gruyeresuisse

08/04/2020

Guillaume de Sardes : de Tanger à Genève

Sardes 3.pngAnalix Forever - promotion du travail de Guillaume de Sardes par Barbara Polla,  Genève, du 13 au 17 avril 2020;

Tout le travail de l'écrivain-photographe, réalisateur et commissaire d'exposition Guillaume de Sardes reste une variation autour de l'errance. Pour lui elle  retient la vie plus qu'elle ne la dissipe. Photographies, vidéos, livres répondent à ce que Céline demandait au créateur et que l'auteur se plaît à répéter : « Si on ne met pas sa peau sur la table, on n’a rien ».  Dès lors même dans la théâtralité de ses photos et de ses films rien n'est artificiel. Les situations évoquées ont été vécues ou inspirées par une personne réelle.

Sardes.pngMais l'imaginaire est là et intervient comme supremus d'un état de réalité. Adepte de la photographie érotique, dans ce champ aussi le créateur dissipe bien des ambiguïtés : rien de purement formel ou - et à l'inverse - réaliste. D'autant que pour le créateur l’amour reste la grande question. On l'oppose souvent à la pornographie. Mais De Sardes précise : "Où se situe la frontière ? Car il y a dans l’amour une part de pornographie qu’on ne peut pas éluder". Et le passage du réel dans la fiction peut sans doute ouvrir une solution.

Sardes 2.jpgRelisant les écrits de Jean Genet l'auteur est revenu sur ses traces de fin de vie dans "Genet à Tanger", court métrage écho de son livre. Existe entre le créateur et sa créature incarnée par Philippe Torreton "L’incroyable (qui) est parfois vrai" comme l'écrit Barbara Polla. Genet y aime la poésie de Rimbaud et Mallarmé et on l'entend les réciter face à la plage : la lumière se joue des corps d'adolescents ils deviennent des mirages là où - pour une dernière fois - l'auteur fuit parmi des ombres inconnues. Elles paraissent, se découpant sur la mer, monter entre grâces démoniaques et pesanteur des éthers trop vagues pour qu'on puisse y croire.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/03/2020

Alice Jaquet : fées du logis et autres rêveries

Jaquet.png

Née à Bâle en 1916 et décédée à Genève en 1990, Alice Jaquet fut peintre, dessinatrice et illustratrice dont l'expression se rapproche d'un art volontairement naïf et surréaliste parfois afin de conserver toute la fraicheur aux portraits comme aux natures mortes.

 

Jaquet 2.pngSes femmes sont légères - mais à la manière des nymphes et ses hommes n'ont rien de ces guerriers assis devant une table dressée avant de solliciter, après leur repas, le dessert escompté... En cela l’artiste est l’héritière des sorcières surréalistes. Au besoin elle caresse les chimères, s'amuse , découpe, séduit plus qu'elle n'inquiète.

 

Jaquet 3.pngElle fait abstraction des normes et des convenances dans ses visions et merveilles. Le quotidien devient un petit traité de fantaisie aux images moins dilatées qu'elliptiques. Tout est là de manière crue mais jamais "sexhibitionniste". Les images en leur dé-dire et délire montrent ce que bien d’autres cachent. Elles engendrent des ouvertures et offrent un temps pour le rire, un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer les fées du logis qui ne sont pas réduites à l’état de fantômes au sein d’une révolte féministe implicite et fantaisiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2020

Marina Faust : volontaires accidents de méthode

Faust 1.jpg«Marina Faust, "In Rare Cases, Local Hero with Pompadour», Galerie Xippas, Genève, jusqu’au 7 mars

Souvent sur un même fond où le vert domine, Marina Faust pose des éléments de papier préalablement abîmés et ce, pour sa programmatique : «Je déchire, je détruis et je reconstruis». Mais chez Xippas l'artiste ne propose pas des recollages mais des "mises en boîte"  de travaux repris et sortis ensuite sur imprimante.

Faust 3.jpgCelle qui commença par la photographie de reportage chez Magnum et dont les tirages furent exposés dans la prestigieuse galeie d'Agtathe Gaillard est partie ensuite dans la mode et a collaboré chez Martin Margiela. Le couturier était sensible aux déconstructions de l'artiste. Mais à nouveau elle changea bientôt de cap en abordant la vidéo, l'objet et un retour à la photos selon une règle particulière : «Les accidents règlent la méthode.»

Faust 2.pngAvec «In Rare Cases, Local Hero with Pompadour»  ( coiffure masculine gominée à la mode des pionniers du rock), elle travaille le portrait. Les figurations des visages sont incertaines voire volontairement douteuses. Presque à la Bacon, elles ne peuvent qu'intriguer sous leur apparemment délire. Celui d'une  oeuvre toujours en marche et en avance sur son temps.

Jean-Paul Gavard-Perret