghislain Mollet-Viéville, le plus important ensemble d'œuvres d'art conceptuel et minimal en Suisse Romande. Il a été acquis par la Fondation MAMCO en 2016–2017, grâce à la générosité de plusieurs mécènes. Le "lieu" est présenté au troisième étage du musée loin de son logement initial :  Ghislain Mollet-Viéville de 1975 à 1991 vivait au 26 de la rue Beaubourg à Paris pour promouvoir l’art minimal et conceptuel.

Appart.png"L'agent d'art" (comme il se nomma) avait organisé son espace de vie et de travail selon les protocoles des œuvres de sa collection avant de décider d’assumer la pleine conséquence de la «dématérialisation» de l'art qu'il défendait en s’installant dans un nouvel appartement sans aucune œuvre visible. Sa collection est déposée au MAMCO depuis son ouverture et, en 2016, il a engagé l’acquisition d’une importante partie de cette collection. A savoir les œuvres présentées dans les salles adjacentes.

Appart 2.pngS'y découvre les oeuvres de grands minimalistes (Carl Andre, Donald Judd etc.) et de conceptuels de même envergure (Joseph Kosuth, Sol LeWitt, etc.). Toutes ces pièces intègrent dans leur conception leurs modes de présentation : elles se dispensent de tout socle, cadre, éclairage et autre instrument de mise en scène de l’art au profit d’une expérience intellectuelle et sensible immédiate. Quant à L’Appartement proprement dit, il met les œuvres à l’épreuve d’une insertion dans un univers domestique. Le visiteur peut  faire l’expérience d’un rapport plus intime avec ces travaux, dans un lieu à investir et considérer différemment des autres salles.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/02/2020

Dorothy Iannone et le corps féminin extatique

Iannone.jpgDorothy Iannone, "Eros Paintings", Centre d'Edition Contemporaine Genève et Innen, Zurich, 2020, 16 p., 15 E..

Depuis le début des années 1960, l'artiste Dorothy Iannone vit et travaille à Berlin où elle se consacre de diverses manières (peintures, dessins, collages, vidéo, dispositifs sonores, objets et livres d'artistes) à la représentation d'expériences amoureuses extatiques et l'idée d'un amour fou car absolu.

Iannone 3.jpgIannone se soustrait à toutes frontières sociales, normatives ou artistiques, ainsi qu'à toute tentative de classification. Son langage pictural, mixe pop art et art brut dans une poésie très particulière et totalement orginale. Le corps est schématisé et stylisé mais sans la moindre equivoque sur ce qu'il "fait". Ce qui frôlera (voire plus) pour certains l’obscénité est mis en exergue dans un corpus qui lutte contre la censure mais a été longtemps interdit par elle.

Iannone 2.jpgCe travail permet de voir jusqu’où une incarnation intempestive peut conduire. Au sein de la notion philosophique de l'Éros, l'oeuvre est celle du désir envisagé comme une force naturelle animée par l'Amour, l'extase et la déliquescence du Moi en union du physique et du psychique. S'inscrivent la libéralisation de la sexualité et à l'affirmation de l'autonomie féminine.

Jean-Paul Gavard-Perret

Disparitions, apparitions : Marion Tampon-Lajarriette

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, "Echos", Erich Linderberg Art Fondation, Museo Villa Pia, Porza, Suisse, du 27 octobre 2019 au 4 avril 2020

Tampon 3.jpgMarion Tampon-Lajarriette explore les frontières de la mémoire et de l'imaginaire en référence à l'histoire du cinéma, de l'art et de la science. Le musée Villa Pia présente une sélection de travaux de ses 10 dernières années de recherche. Ils  correspondent avec son arrivée en Suisse et à Genève où elle étudia à l'HEAD. En 2016/17 elle a bénéficié d'un an à l'ISR Swiss Institute di Roma après avoir gagné le Swiss Art Award dix ans plus tôt.

Tampon 2.jpgSe retrouvent ses vidéos réalisées à partir d'image en 2D, installations ou shooting de ses performances. La créatrice souligne la rupture entre l'amour du patrimoine culturel d'hier et d'aujourd'hui et sa transformation dans un réseau d'images et de visions qui vont vers l'abstraction ou plutôt le virtuel.

Tampon 4.jpgEntre flux et déplacements l'artiste propose des apparitions et présences troubles et mouvementées. Emergent  des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits  de circulations, reprises et articulations. L'art porte atteinte au vide par espoir de fusion de divers temps. Mais l'artiste souligne tout autant le risque de l’abîme au sein d’un mouvement en des assemblages qui jouxtent un impossible à faire reculer.

Jean-Paul Gavard-Perret