gruyeresuisse

28/08/2019

"Les contemplations" selon Franklin Chow

Chow bon.jpgFranklin Chow, "Mosaïques", Galerie Anton Meier, Genève, du 19 septembre au 9 novembre 2919.

 

Franklin Chow est issu d'une famille réputée depuis des siècles pour la maîtrise du style Gonghi. Initié très tôt à la peinture à l’encre de Chine, il s’intéresse aussi à la culture occidentale via son père négociant en relation avec les marchands et collectionneurs occidentaux. La révolution chinoise oblige la famille à s’installer à Hong-Kong. Intéressé par le cinéma le jeune artiste part à Londres aux studios Shepperton puis se rend à Paris et s’oriente vers l’abstraction. Ses parents quittent Hong Kong et s’installent à Genève. Chow travaille dans plusieurs entreprises européennes comme directeur artistique. Il se remet sérieusement à son travail de peintre à la fin des années 80 et installe son atelier à Sainte-Croix dans le Jura suisse.

 

Chow.jpgChow entreprend d'abord la série Visuals Journals avec des commentaires sur les situations sociales. Mais à côté de ces œuvres politiquement engagées il produit des toiles abstraites dans lesquelles il utilise un mélange d’encre de Chine et de peinture à l’huile. L’essentiel de son art se loge dans la qualité de cette abstraction originale qui lie les arts du passé aux recherches post-modernes par le mouchetage, la craquelure et le jeu des variations. Dans un exercice de sobriété le chromatisme se réduit à la gamme des gris et au noir entre autres dans des céramiques que la galerie genevoise expose.

 

Elles prolongent les toiles miroirs qui suggèrent un monde diffracté ou un égouttement. Les aspérités et motifs semblent résorbés par la surface lisse où "s'incisent" les traces du temps. Cette mise en espace crée abîmes ou vertiges. Ils sont propices à la contemplation, au rêve comme à la réflexion devant des sortes de murailles ou de cribles au sein d'une identification impossible mais aussi l'espoir de se retrouver dans une luminosité enténébrée qui échappe à l'atmosphère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/08/2019

Nathalie Wetzel : reprises

Wetzel.jpgNathalie Wetzel, "Mises à jour", Galerie LIGNE treize,  Genève Carouge, du 29 août au 21 septembre 2019.

Wetzel 3.jpgNathalie Wetzel présente à la galerie LIGNE treize une sélection de ses monotypes récents sur papier. Ils ont pour origine une photographie prise par l’artiste même. A une époque où la photo est devenue - entre autre via le selfie- une monnaie d'échange dévalorisée et perd son sens, le monotype par son effet de reprise retarde cette disparition programmée non pour créer l'illusion de l'illusion mais une "mise à jour" - d’où le titre de l’exposition.

Wetzel 2.pngL’artiste construit chaque monotype comme un tableau à la manière des maîtres anciens. L’important n’est pas d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. Nathalie Wetzel cultive le sens du détail précis afin  d’ouvrir à de multiples combinaisons d’interprétations possibles. Ravie d’inventer des histoires elle reconstruit un renouveau du désir d'image. Il projette dans un univers des limites sans que nous sachions si nous restons en dedans ou si nous sommes déjà au dehors. L’univers est donc perversement polymorphe à plus d'un titre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Morgane Tschiember : du jeu dans le jeu

Tschiember.jpgGalerie Laurence Bernard, Genève.

 

Morgane Tschiember interroge la pratique artistique à travers de multiples médiums. Peintre, céramiste, vidéaste, photographe, sculptrice elle utilise les matériaux en divers formats : de petits objets en céramique, verre, métal, bois ou de synthèse à l’installation monumentale selon des bifurcations simultanées ou des aller-retour successifs.

 

 

Teschiember 2.jpgAu coeur des matières s'immiscent parfois des leurres du leurre. C'est une manière moins de les "farcir" que de les doubler et quel qu'en soit le genre ou la nature afin de "légender" la réalité. Celle-ci devient "confondante". L'espace de la représentation par les mixions crée des chassés-croisés en un mimétisme particulier aux effets remarquables.

 

 

 

Tschiember 3.jpgCelle qui a travaillé avec Olivier Mosset et Gordon Douglas ne cesse de jouer avec diverses feintes pour s'approcher du coeur palpitant des choses et leur image. Ces multiples entrées rapprochent et éloignent par des hybridations qui "appuient" subtilement sur bien des niveaux de perception. Et ce dans un "luxe" fléché vers un "in tenebris lucet".

Jean-Paul Gavard-Perret