gruyeresuisse

14/09/2015

De sa fenêtre : Ariane Epars

 

 

Epars.jpgAriane Epars, « Carnet(s) du lac », Héros Limite Genève & Galerie Davel14 Cully.

 

 

Ariane Epars développe des projets en lien avec le temps et les lieux et ici l’histoire intime. Chaque jour, pendant une an à Cully où elle vit, l’artiste a décrit le paysage visible de sa fenêtre.  Peu à peu l’identité du lieu prend corps par la succession des images instantanées. Cette opération devient un moulage du temps et de l’espace. La forme a prise sur elle-même à travers le relevé indiciaire. L’œuvre s’incorpore au lieu autant par dissémination qu’unité. Le fil d’Ariane se tend et se détend par effet de modification. Le travail tient à la fois de l’œuvre in progress et de son « advenir ». Tout joue de la discrétion et d’une certaine neutralité où apparemment rien ne change (ou si peu). L’énergie se concentre sur ce peu qui saisit et prend à rebours les habituels effets pétards (mouillés) des images sidérantes.

 

 

Epars 2.jpgCette intervention insidieuse au sein de la banalité et l’évidence crée une poésie « frugale ». Elle ne cesse de retenir. Sans cesse le lecteur-regardeur revient sur les pages. Il est à l’affût afin de comprendre comment le perçu se déplace insidieusement dans ce qui tient d’une forme particulière de représentation et de narration. S’éprouve un mouvement au sein de la fixité.  L’approche est aussi rapide que lente et ne rappelle paradoxalement rien d’établi dans ce qui crée peu à peu un décrochement figural, un engloutissement, une plongée et une concentration par implosion..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/09/2015

Elfie Semotan vers un autre théâtre du monde

 

 

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Quoique sexagénaire, Elfie Semotan reste parmi l'avant-garde autrichienne. Epouse de Kurt Kocherscheidt puis de Martin Kippenberger, fashionnista à sa manière pour chacune de ses photos elle se demande : Qu'est-ce qui naît désormais ? Qu'est-ce qui devient ? Au cœur du travail de l'artiste trônent des portraits d'êtres et de lieux. S'y mêlent réalité, fiction et autobiographie. Chaque photographie confronte le spectateur à des sujets intimes et qui révèlent une sensibilité et une lucidité peu ordinaires. La photographe s'interroge sur les apparitions et les disparitions que produisent ses prises. Il s'agit non seulement d'apprivoiser un "sujet" mais l'image elle-même afin d’ouvrir des portes de faire tomber tabou ou interdit sans la moindre facilité provocatrice. La transgression est d'un autre ordre. L’objectif est d’atteindre une vérité du "sujet humain" et de savoir au sein même de la construction d'une photo ce que devient le regard.

 

 

 

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Elfie Semotan travaille afin que l’art réponde toujours à la phrase de Walter Benjamin "une image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve". Pour chaque nouvelle série elle tente d'éliminer des "restes", des flocons d'absence en réglant une certaine lumière afin de toucher un rythme. Le tout entre exils et déplacements. Ils ne cessent de motiver la pensée d'une artiste pour laquelle le "témoignage" de quelque chose du réel glisse pour le transformer en quelque chose de désirable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Elfie Semotan, galerie Mezzanin.

 

 

04/09/2015

Rachel Labastie : avec le temps

 

 

 

labastie.jpgA travers ses mises en espace de ses œuvres ambitieuses, profondes, habitées et dans leur radicalité, Rachal Labastie crée un appel du temps. Mais sans vision passéiste. Les objets exhumés sont moins des reliques que des « opérateurs » capables de pousser à la réflexion. Dans leur théâtre de majesté coulisse par fragments (ailes, roues de charrettes par exemple) de quoi toiser le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse, qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elle rameute tout en signalant  le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse.

labastie 2.jpgLes travaux de Rachel Labastie ont donc beau être des fantômes : dans leur fixité ils secouent le regard. L’artiste ne cultive pas le charme mais des visions  dont il faut subir l’impact.  Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever dans son interrogation sur la notion de temps. Les vestiges du passé suggèrent une critique de notre époque malade de ses doutes et de ses peurs. De telles œuvres  ne servent pas à « faire joli ». Elles tapissent l’espace de leur présence, de leur empreinte afin de créer l’arête du seuil entre passé et présent et contre l’oubli.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste est représentée en France par la Galerie Odile Ouizeman (Paris) et en Suisse par la Galerie Analix Forever (Genève).