gruyeresuisse

02/09/2019

Renée Levi : insersions multiformes

Levi.jpgKarine Tissot, "Renée Levi", Société des Arts de Genève, Hatje Cantz, Berlin, 128 p, 45 E., 2019. Exposition : Palais de l’Athénée, Genève, du 28 septembre au 27 octobre 2019.

 

A la recherche de la simplicité Renée Levi baratte et articule non le plein mais le vide dans un rêve sans fin. L’artiste elle-même résiste à ce qu’un certain cerveau  en elle voudrait ramener à l’intelligible. En ce sens elle pratique ce que Valère Novarina nomme une «cure d’idiotie». Mais celle-ci est très particulière : elle demande en amont bien des connaissances et une ascèse. Mais pas n'importe laquelle : celle qui permet de comprendre que ce qui est du domaine de l'image reste irréductible à la raison.

Levi 2.pngCette édition - par les documents iconographiques et les textes de Karine Tissot, Markus Stagmann Chritina Vegh - met en évidence le travail de celle qui ne peint pas le réel mais ce qui nous regarde dans la peinture. Elle y consacre tout son temps et son énergie. C’est là sans doute inconsciemment tenter de sortir de l’angoisse et de la douleur tant que le corps résiste et que du temps est disponible. Dans ce but, et quand la peinture en spray ou non coule et s’épanche sur les surfaces Renée Levi ne peut totalement la guider. S’inscrit pourtant tout ce qui tremble en elle et le vertige de grouillements sourds. Celui de la mécanique du vivant. Du vivant des abysses. 

Levi 3.pngLe spectateur s’envole dans leurs labyrinthes et leurs marées montantes. Parfois son être se noie là où la trace vit son propre trajet. L’extérieur est à l’intérieur. L’intérieur est à l’extérieur entre enfoncement et résurrection des surfaces. L’image achevée reste -  mobile, immobile, immobile, mobile. L’histoire de l’art de la créatrice ressemble donc à celle de l’escargot. Elle reste en suspens. Enroulée elle se déroule. Déroulée elle s’enroule. Soudain un espace laissé vacant fait d’un creux une baie.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2019

"Les contemplations" selon Franklin Chow

Chow bon.jpgFranklin Chow, "Mosaïques", Galerie Anton Meier, Genève, du 19 septembre au 9 novembre 2919.

 

Franklin Chow est issu d'une famille réputée depuis des siècles pour la maîtrise du style Gonghi. Initié très tôt à la peinture à l’encre de Chine, il s’intéresse aussi à la culture occidentale via son père négociant en relation avec les marchands et collectionneurs occidentaux. La révolution chinoise oblige la famille à s’installer à Hong-Kong. Intéressé par le cinéma le jeune artiste part à Londres aux studios Shepperton puis se rend à Paris et s’oriente vers l’abstraction. Ses parents quittent Hong Kong et s’installent à Genève. Chow travaille dans plusieurs entreprises européennes comme directeur artistique. Il se remet sérieusement à son travail de peintre à la fin des années 80 et installe son atelier à Sainte-Croix dans le Jura suisse.

 

Chow.jpgChow entreprend d'abord la série Visuals Journals avec des commentaires sur les situations sociales. Mais à côté de ces œuvres politiquement engagées il produit des toiles abstraites dans lesquelles il utilise un mélange d’encre de Chine et de peinture à l’huile. L’essentiel de son art se loge dans la qualité de cette abstraction originale qui lie les arts du passé aux recherches post-modernes par le mouchetage, la craquelure et le jeu des variations. Dans un exercice de sobriété le chromatisme se réduit à la gamme des gris et au noir entre autres dans des céramiques que la galerie genevoise expose.

 

Elles prolongent les toiles miroirs qui suggèrent un monde diffracté ou un égouttement. Les aspérités et motifs semblent résorbés par la surface lisse où "s'incisent" les traces du temps. Cette mise en espace crée abîmes ou vertiges. Ils sont propices à la contemplation, au rêve comme à la réflexion devant des sortes de murailles ou de cribles au sein d'une identification impossible mais aussi l'espoir de se retrouver dans une luminosité enténébrée qui échappe à l'atmosphère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/08/2019

Nathalie Wetzel : reprises

Wetzel.jpgNathalie Wetzel, "Mises à jour", Galerie LIGNE treize,  Genève Carouge, du 29 août au 21 septembre 2019.

Wetzel 3.jpgNathalie Wetzel présente à la galerie LIGNE treize une sélection de ses monotypes récents sur papier. Ils ont pour origine une photographie prise par l’artiste même. A une époque où la photo est devenue - entre autre via le selfie- une monnaie d'échange dévalorisée et perd son sens, le monotype par son effet de reprise retarde cette disparition programmée non pour créer l'illusion de l'illusion mais une "mise à jour" - d’où le titre de l’exposition.

Wetzel 2.pngL’artiste construit chaque monotype comme un tableau à la manière des maîtres anciens. L’important n’est pas d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. Nathalie Wetzel cultive le sens du détail précis afin  d’ouvrir à de multiples combinaisons d’interprétations possibles. Ravie d’inventer des histoires elle reconstruit un renouveau du désir d'image. Il projette dans un univers des limites sans que nous sachions si nous restons en dedans ou si nous sommes déjà au dehors. L’univers est donc perversement polymorphe à plus d'un titre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret