gruyeresuisse

02/04/2021

Les tournantes de Jakob Lena Knebl

Kneb.jpgJakob Lena Knebl, "Marcher sur l’eau", Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 27 juin 2021
 
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) a donné  carte blanche à l’artiste et performeuse autrichienne Jakob Lena Knebl. Son directeur  Marc-Olivier Wahle l’a invité après avoir découvert au Mumok de Vienne en 2017 son "Walking on Water".
 
Kenb 2.jpgCette nouvelle exposition propose une traversée dans l’histoire des collections du musée selon une scénographie surprenante. Jakob Lena Knebl pour investir une collection a toujours besoin d'une œuvre clé et celle de Schwabe fut parfaite. Ses femmes en colère et effrayantes lui rappelèrent les couvertures des magazines d’horreur qu'elle aimait enfant. Ces images qui à la fois l'horrifiaient et la fascinaient l'ont donc inspirée.
 
Knebb 3.jpgA partir de là la plasticienne-curatrice, dans des scénographies pleines d'humour,  pose des questions et change nos perceptions en traitant l’histoire de l’art, du design, du corps dans l’espace et de la façon dont les identités sont façonnées par les personnes, les choses, les événements, les théories et les genres. Elle a pu  choisir parmi des couverts, des vêtements, des montres, des peintures à l’huile et des sculptures  du musée afin de faire "tourner" différents récits et présenter des œuvres de la haute culture en même temps que des choses de la vie quotidienne. Et ce dans la joie et le désir de reconstruire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

22/03/2021

Charles Weber : insurrection des fantômes

Weber 1.jpgCharles Weber, "Lassithi Drive", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 5 mai 2021.
 
 
Dehors la lumière claque. Mais les arbres n'ont pas du plomb dans l'aile. Les ombres rebondissent. Les fantômes ne changent pas. Ils se chargent. Ils ne prétendent à rien. Ils disent à peine - puisque en les photographiant Charles Weber les invite - :  « Venez par là ».  Que faisons-nous alors ? Reste une immatérielle lenteur de  lunaisons pour attendre une légende. L'arbre est dedans. Il est  dans ce vaste monde.
 
Weber 2.jpgIl y a des arêtes, des traversées  d’un Eden dont on ne finira de descendre les volets. Il y a aussi une sur-vivance, une langue obscure. Saveur d’empreinte, de poivre vert en la cendre des jours. Mouvement de repli. Sutures pour la Belle au Bois Dormant en hiver gris.
 
Weber 3.jpgLa photographie saisit parfois des  silhouettes presque disparues. Tout rappelle parfois certains paysages d'Antonioni (L'Eclipse, Blow Up, Le Désert rouge). Ce qui fascine c'est  l'horizon défait, l’ultime tissu du monde . Mais aussi l’inverse de sa ténèbre, l’extase troublante, la rencontre impossible d'un seuil infranchissable.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret