gruyeresuisse

04/03/2020

Memphis et après : Nathalie Du Pasquier

Du Pasquier.jpgNathalie Du Pasquier, Pace, Quai des Bergues, Genève, du 20 janvier au 18 mars 2020

Nathalie Du Pasquier s’installa à Milan en 1979 où elle devint un des membres fondateurs du groupe de designers Memphis avec Ettore Sottsass. Durant ces années, elle dessine de nombreux textiles, tapis, motifs, objets et meubles, puis dix ans plus tard elle se tourne presque uniquement ver la peinture. Elle reprend les objets de design du quotidien qui ont fait sa fortune pendant l'époque Memphis dans des compositions minimales et des modules géométriques.

Du Pasquier BON.pngAttachée au travail de la ligne, de la couleur et de la forme, toute son oeuvre semble naviguer entre 2 D et 3 D par effet de trompe l'oeil. La créatrice circule entre les formes et les pratiques, de l'abstraction à une sorte de "réalisme". Son oeuvre longtemps boudée ou considérée comme secondaire - quoique appréciée par tout un public - est rédecouverte peu à peu, ses motifs "post-Memphis" revenant à la mode.

Du Pasquier 2.jpgSon travail se fonde toujours sur divers types d'assemblages de formes ou d'objets sur toile, papier, textile ou en volume. Toute une architecture transforme le réel comme l'abstraction. Les natures mortes, les paysages domestiques deviennent de jeux de structures et deviennent la  preuve d'une liberté et d'un don instinctif de la construction et de la couleur.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/02/2020

Une autre préhension de l'art : "L'appartement" de Ghislain Mollet-Viéville.

Appart bon.png"L'Appartement", Textes de Lionel Bovier, Thierry Davila, Patricia Falguières, Ghislain Mollet-Viéville, MAMCO, 160 p., 25 E.., 2020.

L'ouvrage "L'Appartement" est une analyse de la reconstitution du logement de Ghislain Mollet-Viéville, le plus important ensemble d'œuvres d'art conceptuel et minimal en Suisse Romande. Il a été acquis par la Fondation MAMCO en 2016–2017, grâce à la générosité de plusieurs mécènes. Le "lieu" est présenté au troisième étage du musée loin de son logement initial :  Ghislain Mollet-Viéville de 1975 à 1991 vivait au 26 de la rue Beaubourg à Paris pour promouvoir l’art minimal et conceptuel.

Appart.png"L'agent d'art" (comme il se nomma) avait organisé son espace de vie et de travail selon les protocoles des œuvres de sa collection avant de décider d’assumer la pleine conséquence de la «dématérialisation» de l'art qu'il défendait en s’installant dans un nouvel appartement sans aucune œuvre visible. Sa collection est déposée au MAMCO depuis son ouverture et, en 2016, il a engagé l’acquisition d’une importante partie de cette collection. A savoir les œuvres présentées dans les salles adjacentes.

Appart 2.pngS'y découvre les oeuvres de grands minimalistes (Carl Andre, Donald Judd etc.) et de conceptuels de même envergure (Joseph Kosuth, Sol LeWitt, etc.). Toutes ces pièces intègrent dans leur conception leurs modes de présentation : elles se dispensent de tout socle, cadre, éclairage et autre instrument de mise en scène de l’art au profit d’une expérience intellectuelle et sensible immédiate. Quant à L’Appartement proprement dit, il met les œuvres à l’épreuve d’une insertion dans un univers domestique. Le visiteur peut  faire l’expérience d’un rapport plus intime avec ces travaux, dans un lieu à investir et considérer différemment des autres salles.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/02/2020

Dorothy Iannone et le corps féminin extatique

Iannone.jpgDorothy Iannone, "Eros Paintings", Centre d'Edition Contemporaine Genève et Innen, Zurich, 2020, 16 p., 15 E..

Depuis le début des années 1960, l'artiste Dorothy Iannone vit et travaille à Berlin où elle se consacre de diverses manières (peintures, dessins, collages, vidéo, dispositifs sonores, objets et livres d'artistes) à la représentation d'expériences amoureuses extatiques et l'idée d'un amour fou car absolu.

Iannone 3.jpgIannone se soustrait à toutes frontières sociales, normatives ou artistiques, ainsi qu'à toute tentative de classification. Son langage pictural, mixe pop art et art brut dans une poésie très particulière et totalement orginale. Le corps est schématisé et stylisé mais sans la moindre equivoque sur ce qu'il "fait". Ce qui frôlera (voire plus) pour certains l’obscénité est mis en exergue dans un corpus qui lutte contre la censure mais a été longtemps interdit par elle.

Iannone 2.jpgCe travail permet de voir jusqu’où une incarnation intempestive peut conduire. Au sein de la notion philosophique de l'Éros, l'oeuvre est celle du désir envisagé comme une force naturelle animée par l'Amour, l'extase et la déliquescence du Moi en union du physique et du psychique. S'inscrivent la libéralisation de la sexualité et à l'affirmation de l'autonomie féminine.

Jean-Paul Gavard-Perret