gruyeresuisse

02/10/2019

Jean-François Dalle-Rive : avec le temps

Dallerive.jpgJean-François Dalle Rive photographie après un "bon bain de forêt" lorsque cela lui est possible. Bref il se prépare car il faut être "vide et en déplacement" dit-il. Ou si l'on préfère en déficit d'être pour se laisser advenir au monde.

En ce sens le photographe est un puisatier ou un chasseur. Il n'attrape pas pour autant les oiseaux et ne crucifie pas les mouches. Mais il sait "ne pas civiliser le regard". Intéressé par la nature mais encore plus par les hommes il poursuit plusieurs projets et séries méticuleusement classées dans des boîtes. Ces séries se prolongent et sont en cours depuis 40 ans.

Dallerive 3.jpgParmi les plus significatives le photographe mène un travail sur la civilisation des loisirs dans les campagnes françaises ("Une France") puisque ces dernières sont souvent laissées pour compte et invisibles en photographie. Jean-François Dalle Rive a donc pour but de les sortir de l'indifférence à travers divers types de fêtes dont la foire de Beaucroissant en Isère qui vient d'atteindre cette années ses 800 ans d'existence.

Dallerive 4.jpgLa photographie reste un rituel de contemplation de telles cérémonies "païennes" au moment où les prises permettent de ralentir le temps par un exercice de lenteur que l'artiste pratique à dessein. En opposition il s'intéresse aux centres commerciaux plus particulièrement dans sa série "A la recherche du père Noël" où les supermarchés sont saisis au moment des fêtes d'hiver.

Dallerive 2.jpgSurgit, dans l'œuvre de ce photographe scandaleusement méconnu, un monde aussi proche que lointain capté au fil du temps car pour lui le temps est un allié. Il le rappelle en citant un proverbe arabe "ce qui est fait avec le temps, le temps le respecte".

Jean-Paul Gavard-Perret

J-F Dalle Rive a exposé "Jours de foire à Beaucroissant" (en 2018 et 2019), "Le regard d'un spectateur" à l'Orangerie du domaine Paul Claudel à Brangues (2019) et "Album des rencontres d'Arles" (2019).

01/10/2019

Véronique Sablery : diaphanéités

Sablery.jpgTout chez Véronique tend vers le diaphane et ses échos. Existent là des plans sans épaisseur mais en rien une platitude de l’image. Le réel donne encore le change : néanmoins il s'éloigne insensiblement avec légèreté en des mouvements d'éléments "en repons". Vient jusqu’à nous une apparence de tranquillité comme arrive le soir à la pointe extrême du soupir des feuilles.

 

 

 

Sablery 2.jpgChaque image crée une pression à peine sensible. Rien ne se fait ou se défait. Tout est là, tout est loin. Que valent, dès lors, de tels échos puisqu'il paraît que les sentiments forts nient les écarts ? Toutefois, ici, la proximité est infranchissable et tout autant inépuisable. S'étreint une paix dans les territoires du non dit et l’éboulement des pensées.

Sablery 3.jpgVéronique Sablery saisit le sens dissimulé sous le détail infime des empreintes. Elle veille sur une énigme dans un souci de la perfection. L'artiste parfois ravale la couleur, revient au noir et blanc. La tendresse reste intacte et vivante. Des monstres nocturnes qui peuvent assaillir, de telles images nous en délivrent. Le temps glisse et frémit. La plasticienne révèle des traces de la vie évoquée de la manière la plus discrète possible. Tout devient métaphore aussi sensuelle que métaphysique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Véronique Sablery, "Comme de longs échos", galerie Chantal Bramberger, Strasbourg, du 19 octobre au 23 novembre 2019.

26/09/2019

Les courants alternatifs de Kiki Smith

Smith bon.jpgPour son importante exposition à la Monnaie de Paris, Kiki Smith présente une série de travaux monumentaux ou plus petits à travers diverses matières. Ils lui permettent de dialoguer avec l'espace, le réel et les légendes de façon intempestive et ludique. Rien n'a plus lieu que ce lieu d'absurdité apparente où l'artiste multiplie ses propositions et où la femme tient souvent le premier rôle comme les animaux et en particulier les oiseaux.

Smith.pngDans sa mise en exergue de la féminité l'artiste propose parfois des bribes de paradis terrestre mais parfois des territoires bien plus hostiles. Le médusant répond au fascinant là où l’imaginaire renvoie à bien des égards la réalité à une fin de non-recevoir dans une quête de paradis terrestre sans pour autant que certains basculements dans «l’irréel» contredisent la pression sous lequel le monde ploie.

Smith 2.jpgEn dépit de sa pléthore de travaux Kiki Smith demeure plutôt ostracisée et marginalisée par une noria de censeurs. L'artiste - fille du scuplteur minimaliste américain Tony Smith et de la cantatrice allemande Jane Lawrence - transgresse tout édit de chasteté et ne cesse d’accorder à l’art - lorsque cela est nécessaire - les derniers outrages. Mais elle est aussi capable de retourner la lourdeur du monde. D’où une vision qui en isolant parfois le fond contextuel pour l'entrainer vers un ailleurs crée des courants alternatifs. Là où les oiseaux demeurent mais où l'homme peut rester un loup pour lui et surtout pour la femme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kiki Smith, Exposition, Monnaie de Paris, du 18 octobre 2019 au 9 février 2020.