gruyeresuisse

17/03/2021

Les assemblages de Laure Marville

Malville 3.jpgLaure Marville, "Je disparais", Ferme de la Chapelle,  Grand-Lancy/Genève
 
Avec leurs murs d'images, les disparitions de Laure Marville sont autant d'apparitions. D'où ces ensembles épars et joints qui traversent l'espace comme les visiteurs le font.  Les chants de la poésie visuelle sont autant de champs de bataille qui permettent à la créatrice comme Don Quichotte s'adressant à sa Dulcinée du Toboso de lancer son : « Rappelle-toi mes joies / Rappelle-toi mes peines ».
 
Malville 2.jpgFace au Grand Ordre  du monde l'artiste impose le sien contre toute formes de disparitions et pour une transhumance. La créatrice crée pour l'amour des regards qui se posent sur ce qu'elle offre et qui l'habite. C'est comme lancer un cri dans l’air acre pour le hanter. La tête chauffe, brûle, le corps suit parfois. Devant les magmas des univers coercitifs et injustes le tout est de tenir par des images et des mots sans se laisser envahir par la mauvaise fièvre d’un fiel qui ne ronge que celle ou celui qui l’éprouve.
 
Malville.jpgDe telle travaux donne lieu à une "re-naisance" avec une certaine violence et en transgressant des frontières par assemblages. "Détruire dit-elle" (comme Duras) mais pour mieux reconstruire une psyché complexe en miroir à celles  de qui reste séduit par langue bavarde et des images phosphoriques que la créatrice reprend en insomniaque rêveuse face à la dureté du monde et la petitesse humaine. Ce qui ne va pas chez elle - peut-être - sans culpabilité et malaise. Mais le pli est pris et l'exposition devient un grand poème plastique et lyrique,  sorte de d’exception et de brèche dans la poésie et l'art du temps.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/03/2021

Aurélien Fontanet : la ville à l'envers

Fontanet 2.jpgAurélien Fontanet, Centre de la photographie de Genève, à partir du 10 mars 2021.
 
 La réalité, le quotidien restent paradoxalement ce qui hante le travail d'Aurélien Fontanet. Formé à la HEAD, Haute Ecole d’art et de design de Genève, Aurélien Fontanet pratique la photo depuis l’adolescence, utilisant l’appareil comme un "carnet de notes". Ces images se veulent avant tout depuis toujours des reportages. Le directeur du Centre de la photographie de Genève Joerg Bader propose au "Courrier"  de publier sur deux pages une sélection de clichés d’Aurélien Fontanet, en remplacement de l’exposition prévue dans ses murs en début d’année.
 
Fontanet 3.jpgLes images sont issues d’un corpus de quelques 3000 clichés, qui témoignent de l’extrême précarité provoquée à Genève par la crise pandémique. Le photographe observe les actions menées à Genève en faveur des oublié(e)s de la crise. Entre autres la Caravane de solidarité mise sur pied par Silvana Mastromatteo, pour distribuer des aliments aux plus démuni(e)s pour ensuite étendre ce travail à la problématique du logement.
 
Fontaner.jpgDans ses travaux au Brésil le photographe faisait preuve d'une panoplie de couleurs. Ici il a choisi le noir et blanc pour donner une identité et une dignité indispensables aux S.D.F. et afin de faire prendre conscience de la précarité avoisinante et grandissante. "Apporter son soutien aux minorités est devenu pour moi une évidence" écrit celui qui pour faire bouger les choses a choisi les images.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/03/2021

Les mots et leur matière : Gilles Furtwängler

Furtwangler.jpgGilles Furtwängler, "Mon parfum, c'est l'odeur du bois qui brûle", Skopia, Genève, du 21 mars au 1er mai 2021.
 
A Lausanne et à Johannesburg Gilles Furtwängler interpelle par ses oeuvres le regardeur. Il s'adresse à lui en l'invectivant (non sans humour)  Interpellations, questions, vérités ou contre-vérités, cynisme, absurdité, contradictions tout est bon pour les coups de semonce qui s'ensemencent sur la surface des supports.
 
Furtwangler 2.jpgTout est mis en forme pour une communication objective et abstraite, ironique et morale, avant tout poétique où les textes jouent par effets de lignes, de caractères, d'extension ou d'écrasement. Mais le créateur pratique aussi des prestations orales sur le même principe. La base des textes et des mots provient des écrits de l'auteur mais aussi de tout ce qu'il entend et parfois écoute.
Furtwangler 3.jpgLe tout dans un volontaire exercice de banalité bien choyé dans les conversations de comptoirs (lorsque les bars sont ouverts) et qui - écrit Fürtwangler - "nivellent les hiérarchies, rapprochent l’art et la chirurgie dentaire, l’art et le massage suédois, l’art et la dette mondiale et la plomberie". Bref l'artiste parle plus d'humour que d'amour ce qui n'empêche pas le second - en tant que pulsion bien naturelle - d'être un rien privilégié.
 

Jean-Paul Gavard-Perret