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15/05/2017

Yves Berger : été ou hiver qu’importe

Berger.jpgYves Berger, "Une saison dehors", Héros-Limite éditions, Genève, 80 p., 22,40 CHT, 2017.

Né en 1976 en Haute-Savoie, Yves Berger (fils de John) vit et travaille dans le hameau du Faucigny où il a grandi. Il y pratique la peinture, l'écriture et le travail agricole. Diplômé de l’école des Beaux-Arts de Genève, il a exposé en Suisse, France, Allemagne et Irlande. Certains de ses dessins et textes ont paru aux USA et au Canada et il a publié deux recueils "Destinez-moi la Palestine" (Dar al-feel, Jérusalem) et "Mes deux béquilles" (Éditions Art & Fiction, Lausanne)

Berger 3.jpg"Une saison dehors" est une suite prosaïque à celui-ci. Yves Berger évoque ses travaux de la terre et sur le papier. Se dégage une réflexion à propos de l'art et de la nature. Jaillissent la sérénité de l'une, le dureté et la violence de l'autre surtout lorsqu'elle se pratique dans une montagne qui n'est pas seulement un "paysage". Berger 2.pngL'auteur crée néanmoins un hymen entre ces deux travaux. Ils forment les piliers d'une sagesse que l'auteur fait partager. Yves Berger déconstruit les grandes illusions mais donne sens aux actes humains. Du temps orageux d’été aux étendues neigeuses d’hiver qui dilue les reliefs, lumières et ombres créent le pendant extérieur de la vie intime du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Eliane Gervasoni et Imperfetto Lab : surfaces apaisantes, surfaces irritantes

Gervasoni.jpgEliane Gervasoni et Imperfetto Lab, « Come potrei cacciare, se prima non designassi », Galerie ID50, Genève, du 18 mai au 17 juin 2017.

 

En résonance avec l’œuvre de l’italien Imperfetto Lab, Eliane Gervasoni présente une suite de dessins à l’encre blanche sur papier noir aux glacis impeccables. La fixité - selon l’expression consacrée - « déplace les lignes » en lieu et place du mouvement. Chaque œuvre est constituée d’une unité transitive : celle des changements de saturation dans la modulation du noir et de blanc.

 

Gervasoni 2.jpg

 

Tout semble en suspens. L’espace est soumis à des tensions au sein de flux ordonnés. Le dessin implique un rythme et crée l’expérience d’une forme de spatialité particulière. Noir et/ou blanc qu’importe. Si bien qu’à « l’imperfection » de la matière chez l’Italien répond la précision des dessins de la Lausannoise. Elle renvoie le réel au cosmos par effet d'abstraction.

 

 

 

 

Gervasoni 3.jpgLes deux œuvres "en repons" créent une histoire abrasive, une narration d'espaces et une éclaircie de la réalité. Chez Eliane Gervasoni s’inscrit l’esquisse d’une tonalité majeure. Se crée l’ouverture d’une communication insolente où le monde se traverse et se transforme dans une « co-agitation » avec l’œuvre d’ImperfettoLab.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/05/2017

Les réincarnations d’Iseult Labote


Iseut Labote 2.jpgIseult Labote, « EXODES – photographies », du 18 mai au 17 juin 2017, galerie Andata Ritorno,Genève

Dans sa série Exo Mattresses (2014-2015) Iseult Labote (Vanna Karamouanas) photographie des matelas. Ils deviennent les témoignages d’un exil et de sa dérive. Proche de la recherche d’Ed Ruscha sur le même matériau, la créatrice, à l’inverse de lui, ne voit pas en cet objet une consonance propre à la rêverie. Le matelas renvoie à une vie matérielle précaire, fragile. Il devient le lieu et le symbole d’un abandon et d’une mutation. Une identité s’y palpe. Celle d’un être absent mais qui peuple ce lieu désaffecté. Chaque matelas reste une présence intime en hommage non seulement à sa famille qui a fui l’Asie Mineure en 1922 après la Catastrophe de Smyrne mais aussi à tous les migrants.

Iseut Labolte.jpgL´abandon ne permet de demeurer que dans la douleur littérale. Peu à peu la recherche de la photographe s´établit entre ce qui fut et ce qui devient à travers ces images un abandon " contrôlé" pour ainsi dire. L’artiste laisse sortir doucement, de façon de plus en plus intense tout un torrent d´énergie qui brûle à l´intérieur d’elle. Elle travaille la douleur et l`amour, soudés comme des frères jumeaux. Cela donne une oeuvre de plus en plus condensée, énigmatique, là où les êtres se perdent au moment de les accoucher. C´est beau parce que l’artiste vit son œuvre comme une possibilité, la seule pour elle de transformation et d´alchimie . De la mort et la plaie surgissent ces matelas s´érigent comme des corps réincarnés. Cela place Iseult Labote sur une ligne tendue entre un déjà disparu et une attente incertaine.

Jean-Paul Gavard-Perret