gruyeresuisse

23/09/2020

Martial Leiter : dérives du paysage

Leiter.pngMartial Leiter, "Travelling / Dessins", Galerie LIGNEtreize, Genève-Carouge, 26 septembreau 16 octobre 2020.

Martial Leiter a débuté son oeuvre comme dessinateur de presse dans divers journaux suisses ("Le Temps", "Die Neue Zürcher Zeitung" , etc.) puis à l'étranger ("Die Zeit", "Le Monde" entre autres). Mais il se consacre également à un art plus personnel par le dessin puis la peinture. La galerie LIGNEtreize propose une suite de dessins à l'encre et fusain. Le paysage s'y dérobe. Il transite par ce que l'artiste décale.

Leiter 2.pngDe tels dessins comme le léopard ne se déplacent pas sans leurs taches. Ce sont aussi des points de capiton de nouveaux paysages ou d'histoires. Leur noir est la lumière brodée à l’encre. Le dessin semble une écriture qui méprise en partie la forme afin de la laisser dériver pour perdre pied. Une telle oeuvre ne raconte pas : elle propose un glissement d’après nature et dont Martial Leiter "imagine" l’âme dans de "faux" traits pour retirer "du" paysage afin qu'il soit plus prégnant.

Leiter 3.pngCe qui - a priori - n’a pas d’affect en possède soudain beaucoup même si le paysage tente de résister et se cambre. Le dessin est à la recherche de son lieu. Là où il n'est jamais allé. Où la neige est encore vierge mais noire. Il y a un autre coté du regard qui l'efface et le remplit. Existe donc l'autre coté de ce qui est vu. L’œil arrive à toucher des modulations entre le plein et le vide. La couleur se retire pour créer un nouvel espace épuré et diffracté.  Par ce "négatif" le dessin se laisse envahir d'un manque. Il devient son vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/09/2020

Fabien Mérelle et Antoine Roegiers : dialogues

Roegiers.pngFabien Mérelle et Antoine Roegiers , "A l’ombre des nuages - Nos abris dérisoires", Wilde, Genève, du 31 octobre 2020 au 2 janvier 2021


Il existe dans cet exposition un retour au pré-romantisme et à Rousseau. L'époque s'y prête. Certes énormément d’autres artistes et auteurs inspirent les deux créateurs. Mais Mérelle de préciser que "celui qui a droit de regard sur mon travail c’est, depuis 15 ans maintenant, Antoine Roegiers. J’ai la chance depuis les Beaux-Arts de Paris de continuer ce cheminement mental qui nous amène en novembre à exposer pour la première fois ensemble à Genève".

Rogiers.pngFabien Mérelle est fasciné par les arbres quels qu'ils soient : "dénudés ou touffus, longilignes ou biscornus". L'auteur sait les regarder et n'est jamais lassé de leur spectacle. Celui-ci complète d'autres passions de l'artiste : " les cheveux qui flottent, les mains tendues, une robe de ma femme, la nuque de mes enfants et les poils de barbe". Et si beaucoup de lieux sont la matrice de son travail, l'artiste est particulièrement amoureux des bords de Loire surtout lorsque le fleuve semble s'absenter de lui même pour laisser "découvrir ses entrailles. Des pierres blanches et rondes, des bâtons comme des os creux, des morceaux de verre pâles et polis." Plus généralement il est amoureux des abris là où les paysages ombragers semblent intacts depuis des ssiècles dans un agencement parfait. D'où ces montages subtils qui mêlent toutes les époques et où l'oeuvre de De Vinci garde une place de choix. Mais il n'est pas le seul : Durer "pour sa précision", Brueghel "pour sa folie", Rembrandt "pour son humanité" mais aussi Velasquez , Goya, Van Gogh, les surréalistes, Giacometti, Topor, les hyperréalistes.

Merelle2.jpgAntoine Roegiers est sur la même ligne (à  laquelle il faut ajouter bien sur pour lui Jérôme Bosch et Bruegel) dans ses film d’animation, installations, vidéos, dessins et surtout peintures. Le travail de l'un inspire l'autre entre émotion et sensation. Et l’histoire de l’art reste autant une source d’inspiration - certaines œuvres anciennes sont en effet d’une grande modernité : "Elles sont des fenêtres vers des esprits d’un autre temps. Et d’un point de vue pictural, je me régale" écrit celui qui en regardant derrière lui reste un contemporain conscient autant de ce qui fut que de ce qui est. Avec ces deux créateurs bien des narrations se superposent. S'y découvrent liaisons et rapports  dans un ensemble cohérent et intelligent là où tout bouge par le jeu des images et le dialogue des deux créateurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/09/2020

Adel Abdessemed : ce que résister implique

Adel 2.pngAdel Abdessemed,  "Description d'un combat, Wilde, Genève, du 3 septembre au 23 octoble 2020.

Adel Abdessemed est un artiste de combat d'où son admiration (tardive et réflexive) pour Picasso qui pour lui "peignait comme un guerrier". Existe dans ses oeuvres les souvenirs d'une jeunesse rebelle en Algérie au moment des années de sang de la période 90.

Adel.pngPar son talent et sa sensibilité et le renouvellement de ses travaux via divers médiums l'artiste illustre la violence de l'époque. Mais il casse et fragmente le bombardement images des médias et d'internet.

L'artiste affronte le monde car selon lui "il y a peut-être des portes de sortie : celles de la création et de l’art. Il faut créer des œuvres de résistance : pour moi l’artiste est comme un combattant." Il prouve que seule la culture peut répondre à la bêtise ambiante que charrient les idéologies et les maîtres.

Adel 3.pngLa culture est pour lui un moyen de créer "des émotions significatives, lumineuses comme le soleil, et aussi des émotions obscures mais qui s’imposent.". Et dans ce but les images et leurs montages d'Adel Abdessemed disent ce que les mots ne peuvent énoncer et ce que les images officielles cachent.

Jean-Paul Gavard-Perret