gruyeresuisse

02/11/2021

Pascale Favre : Blow-up

Favre 4.jpgPascale Favre, Exposition,  Galerie LIGNE treize Carouge-Genève, du 6 novembre au 4 décembre 2021.

Pour saisir le paysage Pascale Favre prend inconsciemment un chemin à le "Blow-Up" mais en un autre type d'agrandissement. Comme le héros du film d'Antonioni et pour ses prises, l'artiste choisit une destination, s'échappe de la ville, s'équipe (lui d'un appareil photo, elle d'un sac à dos).

Favre 5.jpgA son image aussi elle roule sans perdre patience (mais non en Rolls-Royce décapotable), quitte les lieux fréquentés.· Arrivée à destination, elle commence son cheminement. Peu à peu elle pense autrement. L'Anglais entend des voix de fêtards ou les murmures d'un couple, la Suissesse le bruit des oiseaux. Tous les deux sont en quête d’une rencontre inattendue qui déplace leur attention. Ils prennent des photos, s'immobilisent, voient avec leur corps, à la recherche des lignes et des points de vue pour rendre compte d’une expérience, "interviewer" le monde, trouver de nouveaux rapports à l’espace.

Favre 3.jpgMais si l'un fait de ses photos une fin, chez Pascale Favre, et avec ces prises,  le travail commence. ·Le "Blow-up" n'est plus de la photographie : le dessin prend sa place pour percer le mystère du paysage. Il crée l’outrement voir. Il se dresse contre le paysage non en le dénonçant mais - paradoxe suprême - en montrant ce qu’elle cache à la myopie de celles et ceux qui la regardent. Et si celui-là en plus beau fils du monde ne peut donner que ce qu’il a, le graphisme de l'encre de Chine et la couleur de l'aquarelle de Pascale Favre l'ouvre à une dimension neuve et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2021

Marion Tampon-Lajariette sur les dépôts des traces telluriques

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajariette, "Tacande", Galerie Claude Bernard, Genève, du 6 novembre au 17 décembre 2021.
 
Le volcan Cumbre Vieja  est entré en éruption sur l'île de La Palma (Canaries, Espagne) en détruisant et ravageant plus toute une région. Il s'est réveillé brutalement, le cône s'est effondré et les rivières de lave ont débordé jusqu'à la mer sous un ciel longtemps tagué et retagué d'épaisses fumées.
 
Marion Tampon-Lajariette n'y étais mais allée mais elle était   au Lanzarote bien avant l'éruption qui a commencée depuis un mois sur l'île plus lointaine de la Palma. Elle restitue de fait  un "spectacle" apocalyptique et étrange qui rappelle ce qui arriva un peu plus tard. Sonne-t-il un rappel implicite à ce qui attend le monde ?  C'est ce que peut rappeler de telles propositions. Elles retiennent par ce qu'elles restituent du souffle tellurique. Celui-ci dépayse et invente une nouvelle terre où il sera difficile d'aborder pendant longtemps et qui recouvre la fertilité de l'ancienne. D'où l'aspect allégorique et dystopique de cette série à l'aspect lunaire.
 
Tampon 2.jpgLes flots de laves lâchés dans la nature pour l'envahir rappellent la démence et l'éternel retour de certains flots dont les vagues demeurent bientôt immobiles. Marion Tampon-Lajariette suggère un territoire redevenu vierge mais en rien réconfortant. C'est aussi le rappel d'une lie dont les habitants sont devenus les otages et les victimes. L'artiste en offre la surface et les accidents couleur de fin de monde.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

31/10/2021

Les synthèses actives de Claire Guanella

Guanella.jpgClaire Guanella,  "Matières instables" , Galerie Marianne Brand, Carouge, du 6 au 27 novembre 2021.
 
 
Magicienne du silence des tréfonds de la psyché, Claire Guanella ne cesse de progresser en ses traversées. Elle propose des distorsions et tout un jeu de dédoublement du réel dans les pans d'une peinture abstraite d'un genre particulier. L 'originalité de sa vision  s'impose de plus en plus et à mesure qu'elle se livre à une introspection intense. 
 
Guanella 2.jpgClaire Guanella se nourrit de divers savoirs afin que la peinture ruisselle en cantique des cantiques dans une transmutation des lieux entre tellurique et spiritualité. Quoique embrigadée dans le terrestre charnel la peinture de la plasticienne plus que de plonger reste toujours ascensionnelle comme le prouve cette exposition où le cosmique réunit les quatre éléments à  un cinquième : la peinture elle-même.
 
Guanella 3.jpgLa voyageuse décape l'image de ce qu'elle a de plus extérieur et décoratif afin d'atteindre sa vérité intérieure. Ses penchants à la mélancolie et au rêve font de l'artiste une poétesse qui refuse l'affût de effets faciles. Cet expressionnisme souvent abstrait semble ne connaître ni trêve, ni répit.  Comme sa créatrice qui refuse tout repos mais en cultivant le temps de la médiation prélude à ses inventions plastiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret