gruyeresuisse

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

22/03/2021

Charles Weber : insurrection des fantômes

Weber 1.jpgCharles Weber, "Lassithi Drive", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 5 mai 2021.
 
 
Dehors la lumière claque. Mais les arbres n'ont pas du plomb dans l'aile. Les ombres rebondissent. Les fantômes ne changent pas. Ils se chargent. Ils ne prétendent à rien. Ils disent à peine - puisque en les photographiant Charles Weber les invite - :  « Venez par là ».  Que faisons-nous alors ? Reste une immatérielle lenteur de  lunaisons pour attendre une légende. L'arbre est dedans. Il est  dans ce vaste monde.
 
Weber 2.jpgIl y a des arêtes, des traversées  d’un Eden dont on ne finira de descendre les volets. Il y a aussi une sur-vivance, une langue obscure. Saveur d’empreinte, de poivre vert en la cendre des jours. Mouvement de repli. Sutures pour la Belle au Bois Dormant en hiver gris.
 
Weber 3.jpgLa photographie saisit parfois des  silhouettes presque disparues. Tout rappelle parfois certains paysages d'Antonioni (L'Eclipse, Blow Up, Le Désert rouge). Ce qui fascine c'est  l'horizon défait, l’ultime tissu du monde . Mais aussi l’inverse de sa ténèbre, l’extase troublante, la rencontre impossible d'un seuil infranchissable.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

18/03/2021

Ben : Faits railleurs  

Ben 9.jpgBen (Benoit Ben Marchesini), "En liberté", Espace Mora Mora,  Genève, du 23 mars au 24 avril 2021
 
Il existe en Suisse deux Ben. L'un s'est exilé à Nice, l'autre est demeuré dans son pays natal. Né à Nyon en 1968, ancien élève  de l'Ecole des Arts Décoratifs de Genève, 1986-1991 il est graphiste, illustrateur, auteur et dessinateur de presse depuis 1992 et vit et travail à Genève
 
Ben 4.jpgJouant avec l'autorité des règles de la narration, l'auteur les relègue par besoin d’irrévérence ou par un côté mal élevé  mais parfois  pour créer une sorte poésie subtile. Elle permet de rire de tout dans le retournement figural. Le dessin est donc parfois typique de l'iconographie de presse mais parfois ses narrations deviennent plus elliptiques. Car si souvent le travail est appuyé sous l'angle de la caricature,  parfois l'artiste invente d'autres visions.
 
Ben 5.pngCertaines sont habilement fléchées. D'autres pas et participent  la perte des repères  autant des personnages que des spectateurs là où les points d'aboutissement remettent en question ce qu'a été le dessin avant lui car il propose ce qui n'est pas attendu et alimente - au-delà de l'humour - une réflexion sur le monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret