gruyeresuisse

21/08/2016

Les portraits totems de Miriam Cahn

 

CAHN BON.pngMiriam Cahn, “Paintings and Works on paper from 1977 to 2016”, Du 15 septembre au 17 décembre 2016, Blondeau & Cie, Genève.

 

 

 

 

 

 

 

 


Cahn.jpgMiriam Cahn a débuté par le dessin à la craie ou le dessin selon une approche performative sur de grandes feuilles posées à même le sol. Puis elle passe à la peinture à l’huile. Celle-ci est devenue son moyen d’expression privilégié et permet un retour à quelque chose de rupestre à travers le traitement du portrait. Il est saisi de manière primitive en un jeu envoûtant de répétitions et de variations selon une visée symbolique et vitale plus que psychologique. Il a valeur de totem aérien et tellurique.

CAHN BON 3.pngLa gravité est là mais s’y renverse par la force des couleurs. La notion de portrait devient un agent d’unité. Jaillissement, tension tout y est. Ce parti pris plastique et formel incarne à la fois le multiple et l’un en donnant libre cours aux influx qui animent chaque portrait. Celui-ci recrée les rythmes reliant le visible à l’invisible, le divisible à l’unité au sein d’une poésie plastique verticale. Le visage semble accepter le monde tout en s’en dégageant. Chaque portrait arrête le regard, le « répare ». Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence de la fable humaine par la pulsation directe des formes et des couleurs là où la fixité brusquement se renverse, déborde.


Jean-Paul Gavard-Perret

17/08/2016

David Lespiau : l’élan de la poésie

 

Lespiau.jpgDavid Lespiau, Récupération du sommeil, Héros Limite éditions, Genève, 2016.

David Lespiau crée une poésie qui transcende tout témoignage ou jugement. Son pacte toujours inachevé détruit la fausse libération et de la lumière que la poésie spiritualiste entretient. La clarté est faite de contraintes, de reprises, de « durations » séparées par des espaces pour modifier leur trajectoire et créer des insomnies. La poésie versifiée introduit une sorte de prosaïsme fait de notules, de micro-récits, d’éléments de culture vernaculaire dans un « montrage » et des remodelages. S’instruisent de nouveaux réseaux et jonctions à l’intérieur du sommeil de la conscience qu’il s’agit de pénétrer pour cibler son contenu en dehors de l’apparence d’une prétendue vérité.

Lespiau 2.pngDe la saturation mentale, de la démesure de sa monotonie que produisent le rêve et la fatigue jaillit une suite d’informations bigarrées. L’écriture les met en mouvement selon divers volumes afin d’introduire la lumière en l’obscur. Chaque élément du livre se veut actif par jeux de torsions : elles ajustent des solutions nouvelles pour faire basculer le texte hors des sentiers battus et lui donner plus de densité, d’ambiguïté, mais surtout de simplicité et de dénuement selon une trajectoire faussement "distractive". Chaque blessure reçue par l'inconscient se transforme en bombe. Un certain sourire maîtrisé de la poésie s’enrichit de transformations tacites à l’intérieur du corpus qui n'est plus réduit à un compost mentalisé par la prétention purement formaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/08/2016

Isabelle Sbrissa la Mécrivante

 

Sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa, « Produits dérivés, Reverdies combinatoires », 2016, Le Miel de l’Ours, Genève

 

La mécrivante Isabelle Sbrissa s’en donne à corps joie. Preuve que la poésie est une « trahition » qu’ont appelée de leurs vœux Prigent et Federman. Comtesse aux pieds nus, la poétesse ouvre des hangars lunaires. Aucun trou de mémoire ne peut effacer le sillage des sentiments ou des coups de pieds qu’elle porte à la langue. Son stylo est sa pelle, elle soulève, désencombre, libère afin d’offrir par la bande une dénégation de diverses tragédies.

Sbrissa2.jpgLa poésie prend à la gorge ou fait rire à gorge déployée selon divers points d’incandescent en un voyage mental dans l’obscur à la quête moins de la lumière que de l’heure blanche où l’on cherche du regard une ligne à laquelle se tenir et où les mots s’enroulent autour d’une poulie qui couine. Preuve que la poésie en ne prétendant à rien prétend à tout. Que faire alors sinon de suivre la corde du puits de sciences interdites de la créatrice ?

Jean-Paul Gavard-Perret