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08/03/2019

Juul Krajer : devenir femmes ?

Krajer 4.jpgLa galerie "Les filles du Calvaire" de Paris réunissent photographies, dessins, sculptures, et vidéos de l’artiste hollandais Juul Kraijer remarqué en Suisse depuis longtemps. Tous les médiums présentent diverses contorsions humaines et animales afin de  pénétrer l'alchimie des corps et de l'art.

Krajer 3.jpgLe vivant devient une structure drôle quoique parfois effrayante et dynamique. L'oeuvre intègre l’intériorisation du regard à l’extériorisation des formes corporelles. Tout est en mutation et symbiose dans ce qui offre des visions comiques ou ténébreuses et surréalistes. Il s'agit de repenser le corps humain en relation avec les espèces animales dans un trip vital généralisé.

 

 

Krajer 2.jpgL'artiste explore tout autant des états de solitude en évitant tout voyeurisme. Les situations restent impertinentes. La métamorphose du corps intime et social passe des visions corrosives où se mêlent l’inquiétude et l’apaisement provisoire. Les doutes sont perceptibles entre l'absence et une certaine détresse. Tout passe par des plans décalés et divers types d’interstices. Les corps demeurent en équilibre ou en danger mais  toujours prêts à plonger dans la vie pour tenter d’en jouir, même si une force opposée les retient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juul Kraijer, "Exposition personnelle", La galerie Les filles du calvaire, Paris, du 13 mars au 6 avril 2019

16/02/2019

John et Yves Berger héritiers l'un de l'autre

Berger.jpgFace à son fils John Berger, s'abandonne, fait simple, ne "devise" jamais. Il parle de la peinture de la manière la plus pertinente. Quelques lignes permettent de passer en revue De Kooning, Beckmann, Kokoschka pour qui "la lumière est un geste d'adieu". Et soudain tout est dit dans un retour vers le fils et un passage de témoin.

 

 

 

 

Berger 2.jpgLe tout dans une dialectique. Père et fils s'envoient des images les commentent. S'envoient des idées sur l'art et les visualisent. Dans cette parenté peut s'oser "ce qui s'ouvre sur le trop grand" comme sur les ratages ressentis entre le visible et l'invisible. Les deux permettent de comprendre ce que voir veut dire. Pour autant nulle théorisation dans cet échange.

Juste ce qui se passe dans l'art comme dans la proximité d'un père et d'un fils loin des mièvreries du pathos. Et juste parfois un dessin de John : celle d'une souris en cage. Chaque fois que le père en attrapait une dans la cuisine de la maison familiale du Faucigny il en faisait un dessin avant de prendre sa voiture pour aller libérer l'animal un peu plus loin. Qu'ajouter de plus ? Avec les deux correspondants les souvenirs ne sont jamais "pagnolesques" : ils ont toujours un sens. Celui de l'art et de la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

John et Yves Berger, "A ton tour", traduction de Katya Berger Abdreadakis, L'atelier contemporain, Strasbourg, 2019, 104 p. 20 E.

09/02/2019

Charles Blanc à l'écoute de son époque

Blanc 3.jpgIl faut parfois du temps pour que le regard se libère de ce qu'il avait vu et ce qu'il cherche dans le tableau. Cette opération magique l'artiste bien oublié Charles Blanc (1896-1966) la tentait. Peintre paysagiste il se plaça à l'écoute de l'intérieur des apparences de la ville comme de la nature. Il pénétra le monde tel qu'il est non pour en prendre le contrôle mais pour faire ressentir que chacun lui appartient.

Blanc.jpgL'art pour lui était un moyen de surmonter l'isolement qui s'éprouve derrière la frontière du corps et de l'esprit. Le peintre fit trembler le réel pour en secouer la lassitude. Parfois et dans ses aquarelles de manière plutôt légère et primesautière. Mais dans ses peintures l'oeuvre est plus âpre et profonde. Blanc se dégageait d'un certain style montmartrois de l'aquarelle pour atteindre des territoires plus sombres.

Blanc 2.jpgLe doute permanent imprègne le choix des couleurs sombres pour saisir la lumière à travers l'épaisseur de la nature et de ses "matières". Certes Charles Blanc n'est pas Rouault. Il fait partie des petits maîtres. Mais il eut la faculté d'embrasser l'espace de sorte que le lointain et le proche soit réunis dans la coïncidence des contraires. Si avec l'aquarelle et la peinture la signification est différente toutes deux questionnent l'idée de représentation dans un toucher rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret