gruyeresuisse

02/09/2014

Celle qui aime regarder la mer : entretien avec Iseult Labote

 

 

 

Labote.jpgAvec Iseult Labote toutes les matières photographiée ou scénarisées (vidéos, installa   tions)  se muent en opalescences plus ou moins abstraites et renvoient à ce qui pour Duchamp relevait de  "l'infra-mince". La Genevoise produit des intensités par soustraction. Les objets sont voués à la perte mais prennent une force expressive qui leur offre un devenir. L'inerte rentre donc dans un circuit mouvant où la déperdition se transmue en tacite recommencement.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?   LA VIE !

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?  JE LES REALISE LES UNS APRES LES AUTRES

 

A quoi avez-vous renoncé ?  A RIEN, J'AVANCE CONFIANTE DANS LA VIE ET MES PROJETS

 

D’où venez-vous ?  D'UNE BELLE HISTOIRE D'AMOUR ENTRE UN GREC ET UNE SUISSESSE

 

Qu'avez-vous reçu en dot ?  L'AMOUR, LA CONFIANCE, LA LIBERTE DE PENSER, LE SENS DE LA BEAUTE

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  LE SOMMEIL :-)

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ?  REGARDER LA MER, ME PERDRE DANS SON IMMENSITE

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?  MON TRAVAIL

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ?  LES FRESQUES DE FRA ANGELICO DANS LE COUVENT SAN MARCO A FLORENCE

 

Et votre première lecture ?  SIDDHARTA DE HERMAN HESSE

 

Comment pourriez-vous définir votre travail sur la saisie particulière du réel que vous pratiquez ?  L'OBJET NE RETROUVE PLUS SON SENS PREMIER ET LA REALITE EST DEMATERIALISEE

 


Labote 2.jpg

Quelles musiques écoutez-vous ?  LE SILENCE

 

Quel est le livre que vous aimez relire ?  EN CE MOMENT  : LA PRATIQUE DE L'ART DE ANTONI TAPIES

 

Quel film vous fait pleurer ?  "L'ENFANT" DES FRERES DARDENNE

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? UNE PERSONNE PRIVILEGIEE

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?  A CARL ANDRE

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  ATHENES

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  CARL ANDRE, DONALD JUDD, SOL LEWITT, FERNAND LEGER, ET L'ARTE POVERA, PIERO MANZONI

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  LES MOYENS DE REALISER TOUS MES PROJETS ARTISTIQUES

 

Que défendez-vous ? LES DROITS DE L'HOMME, LE RESPECT, LA JUSTICE, LA LIBERTE

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  DE L'INCOMPREHENSION, DE LA SOLITUDE

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" OUI A L'HUMOUR, A LA DERISION

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?  POURQUOI LE MONDE EST-IL FAIT DE TANT DE SOUFFRANCES ?

 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, septembre 2014.

 

 

 

31/08/2014

Poétique de Christian Bernard ou le "porteur de Christ en bandoulière"

 

 

 

 Bernard.pngChristian Bernard, « Nous sommes seuls », Walden n press – Trémas, 2014-08-31

 

Le directeur du Mamco est un des poètes les plus discrets qui soient.  Habile à « bâtir un théâtre dans sa paume » par des sonnets qui sont « autant de départs de feu » (comme le prouve «Petite Forme », éditions Sitaudis, 2012) le poète trouve là un moyen de d’écrire forcément court faute de temps. L’œuvre restera par ce fait inachevée, inachevable : ce qui n’enlève rien à sa force de capillarité.  Nourri des ellipses géniales d’un La Fontaine comme du lyrisme de Pound, Cummings mais aussi éclairé par la poésie latine comme de ceux qui rouvrent la langue d’aujourd’hui (Philippe Back par exemple) l’auteur se fait « colporteur de crécelles ». Il publie principalement ses textes dans un dispositif particulier : celui de « Walden  n press » dû au graphisme de Ho-Sook Hang. « Portant le Christ  en bandoulière » par son prénom le poète ne confond pas poésie et spiritualité. Il préfère la généalogie de son nom dont l’étymologie ramène à « dur comme l’ours ». C’est dans cette acception primitive que l’écriture et l’imaginaire de l’auteur prennent leur source. L’entretien (avec Sylvain Thévoz) le prouve. Chercheur de transparences Christian Bernard y restitue - sans flagorner le moins du monde – bien des traces de l’énigme du monde. Ce dernier rayonne soudain d’une lumière d'une grande savane que le poète fait vibrer avec humour et un certain sens du merveilleux.

 

(les citations sont tirées du livre du poète)

 

Jean Paul Gavard-Perret

 

 

 

29/08/2014

Aux grands mots les grands remèdes - Brigitte Crittin

 

 

 

Crittin.jpgBrigitte Crittin  déplace les mots de leur fresque commune pour un faire des vocables matières selon divers courants. Le support disparait comme des trous dans une haie et pour franchir son seuil. Le langage quitte ses muselières ; il se chuchote nez en l’air dans des  frémissements de franges là où l’art devient (en papier découpé, plastique, pellicule radiographique) le corps fuyant de leur mystère. Retirés de leur coque soit ils surgissent tel un feu sous la cendre soit ils clignotent entrainant leur sens dans une sarabande arrachée à leur « manteau troué » (Annick de Souzenelle). Veilleuse de nuit du monde la native de Sion devenue Genevoise rend compte par ce biais et bien d’autres des malaises de l’époque et des affres des êtres.

 

 

 

Crittin 2.jpgElle joue de diverses découpes pour donner de l’être une vision hybride, poétique et caustique. Il semble prêt à prendre le large en devenant une sorte de monstre drôle et un rien érotique. En ces contes aux cheminées coiffées de fées les femmes ont parfois des échancrures corsaires. Bas plus ou moins déchirées les nymphes d’un nouveau genre offre des lunes de miel mi-figue, mi-raisin. Elles sont celles qui, flambant 9, vitupèrent lubriques tant elles ont de ressorts  telles que l’artiste les créent. A la belle étoile qui se lève, de deux choses lunes : soit elles ont la tête dure de pianistes à clavier mécanique, soit elles sont de des négresses blanches dont les doigts deviennent perchoirs pour drôle d'oiseaux. Dans tous les cas leur cœur semble pieds nus jusqu'au cou. Ce sont des idoles qui ne se font pas prier. Sinon à genoux et mains déliées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret