gruyeresuisse

15/06/2020

Mosset toujours

Mosset.jpgPour sa première exposition personnelle à la galerie Gagosian Genève comme pour son exposition au MAMCO, Olivier Mosset continue de surprendre. Dans la galerie de la place Longemalle il propose quatre nouvelles créations : immenses toiles (2,5 x 1 m.) apparemment identiques où surgissent quatre diamants noir peints sur des toiles blanches. Tout est réduit à une sorte d'essence sans que l'on puisse parler de minimalisme tardif dans lequel l'artiste continuerait de baigner.

Mosset 2.jpgLes diamants d’apparence noire, sont de fait tous les quatre nuancés – tantôt le noir tire au rouge, tantôt le noir contient un peu de vert, de jaune ou encore de bleu. Les tableaux sont nus et restent toujours pionniers d'un mouvement intérieur qui continue de questionner. "Une peinture n’a pas besoin de dire qu’elle est de l’art. Elle exprime une sorte de silence qui m’intéresse" écrit l'artste.

Mosset 3.jpgLe cercle, parfaitement noir sur une toile blanche (dont il a produit plus de deux cents modèles entre 1966 et 1974) est non seulement repris en un autre registre géométrique mais revisité même si une ligne générale perdure. Rejetant toute narration ou symbole relié à la subjectivé Mosset déconcentre à chaque oeuvre qui se définit comme objet débarrassé de la surabondance généralisée. Le tout dans une sorte de vision "impartiale" là où s'érige une frontalité avec la matière même et le processus de créatif le plus radical eet stratégique qui soit. La neutralité y est encore plus exacerbée que chez Malévitch. Face à Mosset celui-là sembla manquer d'ambition. Et l'art trouve un chemin "politique" particulier et en rien illustratif ou décoratif.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/06/2020

Sabine Weiss : la Suisse et après

Weiss 2.jpgSabine Weiss a quitté très vite sa Suisse natale et Genève pour Paris. Elle y devient l’assistante du photographe allemand Willy Maywald spécialiste des clichés de mode et de portraits. Et après son mariage avec le peintre américain Hugh Weiss elle devient photographe indépendante et rencontre le milieu des artistes d’après-guerre.

Elle photographie beaucoup de créateurs qu'ils soient écrivains, plasticiens ou comédiens (cf son portrait délicieux d'Anna Karina). Elle connaît vite le succès et travaille jusqu'au début du XXIème siècle dans la presse illustrée internationale et aussi pour de nombreuses institutions et marques.

Weiss.jpgElle assure des reportages photographiques dans la mode, la publicité ainsi que des portraits de personnalités et des sujets de société.

Dans ses photographies se lient la présence et l’absence en un théâtre aussi brûlant que glacial. Il creuse le temps en tout sens. Il s’agit de montrer le monde en majesté comme en fantaisie. Et les portraits disent l’inconnu en leur sujet et par effet miroir l’inconnu en nous.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Sabine Weiss, "Une vie de photographe", Le Kiosque - Espace Simone Veil, Vannes, du 18 juin au 6 septembre 2020.

Portraits d'Anna Karina et André Breton.

09/06/2020

Les écarts de John Armleder

Armleder BON.jpgJohn Armleder, "The Grand Tour", Editions JRP, Genève, 250 p., 50 E., 2020.

Publiée à l'occasion de deux grandes expositions organisées en Italie, au Madre Museum de Naples et au Museion Bolzano, cette publication offre un panorama de l'œuvre multiple de l'artiste suisse John M. Armleder. En documentant largement les deux expositions l'ouvrage nous replonge dans l'univers de ce créateur unique.

Armleder.jpgFondateur en 1969 à Genève, avec d'autres artistes proches de "Fluxus" du groupe "Ecart" et de la galerie du même nom, John M. Armleder a développé une œuvre incroyablement subtile et complexe. Elle passe par les performances et installations dans les années 1970 jusqu'aux collages et compositions abstraites qui sont souvent des emprunts explicites à l'histoire de l'art et réutilisations de mobilier (Furniture Sculpture). Dès les années 80 il devient un des maîtres  du courant international "néo-géo" et d'expérimentations abstraites parfois monumentales.

Armlerder 2.jpgLe livre atteste des croisements de trajectoires entre médiums (performance, film, installation), de la liberté (tant esthétique que conceptuelle) et de l'hybridité des approches d'Armleder. Cette publication tient d'un ouvrage de rétrospective monumentale et d'un livre d'artiste. Il prouve qu'à une époque où la tentative de catégorisation reste un moyen de comprendre et de se situer dans l'art, John M. Armleder demeure celui qui se refuse à toute restriction ou à une méthode fixe.

Jean-Paul Gavard-Perret