gruyeresuisse

08/03/2020

Marina Faust : volontaires accidents de méthode

Faust 1.jpg«Marina Faust, "In Rare Cases, Local Hero with Pompadour», Galerie Xippas, Genève, jusqu’au 7 mars

Souvent sur un même fond où le vert domine, Marina Faust pose des éléments de papier préalablement abîmés et ce, pour sa programmatique : «Je déchire, je détruis et je reconstruis». Mais chez Xippas l'artiste ne propose pas des recollages mais des "mises en boîte"  de travaux repris et sortis ensuite sur imprimante.

Faust 3.jpgCelle qui commença par la photographie de reportage chez Magnum et dont les tirages furent exposés dans la prestigieuse galeie d'Agtathe Gaillard est partie ensuite dans la mode et a collaboré chez Martin Margiela. Le couturier était sensible aux déconstructions de l'artiste. Mais à nouveau elle changea bientôt de cap en abordant la vidéo, l'objet et un retour à la photos selon une règle particulière : «Les accidents règlent la méthode.»

Faust 2.pngAvec «In Rare Cases, Local Hero with Pompadour»  ( coiffure masculine gominée à la mode des pionniers du rock), elle travaille le portrait. Les figurations des visages sont incertaines voire volontairement douteuses. Presque à la Bacon, elles ne peuvent qu'intriguer sous leur apparemment délire. Celui d'une  oeuvre toujours en marche et en avance sur son temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/03/2020

Dana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan : poches de résistance

Polla.jpgDana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan, "Grace and Power - La Puissance et la Grâce", Galerie Analix Forever, Rue du Gothard 10, Chêne-Bourg, du 13 mars au 8 mai 2020.

Barbara Polla expose trois photographes : Dana Hoey (USA), Guillaume de Sardes (France) et Mimiko Türkkan (Turquie) pour lesquel la puissance et la grâce des femmes passent par des chemins aussi naturels que possiblement alternatifs. Résumons d'emblée : le mythe du féminin est présenté de manière inédite.

Polla 3.jpg

 

 

Les "Elles" aux "je ne sais quoi" font preuvent de zèles de désir où se croisent l'éternel humain trop humain à l'"Unaccany energy" chère à Barbara Polla. Le déploiement du nu passe par des espaces imprévus du féminin et selon des formules actives voire activistes.

 

 

Polla 2.jpgDe telles oeuvres ne sont pas une leçon de choses mais plutôt un essai de choses intimes qui jouisent de la dé-mesure de l’approche des trois artistes. L’étreinte avec le corps devient de l’ordre d’une caresse, mais d'une caresse à distance. L’âme survient à l’instant où la chair possède la sensation de son existence ou plutôt de l’abime d'un corps aux prises à des formes de jubilation particulière propre plus à la nécessité qu'au hasard.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/03/2020

Johan Tahon : minerves blanches et bayadères

JTalon.jpgohan Tahon, "Refuge / Silence", Musée Ariana - Genève, du 27 septembre 2019 au 5 avril 2020.

 

Talon bon.pngLes oeuvres de Johan Tahon ne cherchent pas une beauté "muséale". L'artiste veut exprimer par ses céramiques et autres matières à exprimer la complexité de la condition humaine. Et si tout meurt d’être pensé, toute pensée chez le créateur se transforme en interrogation où tout est structuré mais aussi déstructuré. La forme vit d'être cherchée et n'avance pas par idée mais par ignorance.

Talon bon 3.pngLe monde redevient immédiat parce qu’il est indifférent. Et le rôle de l'artiste est de ralentir son passage pour en retirer sous des gangues le secret. Existe dans cette approche une forme de brutalisme là où le "fini" n'est pas ajusté : Johan Talon laisse des trous et des aspérités dans les surfaces. Les recouvrements de l'émail jouent autant d'un certain raffinement mais aussi d'un état brut.

Talon bon 2.pngL’exposition du Musée Ariana suggère une sorte de mystique universelle où jaillissent "moines et albarelli, anges et démons, mais également nos frères et sœurs de terre." L'artiste reprend des vieilles techniques (majolique italienne,faïence hispano-mauresque) pour jouer de l'ancien et du nouveau. Tout est puissant et expressif, profond et original dans ce jeu avec les oeuvres, techniques de la tradition que l'artiste reprend et revisite.

Jean-Paul Gavard-Perret