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22/10/2021

Paul Viaccoz le spiritualiste

Viaccoz.jpgPaul Viaccoz, "Esprit es-tu là ?", Centre d'édition contemporaine, Genève, jusqu'au 12 novembre 2021.
 
Paul Viaccoz utilise divers moyens d'expression artistique : la peinture, le dessin, la gravure, la vidéo et la création d'objets de bois et de métal, textes. Parallèlement à son travail d'artiste, il a consacré une autre partie de son temps à l'enseignement des arts plastiques. Il vit et travaille dans le Canton du Jura. Ses premiers travaux comptent essentiellement des œuvres gravées et des dessins. Mais ses techniques artistiques se sont peu à peu diversifiées.
 
Viaccoz 3.jpgCette exposition comprend deux séries de dessins, l’une sur papier braille, l’autre incorpore plusieurs Paysages de guerre, ainsi qu’une installation de trois Masques de radiothérapie. Quant au titre "esprit êtes-vous là?" c'est une question qui exprime la peur, le scepticisme mais peut-être la légèreté d’une séance spiritualiste.  Dans un va-et-vient entre magie et limites de la science, entre illusion et réalité, entre surréalité et visages consternés par la violence et l’horreur du présent, ses peintures murales et assemblages d’objets oscillent entre observations, menaces et prédictions
 
Viaccoz 2.jpgSes dessins recouvrent une centaine de feuilles et empiètent même sur les murs de son atelier. Cette pratique murale est l’expression d’une extension très libre de ses lectures, pensées et méditations. Produire un grand nombre de peintures ou de dessins et peindre directement sur les murs rappelle aussi les artistes spiritualistes du début du XXe siècle ou des années 1970, enfermés dans de petits espaces et même dans leurs propres maisons. Dans ces lieux les dessins, les peintures et même leurs murs ont servi de support et leur ont offert une immersion mentale et hypnotique bien au-delà des formats conventionnels. Cest ce que Viaccoz  reprend à sa main pour sculpter une fièvre de jeunesse perpétuelle et d'outrance.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

13/10/2021

Natacha Lesueur : morsures pour chienne de vie

lesueur.jpgL’exposition "Comme un chien qui danse" dont le commissaire est le remarquable Christian Bernard ancien directeur du Mamco propose les figures énigmatiques de fées et de mariées, les portraits féminins familiers de Natacha Lesueur. Ils s’exposent aux regards tout en s’y dérobant en une généalogie féminine étrange et ambiguë. L’incongru et l’extravagant sont traités avec sérieux. La dimension ironique reste toujours présente. Elle est d'ailleurs soulignée par le titre de l'exposition emprunté au livre de Virginia Woolf "Une chambre à soi"
 
Lesueur 2.jpgLa Villa Médicis met ainsi à l’honneur - à travers 80 pièces historiques et inédites - le travail, sur près de 30 ans, de l’artiste et ancienne pensionnaire de ce lieu en  2002-2003. Le corps, son apparence, ses apparats créent une relation intime entre la chair et son intériorité. Les images sont construites comme des tableaux, là où le corps est soumis autant à la contrainte, la mise en scène et au masque.
 
Lesueur 3.jpgPremières pièces historiques (1993–1998), travaux consacrés à l’actrice brésilienne Carmen Miranda, figure légendaire du cinéma hollywoodien et la récente série des fées-mariées ("Les humeurs des fées", 2020-21), proposent des femmes souvent inquiétantes, toujours ambiguës à travers des marqueurs identitaires - coiffures empesées, chevelures accessoirisées, maquillage et postiches, vêtements, etc.  symboles  de la féminité. La créatrice y explore de manière critiques divers rôles normatifs attribués aux femmes : mariée, mère, princesse, actrice, danseuse, etc..
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Natacha Lesueur,  "Comme un chien qui danse", Villa Médicis, Rome, du 13 octobre 2021 au 9 janvier 2022. Catalogue de l'exposition : "éditions Walden n".
 
 

12/10/2021

Delphine Renault : halos pas forcéments sentimentaux

Ren 2.jpgDelphine Renault, "Le wanderer, le repère et l'horizon", Texte de Karine Tissot, édition trilingue, Les Presses du Réel, septembre 2021, 96 pages, 20.00 €. Joy de Rouvre, Genève.
 
L'historienne de l'art, Karine Tissot présente la première monographie de l'artiste franco-suisse Delphine Renault qui vit et travaille entre Paris et Genève. Dans toutes sortes de combinaisons formelles et conceptuelles elle cherche à questionner le paysage - agreste ou urbain -, son authenticité, sa fonction, son usage, son histoire ou sa construction.
 
Ren.jpgDelphine Renault emmène le visiteur dans une découverte propice à l'imaginaire et à la réflexion. L'exposition de ses interventions ne dure que quelques jours, semaines ou mois qui suffisent à l'artiste pour capter le potentiel d'un lieu et le lot de questions qu'il peut soulever sur différents plans ; artistique bien sûr mais aussi social, culturel, géographique, touristique.
 
Ren 3.jpgL’objet esthé­tique est arra­ché à sa fonc­tion pas­sive. Il devient embrayeur de plai­sir et de médi­ta­tion. Tout ici est neuf. L’appréhension du pay­sage, s’ouvre une véri­table fer­men­ta­tion de l’art et de sa pra­tique en une forme d’expérimentation dans un régime aussi conceptuel  “action­niste” et “situa­tion­niste”.  L'artiste ajoute un irre­pré­sen­table du pay­sage et du territoire par les intru­sions et ouver­tures qu’elle propose.
 
Jean-Paul Gavard-Perret