gruyeresuisse

10/08/2021

Léo Barthe : chien de vie

JBarthe.jpgacques Abeille (aka Léo Barthe)  propose une fiction aussi obscène que littéraire comme il en a le secret. Il prouve que les "choses" les plus osées peuvent se dire avec élégance. L'auteur ne se perd pas dans une pornographie de bas étiage. Mieux il propose une leçon de tolérance et de liberté qui est toujours - écrit l'auteur - une "provocation".
 
Tout devient carne à val. C'est une saison arrachée au gris, noir sur blanc. Dans des bijoux qui sont ceux d'une "famille"  pour le moins imprévue. Les sens prennent un chemin dangereux et en toute errance au nom des caprices qui s'empilent dans la boîte crânienne. Mais pas que.  Car lorsque le couple héros du livre se voit offrir la garde d'un chien par un duo d'amis, le toutou se montre très affectueux et quittera avec peine les jupes de sa maîtresse provisoire. Elle-même éprouve à son égard des sensations qu’elle a oubliées depuis longtemps. Si bien qu' une relation se noue mais doit se distendre lorsque les amis reviennent.  Tout prend fin avec le départ définitif des propriétaires du chien,  mais l'héroïne aura enfin compris ce qui lui permet d'atteindre l’extase et l’épanouissement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Leo Barthe, "L'animal de compagnie", La Musardine, Paris, 2020, 16 E..

05/08/2021

Patricia Erbelding : l'aile dans le vif du poème

Eberling.jpgDans ce beau livre Patricia Erbelding continue de porter une attention soutenue aux concepts de transformation et de métamorphose. En collaboration avec le poète Joël Bastard et dans la poursuite de ce qu'elle avait réalisé dans  “Vues des anges”, exposition inspirée d’un poème de Rainer Maria Rilke et “Lost Paradise” en référence au poème de Milton, elle crée un  jeu de peintures dans les tonalités blanches noires et ciel. La sphère bleue de la mélancolie impose sa présence. Elle est soulignée par les poèmes de Bastard. Existe tout un art de la présence comme de la métaphore. 
 
Eber.jpgSa peinture est ici à livre ouvert en développant le thème du lien qu’établit l’artiste entre la peinture et l’écriture. De tels signes sensibles explorent des échos de la peinture  rupestre dans l’art contemporain avec les "murmurations" de Bastard. Se retrouve là clairement un lien avec les premiers travaux de gravure de l'artiste en un procédé lent et rigoureux caractéristique de l'oeuvre. Et ce dans l'incarnation de l'essence oiseau en une emphase mystique toujours discrète. Elle s'exprime par légers coups d'aile comme s'il s'agissait là de la seule manière de sauvegarder sinon "le" au moins "du" réel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Patricia Erbelding et Joël Bastard, "Lettre d'un oiseau", Collection Mémoires, Eric Coisel, Paris. 

28/07/2021

Michel Butor : révélations

Butor.jpgEntre 1951 et 1961, Michel Butor réalise près de 2000 photographies en noir et blanc avec un appareil Semflex, une version française du Rolleiflex. Son désir de photographier prit naissance à la suite d’un long séjour en Egypte. Il commence d'ailleurs par photographier une étude des témoignages parisiens sur le Bonaparte du retour d’Egypte.

 

 

Butor 2.jpgMichel Butor ne recadre pas ses photographies, il cherche moins à fixer des souvenirs qu'à inventer un théâtre personnel au moment où il se fond dans le paysage. L'image lui permet d’explorer ce qui sans elle ne pourrait être vu. Mais l'auteur fut aussi le compagnon de bien des photographes :  Robert Doisneau en 1958 au moment du prix Renaudot pour  "la Modification" et surtout Maxime Godard qui devint son portraitiste et réalisa plus de 18 000 photographies du poète pour arriver à un dépouillement voulu. 

Butor 3.jpgL'auteur créa des textes d'accompagnement pour leurs oeuvres. Il y eut entre autres Eric Coisel qui publia et édita avec lui plusieurs livres ou Philippe Colignon pour lequel Butor écrivit "L’humus inscrit”. Ces travaux sont visibles parmi les 250 pièces exposées. Ajoutons que Michel Butor a développé une réflexion très personnelle sur l’art de la photographie. Entre  essai,  poème ou prose poétique sur le monochrome, la philosophie du Polaroïd par exemple, il trouva bien des formules pour engendrer la lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Butor : “La photographie est une fenêtre”, Archipel Butor, Lucinges, du 26 juin au 27 novembre 2021.