gruyeresuisse

02/12/2020

Klavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci : états des lieux, caprice des temps

Go Sluba, bon 1.pngKlavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci, "Go inside", Galerie Analix Forever , Genève, du 4 au 23 décembre 2020.

 

Go Sluban 2.pngKlavdij Sluban avec "Entre parenthèses Lits Spasmes" , Tereza Kozinc et "The Swamp", Gianluigi Maria Masucci par "Cerca Dentro", créent d'étranges "lux ex tenebris" où la figuration humaine émerge de manière imprévue selon divers types d'enveloppes, décalages ou percées. Tout ici commence, suit son cours ou se dissipe.

Go Kozing 2.pngDes failles s'ouvrent loin des représentations classiques. Chaque artiste propose sa"science" nouvelle du regard là où des gouffres s'élargissent ou s'obèrent sur la vie (Sluban) et la mort (Masucci). Existe une réflexion par l'image face à "l'étant" là où les trois artistes se hasardent dans une sorte de nuit. Ils deviennent plus hardis que les philosophes et les poètes.

Go Masucci 3.pngExistent des tremblements du corps selon divers champs entre plaisir et désarroi. Le tout à l'épreuve du doute. Il y a là des forêts, des alcoves ou chambres. La réalité se décompose et se resynthétise instituant un sens - c'est à dire de l'être - de manière plus ou moins obscure. De la naissance à l'article de la mort, entre corps, vivant sa force ou affaibli, se créent des mouvements contre les ténèbres.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/12/2020

Marion Tampon-Lajarriette : un regard d'astronome dans l'ici-même

Tampon.jpgDans ses photographies, Marion Tampon-Lajarriette préfère les éléments qui cherchent - comme disait Duras - « quoi faire de la solitude ». Evitant tout effets faciles et par fragments de narration ou par panoramiques paysagers la Genevoise d'adoption enjambe le réel comme Don Quichotte enjambait les moulins à vent.

Tampon 2.jpgElle aime ce qui échappe. Elle s'en veut captive et captivée. C’est pourquoi elle touche non avec des images émouvantes mais avec des rapports d’images simples. Sortant de la fétichisation elle passe d’images vivantes à des images mortes. Mais l'inverse est vrai aussi. Le tout en une sorte de symphonie visuelle.

Tampon 3.jpgChaque fragment raconte une ou sa propre histoire. Dans diverses éclosions bleutées qui deviennent parfois la couleur d'une vie paradoxale. Existe par exemple une main luciole  sous espace indigo. La lumière est absorbée mais donne naissance à de nouvelles présences stellaires ou mystérieuses. L'ultra bleu prend valeur d'infrarouge en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Tampon-Lajarriette, "Echos", Edizioni Casagrande, 331 pages, textes Cristóbal Barria, Mark Lewis, Beau Rhee, Lucille Ulrich, Valeria Venditti, 2020.

26/11/2020

Rémi Mogenet entre l'épique et le lyrisme intime

Mogenet.jpgRémi Mogenet est clair quant à son ambition poétique : "porter par les rythmes traditionnels les images puisées au fond de soi, afin qu'elles s'objectivent et deviennent mythologie." Il le prouve dans son imposant volume et son mixage d'épisodes épiques et d'autres au lyrisme plus intime. Mais se retrouvent aussi des contes à la manière médiévale, des sonnets, des poèmes inspirés par l'Oulipo, d'autres par le Surréalisme, des ballades à la mode de Villon et Charles d'Orléans, des poèmes en vers libres plus évanescents et plus modernes et enfin des chants de la nature.

Mogenet 2.pngL'auteur précise que beaucoup de ces textes et leurs franchissement de montagnes ont été écrits lors des réunions de l'association genevoise des Poètes de la Cité, qu'il a longtemps présidée. Ces rencontres fixent des thèmes ou des formes : l'auteur y a répondu à sa manière tout en respectant les règles imposées. S'y retrouve l'influence de ses poètes préférés qui fondèrent son style et -ajoute-t-il "peut-être mes idées" : Lovecraft ou Clark Ashton Smith.

Reste que l'ensemble demeure moins disparate qu'on pourrait le penser : la sensibilité profonde de Mogenet est omni-présente dans une poésie constellée de symboles et d'images qui ne peuvent se ramener à des concepts abstraits ni simplement et à l'inverse à des jalons de la vie terrestre. La manifestation de l'imaginaire d'une vie spirituelle reste ici en amont du monde physique, et leur éclat en vient là où,  pour finir, "le mot sacré demeure interdit".

Jean-Paul Gavard-Perrer

Rémi Mogenet, "Chants et Conjurations", préface de Jean-Noël Cuénod, Editions L'Oeil du Sphinx, 2020, 167 p., 10 E..