gruyeresuisse

25/08/2019

Jean-Michel Esperet : l'enfer c'est les geeks

Esperet.pngJean-Michel Esperet, "Diabolus in futuro - Elégie", Edilivre, Saint Denis, 128 p., 12,50 E., 2019.

C'est au futur comme au furtif "mastodonte" que Jean-Michel Esperet nous guide. Et ce de l'imagerie médiévale de la "queue du diable" jusqu'à celle de celui qui en tire sinon la nôtre du moins notre esprit. A mesure de  croire rejoindre Dieu nous n'attirons que le Diable. Et qu'importe les croyances. Il est plus fort qu'elles puisque tout geek en devient l'otage et vit au dépend de celui qui le traque.

Esperet 2.pngLes nouveaux êtres connectés ou numérisés sont devenus des victimes volontaires et ignorantes. Leur "avènement vaguement prométhéen" n'est qu'une farce. Face à nos écrans nous déjeunons en l'honneur d'un nouveau déluge. Les mises à jour de nos machines ne sont que des mises en demeure non seulement du peu que nous sommes mais de qui nous devenons.

Esperet 3.pngLe Genevois pour autant ne dramatise pas. Il souligne le dépit dont nous n'avons même pas conscience en ce monde finissant sous ses leurres d'ouverture. Sous couvert de prétendues sécurisations nous sommes assiégés de partout. Nous nous prenons pour des papes de l'information assis sur les saints sièges pour pianoter devant nos machines célibataires. Elles ne le seront jamais autant que nous.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/08/2019

Le "free art" de Ramaya Tegegne

Tegegne.jpgRamaya Tegegne, "Sherman", Istituto Svizzero, Milan, du 13 septembre au 26 octoble 2019.

Les oeuvres de Ramaya Tegegne hantent le théâtre de l'art pour l'ouvrir à ses propres propositions. Sans vraiment vouloir "faire carrière" d'artiste, la créatrice, par son travail,  met à disposition du public des matériaux oubliés, délaissés. Elle renonce aux gestes du graphiste en tant que producteur de sens pour transmettre images et mots par d'autres formats de médiation pour offrir ce que Laurence Schmidin nomme "un art de la conversation".

Tegegne 2.jpgPour sa première exposition individuelle en Italie, l’artiste genevoise présente des installations, vidéos et performances afin d'approfondir la narration de l’histoire de l’art telle qu’elle s’est établie. Elle la remodèle par la citation et la révision des biographies d'artiste, leurs histoires et leurs anecdotes.

umstatter 2.jpgComme avec son livre d'artiste ‹Bzzz Bzzz Bzzz› où elle réunissait des images et des extraits de textes permettant de livrer une réflexion sur la notion de commérage et de cancan, elle montre ici comment l'art peut faire le "buzz" loin des chemins battus et sans recherche forcée d'exactitude. L'artiste ne prétend en rien à s'annexer le travail des autres ni même le détourner. Elle se contente d'amasser des anecdotes pour nourrir un "free art" très personnel plus amical que destructeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/08/2019

Illusion et vérité de l'art : Philippe Zumstein

Zumstein.jpgPhilippe Zumstein, "Light Shift", Galerie Laleh June, Bâle, 2019

Après ses diplômes en histoire de l'art à l'Université de Genève et de l'Ecole d'art de la ville, Philippe Zumstein est devenu un artiste international. Il a exposé entre autres au Kunsthalle Palazzo de Liestal, au Centre d'art de Neuchâtel, au Musée Arlaud de Lausanne et à la galerie Laleh June de Bâle.

Zumstein 2.jpgPar ses peintures et sculpture l'artiste interrogeant constamment leurs limites dans l'esprit d'Antonin Artaud lorsqu'il écrit " Ce qui est du domaine de l'image est irréductible par la raison et doit demeurer dans  l'image sous peine de s'annihiler". Toutefois il existe une raison aux images de Zumstein. Elles produisent des effets qui testent le regard et provoquent le désir par recouvrement, déformation, réflexion, superpositions. Le spectateur est convoqué à des expériences sensibles et sensorielles où la forme est en constante mutation et le représentable est en question.

Zumstein 3..jpgL'artiste prolonge ainsi les recherches esthétiques du XXe siècle. Il les synthétise, modifie, défigure au besoin pour les pousser plus loin. L’abstraction est particulièrement remixée et refaçonnée à partir de techniques ou matières expérimentales (verre, aluminium, plastique, toile et laque pour carrosserie, etc).  Paradoxalement, et même si elle est entretenue, l'illusion n'existe pas dans des insertions multiformes et brillantes là où la raison traverse autant qu'elle est traversée. Et c'est bien là la puissance de l'oeuvre.

Jean-Paul Gavard-Perret