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27/05/2016

Dorothy Iannone l’impénitente “pornographe”

 


Iannone 3.jpgDorothy Iannone, « The Story Of Bern (Or) Showing Colors + The (Ta)Rot Pack + A Cookbook”, du 3 juin au 10 juilllet 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Iannone.jpgDepuis le début des années 1960, Dorothy Iannone développe une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. Peintures, dessins, collages, sculptures, vidéos et livres d’artistes mêlent mythologie et autobiographie dans un langage coloré et hybride. Le CCS présente  les 70 dessins de « The Story Of Bern (1970), récit illustré sur la censure subie par l’artiste lors de l’exposition collective « Freunde » à la Kunsthalle de Berne, et le facsimilé de The (Ta)Rot Pack (1968-69 / 2016), un jeu de tarots qui évoque sa relation avec l’artiste zurichois Dieter Roth.

Iannone 2.jpgPour Dorothy Iannone la différence entre la pornographie et l'art est simple : l’'art se contemple indéfiniment qu’il suffit de jeter qu'un coup d'œil à la pornographie avant de la laisser. L’artiste retrace la tension entre éros et thanatos, le rêve et la réalité. La pulsion de désir. S’y révèle l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation de voyeur inconfortable. Comme toujours lorsque de nouveaux regards sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses images pour mettre en exergue les corps. Ses œuvres sont des farces mais surtout des actes de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

23/04/2016

Cecile Hug : l’image à l’oreille

 

HUG.jpgCécile Hug, « Parterre d’oreilles », Galerie Anne Perré, Rouen, du 12 mais au 30 juin 2016.


Il arrive que l’image se fasse entendre. Cécile Hug lutte pour qu’elle « sonne » par un seul point d’apparition. Il faut qu’il soit visible en multiple déclinaison comme l’artiste l’a déjà proposé pour d’autres lieux du corps. Celui-ci reste d’une certaine manière métaphorique et l’interprétation demeurera multiple. L’image parle le silence : mais qu’est-il au juste ? L’instant peut-être où il y a possibilité de dialogue (écoute) mais aussi où le monologue intérieur (ressassement) s’arrête.


HUG BON 3.jpgDans son installation, son tapis d'oreilles, l'artiste fait de cette partie du corps  le bord du silence. L’image permet de voir une mer blanche et crée une tension qui à la fois la perpétue, la resserre. Avec le désir de bouler dedans. Mais tout en créant un éloignement et une distance ironiques. L’oreille devient éponge et nid. Elle absorbe et digère comme d’autres orifices. Elle affirme la nostalgie du et des sens. Le regardeur est aimanté par son champ. Et sa chimère.


HUG bon 4.jpgL’oreille à elle seule fait lever bien des images. Nous ne sommes que ça : silence, bruissement, amour, sens, écoute. Et la « Bête ». Car lorsqu’il est impossible d’analyser le pourquoi et le comment, cela grouille par une seule image. Dans sa sécheresse elle ouvre là où tout claque et envahit. L’oreille devient le « cercle » riche à la fois de sa fin et de son commencement.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2016

Portrait de l’artiste en Scarface : Karoline Schreiber

 

Schreiber.jpg« Karoline Schreiber avec Anders Guggisberg », Centre Culturel Suisse de Paris, Performance, le 1er avril 2016.


Atteint d'un mal étrange Karoline Schreiber brûle de tous les feux du dessin. Elle a un brasier dans ses doigts. Le nourrissant de brindilles ses flammes s’attisent pour des bûchers où les bonnes intentions ou du moins la bonne morale se réduisent à néant. L’artiste dessine tout. Elle l’a prouvé dans le même lieu il y a quelques temps en dessinant des anus…


Schreiber 2.jpgAux saints Karoline Schreiber préfèrent les seins et ceux qui les palpent comme des poulpes. Dans le jardin de sa création les êtres se livrent donc à des passions coupables et cherchent des appuis chez Arrabal et autres irréguliers ou extatiques de l’image. Il n’y a donc rien à faire que de se laisser glisser dans l’enfer pendant que l’artiste le dessine. Mais on peut le définir autant comme « paradis dionysiaque ». Pas question d’en sortir. La parade est permanente dans les zones de non droit de cette Tony Soprano d’un nouveau genre.


Jean-Paul Gavard-Perret