gruyeresuisse

24/08/2020

Nina Malo : dilatation des profondeurs

Brand.jpgNina Malo commence ses études d'art et de joaillerie en 1992 à Cape Town (Afrique du Sud) puis les achèvent à la HEAD , section Bijoux-objet. Installée à Carouge dans son atelier, elle poursuit sa quête de beauté et d’harmonie par la création d'oeuvres absolument impeccables. Et ce qu'elle qu'en soit la matière. L'artiste saisit la vue par la sélection d'un certain mode d’éléments particuliers plus ou moins abstraits. A la place de la "voix" de la nature une autre vient habiter l'espace.

Brand 3.jpgDans cette exposition la sculpture en céramique constitue une sorte de mise en rêve des formes volontairement minimales et le rébus qui les habite. Lignes tendues, espaces comblés accordent ardeur, rondeur et plénitude par l'imaginaire et le travail de l'artiste. De telles formes ouvertes ou fermées n'ont pas besoin de bouquets pour les cueillir. Elles se suffisent à elle-même et font que l'impossible verbe trouve à défaut de parole une vision.

Brand 2.jpgPar un monde constitué de formes natives l’artiste crée un "grand verre" ou un grand large parfaitement cerné afin de redécouvrir l'être caché dans son feuillage singulier proche parfois de l’abstraction. Du moins en apparence. Par de telles oeuvres de félines pensées trouvent un passage, une présence tout en préservant leur mystère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Nina Malo, "Sculpture céramique", Galerie Marianne Brand, Carouge-Genève, du 29 août au 19 septembre 2020.

Frédéric Pajak : révision générale

Pajak 3.jpgFrédéric Pajak, "Dessins", Galerie Ligne Treize, Carouge, du 29 aout au 19 septembre 2020.

Le franco-suisse Frédéric Pajak a publié une vingtaine d’ouvrages, souvent écrits et dessinés. Citons "Le Chagrin d’amour, Humour - une biographie de James Joyce", "Nietzsche et son père", "Mélancolie", "J’entends des voix, "L’Immense Solitude" "Autoportrait". Il est aussi éditeur des "Cahiers dessinés". Son oeuvre majeure car elle traverse le temps reste son "Manifeste Incertain", dont l'auteur présente à Carouge le 9ème et dernier (publié une nouvelle fois chez Noir sur Blanc) : "L'horizon des évènements - souvenirs". Il y vide  les armoires du passé afin de le réinterpréter dans son jeu de reprise.

Pajak 2.pngDans ce corpus général l'auteur dessinateur aura bien brassé l'histoire du monde, ces moments de lumière comme d'horreur à travers Walter Benjamin "rêveur abîmé dans le paysage", André Breton "Avec Nadja,", Walter Benjamin sous le ciel de Paris" puis à l'heure de sa mort, Ezra Pound "mis en cage", "La liberté obligatoire." de Gobineau "l’irrécupérable", une biographie de van Gogh et ses blessures comme celle d'Emily Dickinson,et Marina Tsvetaieva; une Cartographie du souvenir de Suisse et Chine, et des évocations de Pessoa,Paul Léautaud, Ernest Renan sans oublier celle de sa propre vie et du l'histoire du monde. Existe là des remontrances à ne pas négliger.

 

Pajak.png
Frédérik Pajak a donc inventé un genre particulier (proche de Pierre Le Tan mais de manière plus fractale) dans lequel l'écriture et le dessin sont au service d'une "critique littéraire" (mais bien plus) hors de ses gonds. Le lecteur/regardeur se doit de réinterpréter oeuvres et l'Histoire et même les photos d'archives par leur transformation graphique. Surgit à l’envers de la surface encaustiquée de la littérature et des clichés une écume corrosive par  celui qui reste bien plus qu'un gredin mal ficelé. Il  force de creuser le trou du sens il le tire hors de sa tanière. Et si la vie fait parfois un déluge l'auteur-artiste y met de l'émoi hors de toute tombe. "Sésame ouvre-moi" est son maître mot et soudain images et textes flûtent par le trou de la serrure.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2020

Sur les quais : Barbara Polla et Julien Serve presque au dessus de tout soupçon.

Serve 2.jpg"Pendant des années, j'ai rôdé autour des chantiers, espérant reconnaître le grutier parmi les hommes qui sortaient, le soir…" : telle est la dérive d'une femme bien sous tous rapports et qui devient - le temps d'un livre de presqu'aveux et de l'exposition qu'il induit - fille d'un port.

Polla.jpgElle n'a rien de border-line même si son inconséquent (?) compagnon d'exposition dit ce que les mots "imagent". Qu'on se rassure rien d'obscène pour autant même si flotte un certain parfum d'éros. Certes l'auteure n'aime les grutiers que pour leur fidélité supposée du même que pour leur "Solitude et hauteur combinées." Et le lecteur lui en donne acte.

Serve.jpgMais Serve pousse le bouchon un peu plus loin rappelant qu'une grue possède certe une belle verticalité mais tout autant une horizontalité souveraine. Dès lors les images d'alliance du galopin joue un rôle plus explicite en ce que le texte induit. Mais tout est astucieux ici comme si souffler n'était pas jouer. C'est ce qui fait le charme et la séduction de cet exercice (à quatre mains) d'ambiguité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla et Julien Serve, "Moi la grue", festival Les Eauditives, Toulon 27-30 aout 2020.