gruyeresuisse

11/12/2020

Le Tachisme d'André du Besset

ABesset.jpgndré du Besset, "Oeuvres récentes", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 12 janvier 2021.

 

Après 2004 André du Besset propose dans ses oeuvres un schéma immuable : deux plans séparés par un "horizon". Il traverse l'espace selon un flottement qui rappelle le travail de Rothko même si chez le créateur la référence au paysage demeure au sein de l'abstraction et entre autres à cause des couleurs. L'artiste utilise la peinture acrylique, la cire, le pastel et le fusain. D'où la densité contenue sur des surfaces agitées de traces ou dotées d'insondables profondeurs.

 

Besset 2.jpgLes tonalités ramènent le motif sur la frontière, les marges de la représentation pour créer un univers particulier. Les  "corps conducteurs" - couleurs et formes avec lesquels du Besset crée - vivent, boivent le support pour s’en emparer. Une crudité lyrique jaillit entre dépossession et reprise. Volumes et coloris abolissent le front des apparences et le remplacent par une vision agitée.

Besset 3.jpgTout est en acte donc rien n’est figé. La narration plastique ignore la froideur et la rigidité. A sa place : la souplesse et la densité. Une force envahit l’espace. Il faut sans doute un beau courage à l'artiste pour oser un tel travail. Il n'illustre pas une thèse. Il fait mieux : s'y fonde un système poétique particulier. Les éléments épars-joints prouvent qu’un démon ou un ange semble avoir accompli de telles oeuvres. Les deux existeraient donc. Disons que ce qui en existe est ce que le créateur en montre puisque dans son travail il n’existe plus d’arrêts ni de répits.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/12/2020

L'empirique et le sensible : Josiane Dias

Dias.pngJosiane Dias, "Art Party", Espace L, Genève, du 9 au 12 décembre 2020.

La photographe brésilienne Josiane Dias vit et travaille entre Genève et New York. Son parcours passe par ces deux villes mais aussi par Tokyo et Tel-Aviv. Diverses cultures influencent son approche photographique. Elle est inspirée par le paysage urbain - mais pas seulement - et ce, à la recherche du détail inaperçu , de l'éphémère, et d'une poétique des espaces et des lieux.

Dias 2.jpgDe telles prises ne sont jamais réductibles à l’apparence. Mais elles ne se limitent pas plus au domaine du l’illusion et du trompe l’œil. Elles ne sont en rien un simple résidu sensible. Mélodieuses parfois plus âpres les formes créent des vagues de lumière. Elles mordent les âmes. Effleurements, silence, origine du tout par le peu. Les propositions plastiques deviennent des voix muettes dans les profondeurs de la lumière là où tout est trace et mélopée.

Dias 3.jpgSurgissent des visions mystérieuses en ce qui tient d’un exercice spirituel mais qui au départ prend racine dans la chair des volumes et des couleurs. Josiane Dias maîtrise, épouse les surfaces en mettant la main dessus par ses inductions poétiques et techniques. Face aux destructions du temps elle impose ses ouvertures où l’errance reste toujours axée vers la présence sourde de l’inépuisable.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/12/2020

Peter Regli des "lieux communs" à un impensé collectif

Peter Regli, "Ugly was yesterday", Galerie Laurence Bernard, Genève, duRegli.jpg 31 octobre 2029 au 16 janvier 2021.

 

De dimensions généreuses et de teintes vives, les nouveaux bols en grès de Regli transforment les récipients fonctionnels en sculptures. Et ses peintures de nature morte (mais pas seulement) sous effet de réalisme font jaillir toute une vérité cachée et ce dans un travail qui débuta dans les années 90.

Regli 3.jpgLa nature morte est pour lui une contrée à explorer, une étendue à parcourir. Ici la nécessité de rompre semble garder l’expression d’un attachement à une représentation classique. Mais ne nous y trompons pas. L’artiste bannit les ressources naïves du langage plastique de reproduction et les détourne de ses fins dites spontanées pour se livrer au culte exclusif de l’intention subversive, du piège, de la machination.

 

Regli 2.jpgUne fois admis que la valeur expressive et significative du langage plastique repose sur une illusion, il s'agit pour lui de l’analyser attentivement et d'en faire jaillir de multiples dimensions. Affirmant qu’une démarche plastique authentique se refuse à l’arbitraire  l'auteur ne fait nullement référence à la quête de l’image "juste" (ou réaliste) mais de l’interroger en ses différentes significations et sa qualité plastique. Cela procède du constat de l’irréductibilité de l’image à la seule fonction d’expression, de communication qu’on lui attribue.

Jean-Paul Gavard-Perret