gruyeresuisse

06/03/2020

Johan Tahon : minerves blanches et bayadères

JTalon.jpgohan Tahon, "Refuge / Silence", Musée Ariana - Genève, du 27 septembre 2019 au 5 avril 2020.

 

Talon bon.pngLes oeuvres de Johan Tahon ne cherchent pas une beauté "muséale". L'artiste veut exprimer par ses céramiques et autres matières à exprimer la complexité de la condition humaine. Et si tout meurt d’être pensé, toute pensée chez le créateur se transforme en interrogation où tout est structuré mais aussi déstructuré. La forme vit d'être cherchée et n'avance pas par idée mais par ignorance.

Talon bon 3.pngLe monde redevient immédiat parce qu’il est indifférent. Et le rôle de l'artiste est de ralentir son passage pour en retirer sous des gangues le secret. Existe dans cette approche une forme de brutalisme là où le "fini" n'est pas ajusté : Johan Talon laisse des trous et des aspérités dans les surfaces. Les recouvrements de l'émail jouent autant d'un certain raffinement mais aussi d'un état brut.

Talon bon 2.pngL’exposition du Musée Ariana suggère une sorte de mystique universelle où jaillissent "moines et albarelli, anges et démons, mais également nos frères et sœurs de terre." L'artiste reprend des vieilles techniques (majolique italienne,faïence hispano-mauresque) pour jouer de l'ancien et du nouveau. Tout est puissant et expressif, profond et original dans ce jeu avec les oeuvres, techniques de la tradition que l'artiste reprend et revisite.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/03/2020

Aks Misyuta : "un murmure à l'oreille"

Aks.jpgAks Misyuta, "Constant Instant",Galerie Sébastien Bertrand, Genève du 21 février au 24 avril 2020.

 

Les femmes et plus généralement les biomorphismes de l'artiste d'origine russe Aks Misyuta possèdent un caractère charnel très imposant et c'est peu dire. Inspirés par les êtres qui l'entourent l'artiste crée néanmoins des formes d'autoportraits diffractés et très particuliers. L’apparence « gonflable » des corps est là pour souligner paradoxalement la nature très vulnérable des êtres : il suffirait d'une piqûre d'épingle pour que de tels corps disparaissent.

 

Aks 2.jpgCe sont comme des ballons de chair qui flottent ou volent dans leur propre monde. Les idées floues prennent des formes incompressibles du moins en apparence là où il s'agit de détruire une certaine idée de la "belle" peinture. Solitaire, l'artiste travaille entre l'illustration et la peinture soit à l'aide d'ordinateurs soit directement sur le support. Et souvent elle mixe les deux process dans des techniques sophitiquées où se joignent l'angoisse et le désir.

Aks 3.jpgL'artiste aime toujours repartir de zéro pour dessiner, peindre (en bleu ou rose), graver là où tout est conçu à partir certes d'un travail consommé mais où tout repose sur un geste spontané et l'intuition (souvent avec une brosse propre humide et toujours sans croquis) mais aussi à partir d'une méditation sur la nature humaine. Le romantisme figural prend des formes épaisses. Elles montrent combien la femme reste prise dans une situation inconfortable en nos sociétés encore patriarcales. L'artiste se veut une rebelle tranquille. Elle ne cherche pas à prouver mais faire de chacune de ses oeuvres ce qu'elle nomme "un murmure à l’oreille"

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/03/2020

Memphis et après : Nathalie Du Pasquier

Du Pasquier.jpgNathalie Du Pasquier, Pace, Quai des Bergues, Genève, du 20 janvier au 18 mars 2020

Nathalie Du Pasquier s’installa à Milan en 1979 où elle devint un des membres fondateurs du groupe de designers Memphis avec Ettore Sottsass. Durant ces années, elle dessine de nombreux textiles, tapis, motifs, objets et meubles, puis dix ans plus tard elle se tourne presque uniquement ver la peinture. Elle reprend les objets de design du quotidien qui ont fait sa fortune pendant l'époque Memphis dans des compositions minimales et des modules géométriques.

Du Pasquier BON.pngAttachée au travail de la ligne, de la couleur et de la forme, toute son oeuvre semble naviguer entre 2 D et 3 D par effet de trompe l'oeil. La créatrice circule entre les formes et les pratiques, de l'abstraction à une sorte de "réalisme". Son oeuvre longtemps boudée ou considérée comme secondaire - quoique appréciée par tout un public - est rédecouverte peu à peu, ses motifs "post-Memphis" revenant à la mode.

Du Pasquier 2.jpgSon travail se fonde toujours sur divers types d'assemblages de formes ou d'objets sur toile, papier, textile ou en volume. Toute une architecture transforme le réel comme l'abstraction. Les natures mortes, les paysages domestiques deviennent de jeux de structures et deviennent la  preuve d'une liberté et d'un don instinctif de la construction et de la couleur.

Jean-Paul Gavard-Perret